Godzilla Minus Zero : le monstre qui te guidera jusqu’au cinéma

Si le Hope de Na-hong Jin a su être le film de monstres surprise de l’année (pour les gens de goûts et les vrais freaks qui aiment quand le cinéma se permet des choses, bref pour les êtres supérieurs quoi), il va sans dire que le bébé le plus attendu de 2026 est évidemment Godzilla Minus Zero.

La suite directe au titre franchement incompréhensible du déjà pas forcément limpide Godzilla Minus One nous replace dans l’univers visuel et thématique du cinéaste Takashi Yamazaki pour une proposition radicale et saisissante… Avec ses défauts. Je vais tenter de m’expliquer, tout en essayant d’être le plus honnête que possible avec vous. Car il me faut ici être transparent.

D’abord, il faut savoir que je suis depuis quelques années tombé dans une obsession Godzilla qui a pu pousser certains de mes proches à vouloir organiser des interventions. J’ai vu tous les films de la franchise japonaise (plus d’une trentaine) plusieurs fois. J’ai commandé des figurines, et je me suis mis à faire des petites vidéos avec. J’ai lu tous les livres possibles et imaginables sur Ishiro Honda, Eiji Tsuburaya, les kaijus et le cinéma à effets spéciaux japonais. J’offre des jouets à mon filleul qui fête ses trois ans cette semaine, et qui doit être un des rares mômes français à gueuler « Mothra » dès qu’il voit un papillon. Mes excuses à ses parents.

Bref, je suis tombé violemment et sans retour possible dans ce qu’on appelle le tokusatsu, d’abord avec Godzilla mais ensuite avec les oeuvres du cinéaste Keita Amemiya, avec les séries Kamen Rider et Ultraman, et tant d’autres japoniaiseries qui auraient le pouvoir de radicaliser encore plus Ségolène Royal sur la question. De ce fait, il faut admettre que vous allez lire ici quelqu’un qui est vendu à la cause, un soldat radioactif, un militant à la cause godzillesque.

Ensuite, l’honnêteté m’oblige à vous dire qu’ayant vu ce film en projection presse, la Toho m’a fait parvenir une liste de choses interdites à mentionner dans l’article qui doit faire à peu près la longueur de la queue de Godzilla, et qui rend en vérité quasiment impossible la moindre réflexion analytique, ou thématique sur Godzilla Minus Zero. De ce fait, je choisis de vous avertir ici : par professionnalisme je vais faire de mon mieux pour suivre ces directives tout en les manipulant au mieux pour tout de même réussir à raconter quelque chose d’un tant soit peu intéressant sur le film. Si vous pensez qu’il vous sera plus appréciable de découvrir le long-métrage sans ne rien connaître du déroulé, je vous encourage à arrêter de lire ces mots, à envoyer un message à vos proches pour leur dire que vous les aimez (aucun rapport, c’est juste qu’on ne le fait pas assez), puis à revenir une fois que vous serez de l’autre côté du tunnel kaijuesque.

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Si vous avez aimé Minus One, nul doute que vous apprécierez également Minus Zero tant il se situe dans sa continuité logique, narrative, formelle et thématique. L’histoire reprend quelques années après la dévastation causée par Godzilla à Ginza et au large du Japon, tandis que le pays fait de son mieux pour se remettre de ses traumatismes qui se sont superposés à la fin de la Seconde Guerre mondiale. Koichi et Noriko sont un vrai couple avec Akiko, leur enfant adoptée suite à la guerre, et sont tous deux prêts à mettre tout ça derrière eux… Mais c’était sans compter sur l’arrivée inattendue d’un autre kaiju venu détruire le Japon, comme quoi vraiment on n’est jamais tranquille dans ce putain de pays. Surtout qu’on se doute, au vu du titre quand même, que le fameux Godzilla va peut-être revenir à un moment, ce qui signifie que même si Koichi pense avoir mis sa carrière de pilote héroïque derrière lui pour de bon, le destin doit bien finir par le rattraper.

