The Furious : des mandales ou rien

Ecoute, je vais aller droit au but. Si la bagarre n’est pas pour toi, alors The Furious ne l’est pas non plus. Si en revanche tu aimes voir des types se rétamer la face non stop pendant deux heures… Qu’est-ce que tu fais là sur ton téléphone ou ton ordinateur à lire cet article ? Insensé.e, ferme cet onglet immédiatement et fonce au cinéma voir le film. Saute dans un bus, monte sur un vélo ou des rollers, et surtout pas une voiture si tu es en ville (je peux être chiant sur ce sujet puisque de toute façon si tu m’as bien écouté tu as fermé cet onglet et j’écris actuellement dans le vide, tu ne me lis pas), et va putain de voir The Furious.

Qu’est-ce que tu veux que je te dise pour te convaincre, au delà de l’aveugle confiance que tu offres déjà à Cinématraque, puisque nous avons toujours raison sur le cinéma ? Que le projet est né d’une envie du producteur Bill Kong de retrouver l’énergie violente et jouissive des grands films de bastons du cinéma hongkongais ? Que pour cela il a engagé le directeur des cascades japonais Kenji Tanigaki, connu pour les chorégraphies de City of Darkness de Seoi Chang ? Que ce dernier a alors embrigadé Kensuke Sonomura, chorégraphe de Hydra et des Baby Assassins (mais aussi de nombreux jeux vidéo des sagas Resident Evil, Metal Gear et Devil May Cry) à son tour ? Et qu’ensemble ils ont littéralement assemblés les Avengers de la frappe de l’Asie du Sud-Est ?

Parce que oui, tout ça est vrai. Et le casting cinq étoiles du film ferait passer les stars des (très mauvais) films Expendables pour des acteurs de seconde zone, tant on a ici la crème du gratin du haut du panier collector select ultra, la fine fleur, le millésime du grand cru médaille d’or de la tatane puissance 3000. Tu veux le Joe Taslim de The Raid et The Night comes for Us ? Il est là pour la bagarre. Tu veux la légende absolue Mad Dog des deux films The Raid, de Merantau, de John Wick 3 ? Il est là et il tabasse ses ennemis avec un ARC. T’es un OG fan de bagarre, un vrai cinéphile pointu et tu veux revoir la virtuose du Muay Thai, la star du Chocolate de 2008 (pas celui avec Omar Sy, respecte-moi) Jeeja Yanin ? Elle brille dans l’introduction du film. Tu veux voir la nouvelle étoile montante du cinéma chinois Xie Miao qui déchire tout dans les films Eye for an eye ? Evidemment qu’il est là.

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Et pourquoi pas aussi Yang Enyou qui jouait sa fille dans le deuxième volet, pour encore le faire ici et également casser des mâchoires de son petit gabarit ? Et bah voilà, tu l’as aussi. Peut-être qu’avec tout ça tu te dis que tu voudrais aussi découvrir un peu de sang frais, avoir un nouveau petit poulain à suivre dans sa carrière au monde des muscles qui claquent et des coups de poings qui décollent le béton comme Macron détruit notre pays ? Après tout y’avait pas encore assez de calories dans ton burger à douze étages, autant rajouter la révélation absolue Brian Le, qui passe en quelques années d’homme de l’ombre (chorégraphe et coach sur des productions US comme Shang-Chi ou Everything Everywhere all at Once) à combattant le plus remarquable et remarqué d’un film au roster plus chargé que le dernier jeu Super Smash Bros sur Switch.

The Furious, c’est la générosité faite cinéma. On a certes droit à un scénario qui ferait passer un timbre-poste pour la tapisserie de Bayeux, qui raconte comment un daron muet mais plus fort en bagarre que le PS en trahison de la gauche va décalquer tout un gang de voyous pour récupérer sa fille kidnappée, se faisant en chemin quelques alliés et surtout beaucoup d’ennemis. On va à l’essentiel et au plus simple pour laisser la place à un défouloir des plus absolus, un enchaînement de morceaux de bravoure tous plus insensés les uns que les autres à la fois en termes de chorégraphie, d’utilisation de l’espace filmique, et de violence spectaculaire. C’est simple, le film est structuré autour de six grosses scènes de baston générale, qui sont habilement entrecoupées de petites respirations, à savoir des scènes de baston un peu moins générale. Y’a plus d’os brisés, de machettes endiablées et de coups de pieds sautés dans The Furious qu’il n’y a de films financés par Bolloré en France.

On pourrait regretter que le scénario soit justement un peu facile. Ou même que le film souffre d’un mauvais doublage anglophone, mais hélas nécessaire au vu des nationalités plurielles et multiples du casting. Pour ce second point, on se console en se disant que cela ajoute au charme et rappelle les bien plus mauvais doublages anglais ou français des films de la Shaw Brothers. Pour le premier, malgré l’évidence il y a aussi un vrai propos au milieu de tout ça. Car si The Furious dénonce par exemple sans aucune subtilité la corruption de la police (ne manquez pas ce plan où le héros quitte le commissariat bredouille car il n’a pas suivi la bonne démarche administrative pour signaler le kidnapping de sa fille, et fait apparaître la devise de la police « protéger et servir » au centre du cadre, parce que la subtilité c’est pour les petites merdes), il raconte surtout que l’envie de faire le bien est contagieuse. Comme dans les grands films de Chang Cheh, à l’âge d’or de la fracasse hongkongaise, les héros se rapprochent du divin par la force de leurs bras musclés et trouvent le salut dans la camaraderie et le don de soi pour la vie de l’autre. Dans The Furious même les victimes ont aussi droit à leur moment de gloire et participent à la lutte, parce que c’est ensemble que l’on vient à bout de nos adversaires, jamais seul.

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On en fait parfois des caisses sur des films qui seraient des déclarations d’amour au cinéma, mais on a rarement vu un témoignage d’amour aussi ardent et passionné pour l’action que The Furious. Chaque combattant incarne un personnage qui a son propre style, ses mouvements qui sont un reflet de sa personnalité. L’image-mouvement est dans chaque plan de The Furious, si Deleuze était encore en vie il aurait probablement expliqué à ses étudiants que c’était le film qui a terminé le cinéma.

Vous pensez que j’en fais trop ? Mais souvenez-vous de cette réplique de film, « comment est-il possible de ne pas être romantique au sujet du baseball ? ». C’est pareil avec la bagarre au cinéma. Il y a trop d’amour dans The Furious, on ne peut que sortir de la salle de cinéma avec un sourire aussi large que celui du chat du Cheshire collé à la tronche, et une envie brûlante : le revoir pour décortiquer chaque mouvement, chaque combat. Certainement pas le film de l’année, mais un c’est vrai cadeau. Et les cadeaux, ça ne se refuse pas.

The Furious, un film de Kenji Tanigaki et Kensuke Sonomura. Avec littéralement tous les best, cherchez pas. Au cinéma en France le 10 juin.

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