Spiderman, à quoi bon passer après Raimi ?

Je ne sais pas quoi penser de ce reboot  de Spiderman. Je sais que l’intérêt est commercial, ça il ne faut pas me l’expliquer. Je suis de ceux qui ont bien aimé (500) days of Summer, donc je suis tout de même curieux de voir ce que Webb va faire pour son deuxième film, mais la trilogie de Raimi est composée de très bons films, surtout le premier.

Oui. Le premier. Pas le deuxième. Le premier. Pas la scène coupée impliquant le World Trade Center. Le premier. Pas la scène de danse du troisième film. Le premier. Le premier est le meilleur des trois, je l’ai dit.

C’est que ce premier film a une construction dramatique parfaite, contrairement aux deux autres. On peut critiquer le ton, mais alors ce serait critiquer un parti pris assumé, donc ce serait critiquer le film d’être ce qu’on ne veut pas qu’il soit. Le scénario du film est donc parfait. C’est l’apogée du scénario classique américain, écrivez-le dans les livres d’histoires.

J’ai fait une école de scénarisation en Amérique, je sais donc de quoi je parle. On dit qu’un scénario classique doit avoir des enjeux personnels, idéologiques et sociaux, et que le conflit doit être articulé dans la conciliation des deux. Un personnage bien caractérisé à un objectif clair, ici on sait que Peter Parker rêve de Mary Jane Watson dès les premières secondes du film, et que le film doit démontrer ce qu’il est prêt à sacrifier pour l’obtenir. Dans le film, le choix de Parker est de refuser son objectif justement à cause des enjeux sociaux et idéologiques, qui sont trop grand. D’un point de vue classique, la caractérisation du protagoniste est impeccable.

Ce n’est pas ça qui impressionne, mais plutôt l’organicité du scénario. On dit d’un scénario qu’il est organique quand tout son développement se fait naturellement des enjeux établis (ici dans les premières secondes). En gros, c’est quand tout est nécessaire dans le scénario.

Prenons la langue française comme exemple. Le mot « parfait » est en fait imparfait. Y enlever le « f » le transformerait en « parait », le « f » est donc nécessaire. Le « t » semble inutile, mais il existe pour permette l’existence de « parfaitement ». En fait, le « t », c’est la lettre qui permet les suites, le sequel, c’est la petite lettre mercantile demandée par le producteur qui espère capitaliser sur la popularité du mot. Non, la partie inutile, c’est le « ai » qui aurait été semblable, mais beaucoup plus simplement, si il avait été, à la place, un « è ». Parfèt. Aucune fioriture, possibilité de suites, prononciation complète, rien à redemander.

Aucune scène n’est inutile, dans le premier Spiderman de Sam Raimi

Deux exemples qui démontrent la perfection de la construction narrative de ce premier Spiderman : premièrement, l’explication de la scientifique, au début du film, des pouvoirs des araignées, qui justifie subtilement au spectateur les pouvoirs que Parker obtiendra ; deuxièmement, ce combat en apparence inutile (les films du genre sont souvent victime de scènes d’actions inutiles) au récit où Spiderman est blessé, ce qui dévoilera son identité Osborn lors de la scène suivante. Même les armes du Green Goblin ont chacune une utilité dans le récit : celle qui coupe fait la blessure, celle qui fait exploser mets en danger les civils, celle qui tue automatiquement élimine les personnages qui ne sont plus nécessaires, celle qui pointe se retournera contre son maître, etc.

Je vous assure, revoyez le film dans cette perspective. Aucune scène du film, absolument aucune, n’est pas un développement s’inscrivant dans le récit articulé autour des enjeux que j’ai énoncé plus tôt. Ce n’est pas le cas du deuxième film, qui se perd dans trop de sous-développement, ni du troisième, qui se perd à cause de… sa scène de danse.

C’est pourquoi j’attends ce nouveau film, cette relecture, avec appréhension. Je pense bien que ce sera un bon film, mais il me semble impossible qu’il soit au niveau du premier de la trilogie de Raimi.

Spider-man. Ce chef-d’œuvre. Un des peu de films américains possédant un scénario « parfètement » maitrisé.

« 26 janvier 1988, le monde change, Olivier Bouchard naît. Vingt-trois années plus tard, après avoir reçu les honneurs pour ses études en scénarisation cinématographique à l’UQAM, la plus prestigieuse université hippie d’Amérique du Nord, il fait un voyage culturel en France où il devient rédacteur vedette (parmi plusieurs autres) pour Les Fiches du Cinéma et Cinématraque. Sa cinéphilie est caractérisée par son amour des films ennuyeux, d’où son intérêt pour Alain Resnais, mais son écriture personnelle est définie par l’humble désir de fictionnaliser sa propre vie « avec le même talent qui se retrouvait chez Fellini ».

3 Comments

  • Répondre juillet 28, 2012

    GAEL

    La démonstration est irréfutable. Amazing Spiderman n’est pas au niveau des films de Raimi, mais ce n’est pas une adaptation honteuse…

  • Répondre juillet 19, 2012

    Matthieu

    On dit « World Trade Center », et pas « Wall Street Center ».

    • Répondre juillet 19, 2012

      Booboo

      Erreur idiote de ma part. J’ai corrigé, merci.

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