[Annecy 2021] The Deer King : Mononokay

Un univers médiévalo fantaisiste. Deux peuples en guerre depuis des lustres aux noms invraisemblables (les Zolites et les Aquaféens). Une maladie magique appelée le mittsua qui décime les Zolites mais épargnent les Aquaféens. Un héros solitaire et taciturne au sombre passé, qui chevauche un cerf comme si c’était un cheval… The Deer King, nouvelle production d’animation japonaise, a tout d’une aventure d’heroic fantasy classique.

Adapté d’une saga de roman de l’autrice japonaise Naoko Uehashi, spécialisée dans le genre, The Deer King n’est pas là pour réinventer la roue mais faire le taff efficacement dans un genre pas si présent que ça dans le long métrage d’animation de nos jours. Surtout comparé à la production télé japonaise, qui en est davantage friande… Et encore. Ce genre qui a l’habitude de mêler conflits politiques et intrigues royales avec des considérations plus intimistes et de la magie a été largement popularisé par le travail d’un certain Hayao Miyazaki et celui de son best bro Takahata. Ce sont leurs passions sincères pour les littératures européennes qui les ont poussé à créer des œuvres telles que Horus prince du soleil, Nausicaa ou encore le célébrissime Princesse Mononoke. Des œuvres qui puisent dans l’imaginaire occidental pour le combiner avec un animisme oriental.

C’est cette dernière qui semble avoir largement inspiré la trame de The Deer King, puisque le roman publié en 2014 comme le film y traite d’une maladie qui vient de la nature et qui est portée par des énormes loups sauvages, qu’on y voit une petite fille chevaucher ses mêmes loups, et les conflits politiques autour des différents peuples ressemblent encore beaucoup à ceux de Mononoke.

Il est d’ailleurs assez amusant de remarquer à ce titre que les deux réalisateurs du film sont eux-mêmes passés par les studios Ghibli. Masayuki Miyaji a travaillé sur Chihiro et sur le court-métrage dédié au chat-bus de Totoro notamment, tandis que son comparse Masashi Ando a travaillé comme chara-designer sur Mononoke et Chihiro, et comme animateur sur presque tous les films de Takahata. On comprend donc que les influences ne sont pas fortuites.

Malgré tout cela, il n’y a rien de foncièrement renversant dans The Deer King. Le héros à la backstory très commune (il a perdu sa famille, retrouve le goût de vivre grâce à une petite orpheline dont il va s’occuper) est certes attachant, pareil pour le personnage du médecin qui tente de comprendre la maladie en accompagnant le héros, mais le film souffre d’un déjà-vu trop important pour vraiment se démarquer. Qui plus est, il est parfois difficile à suivre ; résumer un univers d’héroic fantasy complexe en deux heures pour à la fois guider le spectateur et mettre en place une narration et une dramaturgie immersive et prenante, ça n’est pas à la portée de tout le monde !

Néanmoins le résultat final reste assez honorable, et le film se regarde tranquillement et sans déplaisir. L’animation est réussie, l’univers visuel plutôt accueillant, les rares combats sont bien mis en scène, la musique très plaisante… Vu la chaleur terrible qui nous paralyse en ce moment, ça n’est pas désagréable de pouvoir s’oublier un instant devant The Deer King, âme et corps moite réunis. Cela ne vaudra pas Mononoke évidemment, ni Maquia, très beau film de fantasy sorti il y a quelques années de l’esprit de la géniale Mari Okada… Mais au moins c’est pas Wonderland de Keiichi Hara. Thank god.

The Deer King, un film de Masashi Ando et Masayuki Miyaji.

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