Horns, un film pop cornes

Nos notes

Alors que tout semble l’accuser, Ignatius est décidé à prouver qu’il n’a pas tué sa petite amie. Le quidam désigné (à tort ?) coupable menant lui-même l’enquête pour démontrer son innocence est un archétype du thriller. Généralement, il embarque à ses côtés le spectateur qui découvre en même temps que lui « l’effroyable vérité ». Dans Horns, si l’on est un tant soit peu perspicace, on a vite fait de deviner l’identité du meurtrier. Tant pis. Ou tant mieux. Car ce qui intéresse Alexandre Aja dans cette adaptation du Cornes de Joe Hill est moins de construire un film à twist, en ménageant scrupuleusement les rebondissements de l’intrigue, que de s’amuser avec le potentiel fantasmagorique du roman et de jongler avec les genres.

Secrets inavouables

Ignatius, Ig pour les intimes, se réveille un lendemain de cuite avec un sacré mal de tête ; et pour cause : une corne lui pousse sur chaque tempe. Ce surgissement d’un élément fantastique est accueilli par l’entourage du jeune homme comme une incongruité amusante, au mieux étonnante, mais jamais effrayante. Plutôt que de paniquer, les interlocuteurs d’Ig se mettent à lui déballer leurs secrets les moins avouables. Ces cornes ont le pouvoir de craqueler le vernis des conventions sociales et d’étouffer les réflexes de tact, de bienséance et d’auto-censure de monsieur et madame tout-le-monde. Un comble : le héros cornu devient le témoin halluciné et désarçonné de ces confessions témoignant de la monstruosité et de la noirceur tapies au fond de ceux qu’il côtoie.

Imagerie diabolique

Aja ne cherche jamais à amenuiser la dimension comique de ces échanges et, lorsque le film se fait plus sombre, au fur et à mesure que l’enquête progresse, il se plaît à souffler de temps à autre sur les braises de l’humour. Et cela, sans que la tension ni l’émotion qu’il cherche à éveiller ne soient parasitées. Il revendique le mélange des genres, allant jusqu’à convoquer à plusieurs reprises toutes ces dimensions au sein d’un même plan. A l’image de cette scène où Ig sort, au ralenti, d’un bâtiment en proie aux flammes, au son de Personal Jesus : une vision diabolique à la fois fantastique, vaguement inquiétante, pop, touchante et réjouissante par son pur aspect illustratif assumé.

Un film généreux

Certains reprochent à Horns d’être trop ceci ou trop cela, de ne pas utiliser les symboles avec davantage de parcimonie ou d’être excessif dans son imagerie. Assurément, le film a quelque chose de bancal : il agglomère des morceaux de Stand by Me, de mélodrame amoureux, de farce, de satire sociale, de film de monstre, de trip visuel et de conte macabre… Un mélange quelque peu déstabilisant, mais avec une telle générosité qu’il serait dommage de faire la fine bouche. A l’heure où la majorité des films de genre atteignant les écrans français sont soit des remakes inoffensifs, soit des suites bâclées, soit des found footages peu inspirés, autant se réjouir de voir un réalisateur offrir une autre recette que ces éprouvantes formules éprouvées. Horns a beau avoir l’air de partir dans tous les sens, il retrouve vite le chemin du pur plaisir de spectateur.

Horns, Alexandre Aja, avec Daniel Radcliffe, Juno Temple, Max Minghella, Heather Graham, Etats-Unis, 1h59.

Verdict ?

Je suis cinéphage, avec un appétit particulier pour les films de genre. Je fais rarement la fine bouche, je ne dis pas « je n’aime pas » tant que je n’ai pas goûté, et je peux même me régaler de films que beaucoup trouveront indigestes. Mon péché mignon : le cinéma horrifique italien. Mes recettes préférées : celles du chef Dario Argento. Et quand je ne m’attable pas devant un film, je suis journaliste.

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