Les Croods : struggle for life

Eep Crood est une jeune adolescente frondeuse et aventurière insatisfaite de la vie qu’elle mène avec sa famille. Evoluant dans un monde hostile, Grug Crood, le patriarche, enseigne depuis toujours à sa progéniture qu’il ne faut jamais « ne pas avoir peur » ; aussi, afin de se prémunir de tous les dangers, ils sont réduits à vivre dans leur caverne et à n’en sortir que pour se sustenter. Mais Eep en a plus qu’assez : une nuit, alors que tout le monde est assoupi, elle distingue une lueur ; mue par la curiosité et bravant l’interdiction de quitter la caverne, elle se lance à la poursuite de cette étrange lumière, et fait la connaissance de son détenteur, Guy, un jeune garçon aux allures de surfeur hawaïen. Ce dernier prévient Eep de l’approche imminente de la fin du monde qu’elle habite. Guy est formel, il faut fuir, et vite. Mais une telle décision n’est pas si simple à prendre pour Grug qui tient son rôle particulièrement à cœur et n’entend pas faire courir de risques inconsidérés aux siens, si ce n’est à sa belle-mère, dont il aimerait qu’elle finisse par casser sa pipe.

Menés par leur éclaireur, les Croods partent à la conquête d’un eldorado des plus swags peuplé de surprenantes bestioles multicolores, dont le tigre à la crinière vert fluo est un fier représentant. Certes, ça pique un peu les yeux au début, mais on prend un réel plaisir à voir se déployer devant nous cet univers luxuriant, théâtre d’épisodes savoureux, comme celui où les Croods, faisant la découverte du feu, réduisent une prairie en cendres en un clin d’œil. Cet exode devient alors le prétexte à un voyage initiatique pour chacun des membres du clan, ainsi que le terrain d’une compétition acharnée entre un père et un nouveau venu dont l’arrivée bouleverse l’équilibre familial. Deux conceptions du monde s’opposent alors, celle de Grug, hostile au changement, et celle de Guy, qui parvient à rallier le reste de la fine équipe à sa cause, enthousiaste à l’idée de découvrir un monde encore inconnu et plein de promesses. A la question « où va-t-on ? », Guy répond « on va vers demain », tandis que Grug est paralysé par une crainte superstitieuse de la découverte, pourvoyeuse de son lot de calamités. Les péripéties s’enchaînent à un rythme effréné, force courses-poursuites rythment un récit qui ne souffre d’aucun essoufflement. Reconnaissons également aux auteurs de ces Croods de ne pas avoir succombé à la facilité des gags fondés sur l’anachronisme, qui auraient pourtant pu constituer le seul et unique ressort comique du film. De même, l’humour basé sur la référence, comme c’était le cas par exemple dans le troisième volet de Shrek, est ici savamment contourné, permettant d’évacuer une double lecture, l’une exclusivement réservée à un public d’adultes et l’autre aux enfants, et de développer ainsi un discours rassembleur.

Le rassemblement est d’ailleurs la notion fondamentale de ce film, les dissensions n’étant présentées que pour mieux souligner l’unité de la communauté et son absolue nécessité pour survivre. Dès lors, nul besoin de mettre en scène un personnage de « méchant » puisque tout élément extérieur au clan est désigné et identifié comme la menace, en premier lieu le monde hors de la caverne, autrement dit hors de la cellule familiale, dont il ne faut, rappelons-le, jamais « ne pas avoir peur ». Dans ce contexte, l’arrivée de Guy ne peut être appréhendée que comme un nouveau danger dont il faudra à tout prix se prévaloir. Mais voilà, Guy est le sauveur, seul Grug ne s’y résout pas, jusqu’à ce qu’il comprenne qu’il n’a d’autre choix que de l’accepter, au risque sinon d’être définitivement renié par les siens. L’histoire se répète, et le doublement du conflit générationnel, – la relation entre Grug et sa belle-mère est le miroir de celle qui se tisse avec Guy son futur gendre -, renforce la portée du discours : l’arrivée d’un nouvel élément au sein de la communauté est certes pénible (la grand-mère ne supporte pas Grug), mais il faudra s’y faire, l’adaptation est une question de survie. Le récit prend donc résolument le chemin d’une éthique de la (ré)conciliation, c’est ainsi que l’effrayant tigre à la crinière punky, devient le matou favori de Grug qui a découvert comme son fiston, le concept d’animal de compagnie au cours du périple. Si nous n’étions pas encore pleinement convaincus de la dimension réconciliatrice du récit, le conflit entre Eep et son père achève de le démontrer : elle qui s’opposait au discours du patriarche et désirait ardemment conquérir sa liberté finit par faire de cet homme son héros, et revoir ses ambitions d’émancipation à la baisse. Le règlement de leurs différends n’a visiblement pour seul horizon que l’aménagement d’une place pour un autre homme, Guy, dont les tatouages et collier de coquillages d’un kitsch achevés ne semblent entamer l’enthousiasme de la jeune fille qui ne quitte la caverne familiale que parce qu’un autre homme peut désormais la protéger. La capacité d’Eep à administrer deux-trois coups bien placés au garçon ne suffit malheureusement pas à nuancer le propos. Malgré la mise en œuvre de certains stéréotypes qui ont la vie dure, reconnaissons aux auteurs du dernier né des studios Dreamworks d’avoir pris le soin de présenter une intrigue pas si manichéenne et partant, de ne pas avoir cédé à bien des facilités.

Les Croods, Chris Sanders & Kirk DeMicco, avec les voix de Nicolas Cage,Ryan Reynolds, Emma Stone, Etats-Unis, 1h32.

2 Comments

  • Répondre juin 2, 2013

    LordGalean

     » elle qui s’opposait au discours du patriarche et désirait ardemment conquérir sa liberté finit par faire de cet homme son héros, et revoir ses ambitions d’émancipation à la baisse.dont les tatouages et collier de coquillages d’un kitsch achevés ne semblent entamer l’enthousiasme de la jeune fille qui ne quitte la caverne familiale que parce qu’un autre homme peut désormais la protéger. »

    non rien à voir en fait, c’est un total contresens du film, c’est justement le jeune homme qui va lui dévoiler le monde comme un mentor, mais elle va s’émanciper toute seule, et se révéler à elle-même (cf Campbell et le monomythe)

  • Répondre avril 15, 2013

    Margaux

    Super critique!

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