En avril ne te découvre pas d’un film ! ça veut rien dire ok, mais voici nos coups de cœur du mois dernier, qui ne sont pas nombreux hélas car la rédaction a été très occupée par la préparation de notre podcast On refait le Cannes épisode 2, ainsi que par le festival de Cannes 2026.
Captain Jim : Bayside Shakedown Extra Edition Bayside Policewoman Story Early Summer Traffic Safety Special, de Katsuyuki Motohiro

J’ai laissé le titre entier officiel juste pour avoir l’air d’un fou (ça a marché, Mehdi veut que je quitte la rédaction maintenant), mais en vérité vous allez vite comprendre car ce n’est pas si compliqué.
Il y a quelques temps, je me suis demandé quels étaient les grands succès du cinéma japonais localement. Chez nous, on adore Kore-Eda, Fukada et Hamaguchi, mais qui sont les noms qui plaisent au peuple ? Alors je suis allé chercher le top du box office japonais, et au milieu d’une pelletée d’adaptations de mangas en prises de vues réelles et de films Demon Slayer et Ghibli, j’ai vu un truc nommé… Bayside Shakedown.
En vérité, il s’agit d’une série télé à succès de 1997 qui met en scène un jeune policier fougueux (et ancien commercial en quête de sens à saupoudrer sur sa vie) qui pense qu’il est un devoir d’aider les gens. Il se confronte alors à la bureaucratie du monde policier, qui hélas ressemble énormément à la vie d’entreprise qu’il vient de quitter. Heureusement, il a un potentiel allié de taille au commissariat central : une étoile montante qui est prêt à faire de nombreux sacrifices pour arriver au sommet et enfin changer la police de l’intérieur.
Qu’est-ce que j’entends par série télé à succès ? Je veux dire qu’à l’époque de sa diffusion, la série recueillait près d’un tiers des audiences de toutes les chaînes du pays ; une réalité absolument impossible à répliquer aujourd’hui ! Et puisqu’elle est arrivée sur Netflix récemment, j’en ai profité pour vérifier si elle méritait son succès. La réponse est un grand oui : c’est de la bonne télévision des familles comme on en fait plus, bien écrite et intelligente, qui sait prendre le poul de la société japonaise et de l’esprit culturel de l’époque tout en proposant des intrigues bien ficelées et une galerie de personnages immédiatement attachants.
Plutôt que de faire des suites, la chaîne a alors décidé de mettre en branle plusieurs téléfilms dans les années qui suivent. Puis vinrent les sorties cinémas, qui s’étendent de 1998 à… Aujourd’hui ! Et le téléfilm qui fait l’objet de ce coup de coeur est un cas un peu particulier, puisqu’il s’agit d’un spin-off.
Bayside Shakedown Extra Edition Bayside Policewoman Story Early Summer Traffic Safety Special, plus connu sous le nom de Bayside Shakedown: Wangan Police Station Female Police Officers’ Story, mais que j’appelerai ici Bayside Shakedown Extra Edition Bayside Policewoman Story Early Summer Traffic Safety Special juste parce que c’est drôle, introduit une nouvelle héroïne qui rejoint le commissariat du côté du service qui s’occupe de la circulation.
Et c’est génial ! Le téléfilm reprend l’esprit idéaliste et très critique de l’institution policière qui fait le sel de Bayside Shakedown, mais en mettant aussi l’accent sur le sexisme du milieu et de la société japonaise dans son ensemble. L’héroïne est confrontée à une supérieure fermée et procédurière, qui est aussi agaçante que touchante, que le réalisateur Katsuyuki Motohiro (qui réalise la série, les téléfilms et les films) sait mettre en valeur avec une vraie intelligence de mise en scène. Voilà une vraie oeuvre populaire de qualité, comme on voit trop rarement aujourd’hui ! Retenez donc bien ce nom : Bayside Shakedown Extra Edition Bayside Policewoman Story Early Summer Traffic Safety Special, et surtout toi Mehdi. Bayside Shakedown Extra Edition Bayside Policewoman Story Early Summer Traffic Safety Special.
Julien : Drunken Noodles de Lucio Castro

