Avec Orphelin, Laszlo Nemes continue de travailler les parts sombres de l’histoire de son pays, la Hongrie. Révélé avec Le fils de Saul (qui aurait donné des cauchemars à Rivette), le réalisateur s’empare à nouveau d’une histoire de paternité.
Cette fois-ci, c’est le père qui est absent. En tout cas, Andor le pense, et idolâtre la mémoire de ce héros père, mort déporté, comme le lui a raconté sa mère, Klara, qui l’élève seule. Sauf que la réalité finit par frapper à la porte, en la personne du véritable père : un boucher qui n’a pas l’air respectable et qui a abusé de Klara qu’il cachait pendant la guerre. Sa propre famille ayant disparu, le voilà qui revient prendre sa place de bon père de famille chez Andor et Klara.
Le film se place à hauteur d’Andor qui doit gérer cette intrusion dans sa vie, et les secousses qu’elle entraîne sur sa relation avec l’amant défunt de sa mère qui n’est pas son père biologique, et avec sa mère qui lui a menti, mais qui a sans doute vécu l’enfer et semble à nouveau retomber prisonnière de son « sauveur ». Laszlo Nemes réussit à faire vivre ce tourbillon d’émotions qui déchire le jeune homme et qui le conduit à une colère qui le rend aveugle à ceux qui souffrent autour de lui.
Et ils sont nombreux à souffrir dans cette Hongrie encore convalescente, en cette année 1957, de la violente répression du soulèvement contre le régime communiste. Le destin d’Andor croise ainsi celui de Tamas, militant clandestin qui cherche à éviter la police soviétique. Le film amorce une réunion des personnages dans leurs luttes, mais finit par mettre en lumière crûment la triste cruauté des sociétés totalitaires qui empêchent la solidarité.
La mise en scène de Nemes renforce le sentiment d’oppression permanente des personnages. Quelques magnifiques séquences rappellent le talent du cinéaste dans la composition de ses plans. Une roue de fête foraine magnifie ainsi l’une des plus fortes scènes du film, et on sait ce que le cinéma doit aux grandes roues depuis Le Troisième homme. Malheureusement, le canevas un peu trop classique du film l’empêche de réellement décoller. L’ensemble finit par sembler un peu trop appliqué et la mécanique trop huilée pour véritablement toucher. Seule ambiguïté à souligner : le personnage du vrai père, salaud ordinaire, joué avec une justesse surprenante par Grégory Gadebois, ne révèle jamais toutes ses clefs. Cela permet au film de toucher quelque chose de juste dans la relation d’Andor et de ce père haï mais inévitable.
Orphelin, un film de Laszlo Nemes avec Bojtorján Barabás, Andrea Waskovics, Grégory Gadebois et une grande roue

