Retrouver François Arnaud en tête d’affiche d’un film canadien quelques mois après la folie Heated Rivalry, qui plus est en avant-première mondiale à Fantasia, ça (me) donnait envie. Mais dans Someone’s Daughter, son personnage est à mille lieues du hockeyeur Scott Hunter, charismatique et aimé de tous. Ici, il incarne Paul, un homme accusé de viol et enlevé par le père de la victime, plusieurs années après son acquittement, en même temps que son ancienne avocate Sam (Pascale Bussières).
Laissés à eux-mêmes sur un îlot au milieu de la forêt canadienne, Sam et Paul doivent s’entraider pour retrouver leur chemin vers la civilisation. Le synopsis promet alors une exploration de la moralité de ses personnages et une remise en question de la notion de justice, alors que l’instinct de survie prend le dessus sur la rationalité. Réalisé et coécrit par la cinéaste Wiebke von Carolsfeld, Someone’s Daughter se base sur une prémisse nouvelle : la relation qui unissait une avocate à son client laisse place à une collaboration forcée, où leurs vrais visages se révèlent. Un concept intéressant sur le papier… mais qui ne se retrouve malheureusement pas à l’écran.

Survie partout, justice nulle part
Tourné pendant un mois dans la forêt canadienne, Someone’s Daughter profite de l’immensité de ses paysages (et de la belle photographie de Léna Mill-Reuillard) pour mieux y enfermer ses deux personnages principaux, complètement livrés à eux-mêmes. La peur de se perdre, de tomber sur un animal sauvage, de ne plus avoir à manger ou à boire… L’aspect survival du film reste assez classique, mais efficace. Le souci, c’est que c’est à peu près tout ce qu’on peut y retrouver, alors qu’on pense partir d’une vision assez inédite : celle d’un père prêt à faire justice lui-même en enlevant celui qui était accusé d’avoir violé sa fille… et la femme qui l’a défendu lors de son procès. Les toutes premières minutes du film sont particulièrement angoissantes, l’image floutée empruntant le point de vue de Sam, droguée et attachée alors qu’elle n’a aucune idée de l’endroit où on l’emmène. En les abandonnant chacun avec une arme, on aurait pu imaginer que le plan de ce père de famille aurait beaucoup plus d’impact sur le récit.
Le film aurait alors pu devenir un véritable face-à-face entre Sam et Paul. Leur relation aurait pu être complètement remise en question, en explorant ce lien qui attache un avocat à son client, qu’il soit coupable ou non… ou justement ce que cela peut être de défendre quelqu’un que l’on sait pleinement coupable. Il y a quelque chose d’intéressant à ce que Paul soit incarné par un acteur devenu une véritable icône en quelques mois, et à qui on donnerait le bon Dieu sans confession. Et c’est évidemment un personnage qui joue de cette apparence : Paul se comporte tout d’abord comme un enfant gâté et ingrat, laissant Sam mener le chemin ou prendre toute initiative pour assurer leur survie. Et si l’acteur joue très bien, le problème est qu’on a davantage l’impression que le film cherche à rendre son personnage sympathique et à oublier l’éléphant dans la pièce.
Quand le kidnappeur dit à Sam qu’il voulait voir ce qui se cachait derrière tout son maquillage, et qu’elle est elle aussi « la fille de quelqu’un », on pense là aussi que le scénario explorera ce que c’est d’être une avocate défendant un homme accusé de viol. En plus de rendre le personnage de François Arnaud sympathique, la « tension » qui se crée entre Sam et son ancien client est elle aussi à deux doigts de rendre le film nauséabond. Sur une heure et demie, ce n’est qu’à quasiment vingt minutes de la fin du film qu’on se rappelle qu’en fait, ce serait peut-être bien de ne pas oublier son principal sujet. Ce qui aurait donc dû être traité tout le long est alors expédié en quelques scènes au bord du ridicule, où l’on oublie complètement la victime initiale ou son père. Reste toutefois la belle performance de Pascale Bussières, prête à se libérer de l’emprise de son client… et à exercer malgré elle une certaine forme de justice.
Someone’s Daughter, un film de Wiebke von Carolsfeld. Avec François Arnaud et Pascale Bussières. Présenté en première mondiale au festival Fantasia. Sortie canadienne prévue le 23 octobre 2026.