Alors que Cannes 2026 est dans la ligne de mire dans les jours qui viennent, faisons un petit coup d’oeil dans le rétroviseur en mettant un lumière le troisième long-métrage du cinéaste argentin Lucio Castro, présenté dans la confidentielle mais souvent passionnante sélection de l’ACID, label fruit d’une curation de la part d’une association de cinéastes indépendants. L’an dernier, certains festivaliers avaient pu y découvrir ce Drunken Noodles, exploration fantasmatique queer de New York et ses environs (où Castro habite depuis de nombreuses années). Adnan (Laith Khalifeh) est un jeune étudiant en arts qui arrive dans la Grosse Pomme pour travailler dans une galerie d’art en parallèle de ces études. Sur place, le spectateur va le suivre sur la piste de ses découvertes personnelles et sexuelles.
Véritable hommage au cruising et à la vibrante scène artistique homosexuelle new-yorkaise (un des segments est notamment une évocation des broderies érotiques assez explicites de Sal Salandra), Drunken Noodles est une divagation touchante à la rencontre de kinks et de corps rarement pas toujours représentés dans le cinéma de festival. Derrière les fetishs, Lucio Castro sonde à travers son réalisme magique l’âme de son jeune héros avec beaucoup de tendresse et une soif de liberté rafraîchissante. Un très beau film sur la fragilité de la vie et sa célébration par la sexualité.
Mehdi : The Hours
Gabin : Mother Mary, de David Lowery

Doux hasard de calendrier (ou pas) dans les cinémas canadiens puisque sortent à quelques jours d’intervalle Mother Mary et Le diable s’habille en Prada 2, soit deux films dans lesquels Anne Hathaway et la mode ne font qu’un. Et où l’un pourrait presque se définir de façon bête et méchante comme la version elevated horror de l’autre. À vous de deviner lequel est lequel, même si c’est pas très dur. Mais vu que Mother Mary n’a encore aucun distributeur français annoncé à ce jour, comme c’est un film A24 et qu’il vaut son pesant d’or au pays du cinéma ™, autant en profiter pour vous en dire quelques mots en exclusivité cinématraquiste.
Mother Mary, c’est surtout le retour aux affaires de David Lowery après sa petite parenthèse chez Disney, entre Peter Pan et Wendy, ses deux épisodes de la série Star Wars : Skeleton Crew et son court métrage de Noël. Bref : peut-être que Bob Iger n’a pas kiffé son pitch du Diable s’habille en Shein aux Galeries Lafayette, qui sait. Anne Hathaway troque sa carrière de journaliste pour celle d’une star de la pop sur le point de faire son retour. Prise d’une terreur soudaine à l’idée de remonter sur scène, elle se réfugie chez son ancienne styliste et amie, Sam Anselm, incarnée par Michaela Coel. Son défi : créer une robe de toutes pièces en trois jours pour son prochain concert.
Si vous avez lâché A Ghost Story au moment où Rooney Mara dégustait sa tarte pendant cinq minutes, il y a donc très peu de chance que cet autre film soit pour vous. Les Loweristes avertis seront quant à eux probablement peu surpris que Mother Mary soit plutôt le théâtre d’un affrontement verbal entre ses deux personnages principaux. Deux amies éloignées que le destin réunit dans un lieu clos et reculé, loin de l’effervescence médiatique. Une parenthèse assumée : alors que Sam demande à « Mother Mary » si elle est capable d’arrêter le temps pour lui permettre de fabriquer sa robe et qu’elle claque des doigts, Lowery donne ensuite l’impression qu’il se délite dans sa mise en scène, quand ses héroïnes revisitent leur passé respectif – la grange qui fait office d’atelier devient la scène de ces flashbacks, nécessaires pour nourrir ce que Sam cherche pour donner naissance à ce vêtement : de l’authenticité.
Un moment de vérité, c’est aussi ce qui transparait derrière le personnage de diva campé par Hathaway, qui fend l’armure (ou son costume) pour se dévoiler meurtrie physiquement et psychologiquement. Si Mother Mary a aussi une dimension surnaturelle, sur laquelle le film se vend, il s’agit davantage d’un prétexte pour alimenter le face à face entre Anne Hathaway et Michaela Coel, qui se disputent la lumière à tour de rôle. Et on y croit… tout comme au simple fait que Hathaway aurait pu être une star de la pop : c’est bel et bien sa voix que l’on entend sur les chansons composées pour le film par Charli XCX et Jack Antonoff, producteur historique – entre autres – de Taylor Swift, dont David Lowery s’est fortement inspiré pour les scènes de concerts. Bref : y’a des chances que cette Mother Mary finisse dans mon top, cette année.
—
On se retrouve après Cannes !