A ce titre, Godzilla Minus Zero est donc un film construit autour de trois moments d’action ultra puissants et fabuleusement mis en scène, dans son introduction, à mi-parcours du récit dans sa conclusion. Chacune de ses séquences est une véritable prouesse de langage filmique riche et inventif pour signifier encore et toujours la puissance écrasante et quasi divine des monstres géants que ces pauvres japonais tentent d’arrêter avec leurs faibles moyens. Surtout, ce sont des scènes qui ont un poids non seulement du fait de leur mise en scène mais aussi parce que les conséquences sont toujours immédiatement palpables. Là où le cinéma américain, qui possède aussi son propre Godzilla (qui est, je le rappelle, fabuleusement moche), se complaît dans les scènes de destructions toujours plus gigantesques et paradoxalement sans impact aucun, les films de Yamazaki persistent à montrer que chaque maison rasée, c’est une vie volée.

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A ce sujet, c’est précisément là où le film est le plus radical, puisque pour la première fois la saga vient montrer de manière frontale un des événéments traumatiques qui a causé l’inspiration même de la création de Godzilla… Je ne dis pas quoi parce que je n’ai pas le droit, vous l’aurez bien compris, mais je vous fais confiance pour suivre mon regard. Si bien sûr c’est l’anéantissement du Daigo Fukuryu Maru par un test nucléaire américain qui est officiellement aux origines créatives du monstre géant, l’impact du traumatisme de 1945 est indéniable.

On aurait aimé, justement, que cette amorce de radicalité soit encore plus marquée par le film de Takashi Yamazaki… Hélas, c’est peut-être là emblématique de nombre de ses défauts, car s’il reste un blockbuster puissant, bien mené et bien pensé tout du long, il souffre hélas de quelques points noirs qui m’empêchent d’être entièrement acquis à la cause. Le film a une fâcheuse tendance à désamorcer ses meilleures idées autant dans des choix narratifs que dans sa mise en scène. Car si Yamazaki a prouvé à maintes reprises qu’il savait y faire pour raconter l’action, il a hélas plus de mal à ne pas ennuyer dans son académisme lorsqu’il filme les humains. C’est très lisse, souvent trop plat, et surtout bizarrement rythmé ce qui a tendance ici ou là à faire basculer le film dans le pathos, là où Minus One justement était mieux dosé.

Un exemple parmi tant d’autres : on se doute que Godzilla va revenir. Les personnages en revanche, sont persuadés d’en être débarassés pour de bon. Dès lors, en tant que spectateur on attend avec impatience de voir le moment où ils vont découvrir qu’il n’est pas mort, et que le pays est de nouveau menacé par son arrivée. Et la scène en question est donc très bien interprétée par les comédiens, mais manquent cruellement de force du fait d’une mise en scène terriblement triste et pauvre, qui ne parvient à rendre compte à la fois de l’horreur du moment mais aussi d’une forme d’humour noir face au destin qui s’acharne sur le peuple japonais. Pour moi, cette séquence est symptomatique des soucis d’un film qui a toutes les qualités de son prédécesseur mais qui hélas n’en a pas l’équilibre fabuleux, ni l’évidence narrative exemplaire.

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Il reste que Godzilla Minus Zero reste un super film, à découvrir au cinéma absolument. On garde souvent en mémoire certains des films de la franchise Godzilla grâce à leurs affrontements finaux dantesques et géniaux, et ce même quand le reste n’est pas franchement formidable ; c’est le cas de Godzilla vs Biollante, ou du premier film Mechagodzilla par exemple. Ce qui est certain, c’est que la grosse scène d’action qui vient terminer Minus Zero s’inscrit déjà au panthéon des grands moments de la franchise.

