Fruitvale Station, de Ryan Coogler – Un Certain Regard

A l’instar des géniales Bêtes du Sud Sauvage l’an dernier, Fruitvale Station était dans les bruits de couloirs du festival la petite bombe indé tout droit venue de Sundance et présentée en sélection Un Certain Regard. Premier film certes vraiment prometteur, l’oeuvre de Ryan Coogler n’est pourtant pas au niveau de son prédécesseur.

On comprend pourtant aisément l’engouement qu’a suscité Fruitvale Station à Sundance. Film indé type, avec son lot de miscellanées loufoques, amusantes et imprévues et ponctué de moments forts toujours parfaitement filmés : il n’y a rien à redire sur la forme, elle est celle, miraculeuse et magique, de tous les bons produits indés américains. C’est plus le propos, qui peut gêner.

Car le film s’ouvre sur un  solennel : « inspiré de faits réels » et débute sur les images filmées au téléphone portable de l’événement dont parlera la fiction.

Ça n’augure jamais rien d’extraordinaire, lorsqu’un réalisateur se cache derrière ce genre d’avertissement en début de film, ai-je toujours trouvé. Et Coogler n’est pas de ceux qui font dans la dentelle. Le fait divers rapporté est un drame urbain de guerre des gangs tournant au règlement de compte avec une police qui perd très vite son sang froid, tirant sans raison sur l’un des protagonistes. Dans son film, les dealers repentis mais pas trop sont quand même plus gentils que ces salauds de flics, mais bien moins que les médecins. Les vieux sont des sages et les jeunes des idiots fougueux. Mais c’est « inspiré de faits réels », veut nous asséner le réalisateur, usant de caméra à l’épaule, comme pour mieux introduire son récit dans une réalité sur grand écran. Seulement, lui répondra-t-on, il n’y a jamais une seule vérité.

Le propos objectif (les images d’archives comme autant de preuves) peut entraîner des dizaines de milliers de décontextualisations différentes, et c’est la plus manichéenne d’entre elles qui a semblé à Coogler être la plus cinégénique. Peut-être aurait-il fallu nuancer ses affirmations, poser quelques zones d’ombre supplémentaires, quelques ellipses et quelques points d’interrogation. Car son héros est justement en repentance, inscrit dans une démarche quasi-bouddhiste de pardon envers lui-même et le monde entier. Le début du film, racontant la vie du futur décédé bien avant le drame le montre voyou, puis repenti et mort.

Oui, le problème est de l’ordre de la ponctuation. On aurait préféré moins de points d’exclamation, et plus de points d’interrogation, voire de suspension.

Néanmoins, on prendra plaisir à suivre de près ce concurrent à la Caméra d’Or, ne serait-ce que pour sa formidable direction d’acteurs.

Fruitvale Station, de Ryan Coogler, avec Octavia Spencer, Michael B. Jordan, Etats-Unis, 1h30.

(Dzibz n’étant pas mon vrai prénom)
Red’chef ici, extrêmement sévère avec les autres, mais pas du tout avec moi, hashtag YOLO.

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