[Fantasia 2026] Blaise : si Malaise TV devenait un film…

Blaise est un ado comme les autres : un peu paumé et pas très sûr de lui. Ses parents veulent le meilleur pour lui, mais eux aussi vivent dans une certaine incertitude. Caroline, la mère, essaie d’être davantage appréciée de ses employés (dur dur d’être manager). Quant à Jacques, le père, il est obsédé par ce que sa meilleure amie pense de lui. En résumé, la famille Sauvage cherche à tout prix à être appréciée, tout en se posant beaucoup trop de questions. Et malgré ce souci de bien faire, le résultat est une avalanche de malaises en cascade… Tout ce qu’on aime.

Blaise et la famille Sauvage sortent tout droit de l’esprit de Dimitri Planchon, auteur de bandes dessinées, qui avait déjà porté cet univers au format sériel sur Arte, avec de courts épisodes de trois minutes. Pour cette nouvelle adaptation au format long métrage, il a retrouvé son co-réalisateur Jean-Paul Guigue et le studio d’animation Je suis bien content, déjà derrière d’autres succès de la chaîne de télévision franco-allemande comme Silex and the City, mais surtout des films comme Persepolis ou Mars Express !

Une collaboration renouvelée qui permet d’expérimenter l’univers de Blaise et son humour sur un tout autre rythme. Un succès déjà payant, puisque le film a reçu le Grand Prix Contrechamp lors de la dernière édition du Festival d’Annecy, quelques semaines après avoir été montré sur la Croisette dans la sélection de l’ACID. Le voici maintenant de l’autre côté de l’Atlantique, au festival Fantasia, pour sa première sur le continent américain.

C’est un terrible malentendu…

Dès sa première scène, Blaise donne le ton : en rencontre avec la psychologue scolaire, la famille Sauvage veut savoir ce qui cloche avec son fils… ou s’il est surdoué. La réponse est simple et efficace : non, répond la psychologue, tandis que l’image s’attarde sur le regard totalement vide du gamin. Ce premier malaise représente le constant décalage dans lequel se trouve chaque membre de la famille Sauvage, toujours à côté de la plaque. Une sensation qui se renforce à travers l’esthétique même du film, identique à celle de la bande dessinée et de la série : du photomontage numérique avec du papier découpé, à la fois très réaliste et… étrange. Un peu comme si l’univers des Têtes à claques avait rencontré celui d’un autre traumatisme de mon enfance, Angela Anaconda. En jouant sur les échelles et les proportions, un décalage se crée aussi dans la représentation des personnages et renforce ce sentiment de malaise constant.

Comme le répète très régulièrement la mère de Blaise : tout n’est qu’un terrible malentendu. Un gag suffit pour avoir des conséquences terribles : non seulement ce qui arrive à chacun des personnages ne fait qu’empirer, mais le malaise qui en découle se transmet de l’un à l’autre comme une inévitable malédiction. Ce qui naît de situations ou de craintes du quotidien devient alors un n’importe quoi complet. On ne donnera qu’un seul exemple pour ne pas divulgâcher l’intégralité des gags, mais alors que Blaise et son amie Joséphine se tournent autour et ne savent pas se dire qu’ils s’aiment, ils se retrouvent mêlés à des situations quasi révolutionnaires à base de violences policières et de grenades dégoupillées.

Il n’est donc pas très étonnant d’apprendre que Ricky Gervais fait partie des inspirations de Dimitri Planchon, vu son humour particulièrement grinçant, qui emprunte autant à The Office (l’originale comme l’américaine) qu’à tous les moments de la COGIP chez Nicolas et Bruno, ou encore à une petite touche de Fabcaro. Avec des acteurs comme Léa Drucker et Jacques Gamblin dans un contre-emploi total (ils prêtaient déjà leurs voix aux parents de Blaise dans la série animée), difficile également de ne pas craquer face au ridicule de toutes ces situations. Tel est le talent de Blaise : réussir à aller toujours plus loin, même quand on croit qu’un gag est terminé.

Blaise, un film de Dimitri Planchon & Jean-Paul Guigue. Sortie française le 27 janvier 2027. Présenté en première canadienne au festival Fantasia. 

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