Resident Evil : Zach Cregger, fais-moi peur

Avait-on vraiment besoin d’un second reboot de Resident Evil au cinéma ? Ça, c’était la question que tout le monde se posait avant de savoir que Zach Cregger serait aux manettes. Sa mission : éclipser les précédents films de Paul W. S. Anderson et Johannes Roberts pour (enfin) remettre au centre ce qui constitue l’ADN de la franchise : le survival horror. Cette peur très particulière que l’on ressent en avançant, en tant que joueur, dans un environnement hostile, avec la certitude que quelque chose se trouve au prochain tournant mais sans jamais savoir exactement quoi. C’est précisément ce qui attend Bryan (Austin Abrams), un livreur envoyé à Raccoon City avec un colis médical plus qu’urgent. Une course contre la montre qui se transforme rapidement en course pour sa survie, alors que la ville sombre dans un chaos inexplicable…

La production de ce nouveau Resident Evil est finalement un assez bon reflet de l’état de la saga elle-même, voire de l’industrie vidéoludique dans son ensemble. La poule aux œufs d’or de Capcom a passé ces dernières années à regarder en arrière, alternant nouveaux épisodes et remakes de ses classiques, jusqu’à atteindre une forme de synthèse avec la sortie, il y a quelques mois, de Resident Evil Requiem. Ce neuvième opus canonique cherchait à réconcilier deux visages de la franchise : le retour à l’horreur amorcé avec Resident Evil 7, poursuivi dans Village, et l’action plus spectaculaire des aventures de Leon S. Kennedy. Une manière, pour Capcom, de ne plus vraiment choisir entre les différentes identités que Resident Evil s’est construites au fil de ses presque trente ans d’existence.

Le choix de Zach Cregger, nouveau visage du cinéma d’horreur après les chocs Barbare et Évanouis, apparaît presque comme une évidence. Restait à voir s’il serait capable d’appliquer sa propre mécanique de la peur à une franchise dont les adaptations précédentes avaient surtout retenu Milla Jovovich, les flingues, les explosions et le grand nanar. Spoiler alert : c’est un beau et grand oui.

Vraiment bizarre cette ride en Uber. Crédit photo : Metropolitan Films et Dušan Martinček

Ready Player One

Avec son Resident Evil, Zach Cregger propose sa propre interprétation de ce que signifie adapter un jeu vidéo. Alors qu’on passe notre temps à s’écharper pour savoir si la série The Last of Us ou le film Retour à Silent Hill sont plus ou moins fidèles à leur matériau d’origine, le réalisateur a prévenu d’emblée : son film n’est pas une adaptation littérale de l’histoire de Leon S. Kennedy, puisque celle-ci existe déjà dans les jeux. Son récit se déroule en parallèle, au moment où Raccoon City commence sérieusement à partir en cacahuète. Une liberté qui a suffi à provoquer la haine d’une partie des fans…

Cette retranscription est davantage visuelle et structurelle que scénaristique. Bryan est le parfait miroir du joueur face à l’horreur de Resident Evil : devoir aller d’un point A à un point B complètement seul, avec trois balles dans son chargeur et l’envie de se chier dessus dès qu’on tombe sur un truc louche. Mais aussi subir la frustration des « règles du jeu » : tu pensais pouvoir aller gentiment tout droit ? Non. Sur ton chemin, il y aura trente-six portes fermées, des clés à trouver, des cadenas impossibles à péter. Comme le joueur est contraint de suivre les embranchements imposés par le jeu pour basculer toujours un peu plus dans l’horreur, Bryan se voit continuellement infliger de nouvelles contraintes, comme si sa nuit n’était pas déjà assez pourrie. Avec ses multiples plans-séquences en steadycam dans le dos de son personnage, ou ces moments où Bryan vérifie son nombre de balles et son état de santé, le film nous donne l’impression d’être pleinement aux manettes. Jusqu’à ce que Bryan se comporte exactement comme nous : trop effrayé pour continuer à avancer, tournant en rond pour échapper à une créature ou réalisant qu’il vient de faire une connerie.

C’est donc un parfait terrain de jeu pour Zach Cregger, qui vient aussi faire sa propre tambouille avec un bestiaire évidemment inspiré des jeux, mais avec une variante. À Raccoon City (et surtout chez Umbrella), il n’y a pas que les zombies ou le virus T : on peut aussi être surpris. Si l’on sent des inspirations venir ça et là, comme Left 4 Dead ou The Last of Us, c’est aussi quelque chose de propre à la saga : l’environnement change, ses monstres aussi. Et plus on avance, plus c’est fucked up. C’est là que l’amour du réalisateur pour le gore et les effets pratiques se montre des plus utiles pour offrir de bons gros moments de flippe. Mais Cregger prend surtout soin de rendre tout ça crade et profondément anti-spectaculaire. On pourrait s’attendre à voir débarquer un Leon S. Kennedy ou une Jill Valentine, gros bras et flingue à la main, pour remettre un peu d’ordre dans ce bordel. Sauf que les quelques personnages qui croisent la route de Bryan sont tous aussi paumés et désespérés que lui. Même celui de Kali Reis, qui dézingue pourtant du zombie à tour de bras. Ici, personne n’est là pour sauver le monde.

Le plus ironique, c’est Cregger ne veut déjà plus entendre parler de films de franchise. Et c’est bien dommage, parce qu’avec son Resident Evil, il vient de montrer qu’il existe enfin une autre manière d’adapter un jeu vidéo : ne pas reproduire son histoire, mais comprendre ce qu’un joueur ressent en y jouant. Et maintenant qu’on tient peut-être enfin une formule payante… lui a déjà terminé sa partie.

Resident Evil, un film de Zach Cregger. Avec Austin Abrams, Paul Walter Hauser, Kali Reis et Zach Cherry. En salles le mercredi 16 septembre 2026.

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