Bien sûr, Godzilla n’est pas que de la grosse bagarre ; cela raconte aussi quelque chose, et c’est pour cela qu’on est là. Evidemment, la succession des événéments atroces qui menacent le Japon n’est qu’un reflet plutôt réaliste de ce que doivent ressentir ses habitants face aux catastrophes naturelles qui n’ont de cesse de s’abattre sur le territoire ; encore tout récemment un typhon a fait des morts et une centaine de blessés dans la région de Tokyo et d’Ichikawa. De la même manière, tout film fantastique et de catastrophe comme Godzilla Minus Zero raconte quelque chose du Japon d’aujourd’hui, autant dans ce qu’il se dit de lui-même que l’image qu’il voudrait projeter au reste du monde.

A ce titre, on a souvent accusé Takashi Yamazaki de faire du cinéma nationaliste. C’est une critique largement fondée, notamment à cause de son adaptation du manga Space Battleship Yamato de Leiji Matsumoto qui en soi est déjà une proposition compliquée à défendre sur le plan politique. De manière générale, dès que Takashi Yamazaki s’intéresse au passé de son pays, dans la saga Always: Sunset on Third Street ou dans le récit de kamikaze The Eternal Zero, ses choix suscitent le débat. L’un des intérêts de Godzilla Minus One était justement de montrer l’abandon total du pays par son gouvernement et son armée professionnelle, tout en célébrant l’héroïsme de ses petites gens… Mais sans jamais questionner le rôle du Japon dans cette guerre, et notamment ses actions inommables en Asie. Il s’agit de toute façon d’un des grands impensés de la culture populaire japonaise, et rare sont les oeuvres assez radicales pour se permettre de critiquer le pays sur ce sujet (il y a quand même un film Godzilla qui en parle, et plus récemment un très bon long-métrage de Kiyoshi Kurosawa), et même lorsque Takashi Yamazaki offre la possibilité à ses personnages de regretter la guerre, il le fait uniquement au sujet de la mort des japonais au combat lors d’une séquence de dialogue absolument lunaire impliquant l’un des personnages principaux de sa saga, le scientifique Kenji Noda.

Néanmoins, là où Yamazaki s’autorise à être plus radical que jamais, c’est dans le rôle qu’il donne aux américains dans son film. Totalement absents du récit dans Minus One, ils ont cette fois un rôle très important qui témoigne de leur présence militaire écrasante sur le territoire après la défaite du Japon dans la guerre. Il est intéressant de lire cette vision tout sauf reluisante des Etats-Unis non seulement à l’aune de ce que pouvaient penser les japonais de l’époque de leurs adversaires, mais aussi au regard de l’actualité géopolitique. La séquence la plus saisissante du film, dont je n’ai donc pas le droit de vous parler, raconte beaucoup des relations entre le Japon et les Etats-Unis aujourd’hui, et vient se placer en opposition à la position officielle du pays sous le gouvernement de la première ministre japonaise. Sanae Takaichi, représentante de la frange bieeeen à droite de la droite de son parti le PLD, a une fâcheuse tendance à se ranger derrière la puissance américaine trumpiste du fait des relations tendues avec les voisins chinois, entre autres. Il est donc néanmoins assez rafraîchissant de voir une proposition de cinéma contemporaine qui rappelle que non, dans aucun monde et sous aucun prétexte, il ne faut se plier à la domination des américains.

Enfin bref, vous l’aurez compris Godzilla Minus Zero est un film très riche, comme l’était son prédecesseur. C’est aussi un film à grand spectacle qui vous en met plein la vue au cinéma. Le meilleur des deux mondes, comme on dit, alors malgré ses quelques défauts je vous conseille quand même d’aller le voir. Ne serait-ce parce qu’il mérite de faire un carton pour peut-être conclure cette relecture du monstre par Takashi Yamazaki avec un troisième film, et le laisser passer la main à un.e autre après ? Des rumeurs évoquent déjà qu’une suite au Shin Godzilla de Hideaki Anno et Shinji Higuchi serait en production… Godzilla a 72 ans, et il n’a jamais été aussi en forme.

Godzilla Minus Zero, un film de Takashi Yamazaki. Avec Godzilla, et un autre kaiju dont j’ai pas le droit de dire le nom alors que les américains eux l’ont spoilé à balles depuis le mois de septembre. En salles le 4 novembre 2026.

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