Le succès surprise de M3GAN en 2022 n’est pas tombé dans l’oreille d’un sourd, il fallait donc se douter que James Wan et Jason Blum sauteraient sur l’occasion pour produire une suite – et à terme une nouvelle franchise au sein de leur cosmogonie de l’horreur américaine popcorn et trains fantômes.
Le premier volet n’était pas désagréable au visionnage il est vrai, et résonnait plutôt bien dans l’actualité avec le dernier remake en date de Chucky. De manière générale, les histoires de poupées et de robots qui tournent mal, c’est un terrain fertile pour l’imagination et l’épouvante. Pour ce second volet, le réalisateur et scénariste Gerard Johnstone (aidé d’Akela Cooper à l’écriture, une habituée des productions James Wan) lorgne plus franchement du côté de Terminator 2.
Car oui, cette fois Megan revient pour aider Gemma et sa nièce à faire face à une nouvelle entité IA nommée AMELIA, employée par l’armée américaine qui en perd le contrôle à la douzième seconde du film. Au coeur du récit, nous avons donc l’évolution constante du personnage de Megan qui apprend à développer une conscience par elle-même, à ne pas nécessairement tuer les humains pour accomplir sa mission et à connaître la valeur du sacrifice de soi… Oui, on est vraiment en plein territoire James Cameronien. Ce qui n’est pas une mauvaise chose en soi, mais oser à ce point s’appuyer sur un tel monolithe, c’est prendre le risque de rester bien terne et pâle dans son ombre.

Non pas que M3GAN 2.0 ne soit pas sympathique. Il l’est, et même plus que le premier film qui avait pour lui le fun qu’apportait le personnage de Megan, mais qui ne cassait néanmoins pas trois pattes à un canard. Ce second volet laisse lui aussi les canards tranquilles, et tant mieux pour eux, mais il a le mérite de pousser les potards un peu plus haut pour offrir un petit délire fun avec beaucoup d’action (et une manière de la chorégraphier très influencée par le travail de Leigh Wannell, proche de cette bande aussi, notamment dans les caméras qui suivent les mouvements des actrices), des personnages hauts en couleur (Jemaine Clement joue une sorte de génie-crétin de la tech absolument délicieux de nullité) et du grand n’importe quoi dans son scénario. Alors on passe un bon moment, on rigole gentiment à quelques boutades, on s’ennuie un peu parce que deux heures c’est long pour un tel projet et ça fait beaucoup de retournements de situation à force, mais on regarde le tout sans déplaisir.
Enfin, ce serait le cas sans l’éléphant dans la pièce, le sujet autour duquel le film tourne principalement et entretient une confusion généralisée : la place des IA génératives et de modèles OpenAI à la ChatGPT dans nos vies. A travers le personnage de Megan, et surtout à travers le travail de Gemma qui prône une régulation des IA dans nos vies, le film se veut comme un miroir de notre monde, lui-même pollué par ces débats constants. Certains parallèles sont saisissants : à l’heure où M3GAN 2.0 sort, l’armée américaine vient de signer un contrat record avec OpenAI, ce qui n’a absolument rien de rassurant vis à vis d’une quelconque régulation de ces outils à la fiabilité douteuse, et aux coûts humains et énergétiques astronomiques. Le fait qu’AMELIA échappe immédiatement au contrôle de l’armée, que cette dernière soit totalement manipulée par des boîtes de tech bien plus puissantes qu’elle, c’est plutôt bien trouvé.
C’est sur le reste que le tout est particulièrement embarassant. D’abors, il y a le fait que (attention je vais spoiler le dernier twist du film) le grand méchant soit un intellectuel et entrepreneur anti-IA qui souhaite causer le chaos pour montrer à quel point les intelligences artificielles sont dangereuses dans nos vies. La position officielle du film est donc qu’il faut vivre avec, tout en sachant les réguler. Une approche qui ne surprend pas beaucoup quand on sait que Jason Blum, le patron de Blumhouse a signé un contrat avec META pour développer des projets de courts-métrages utilisant l’intelligence artificielle générative. Une affiche de film de la boîte de production publiée récemment a clairement été réalisée en utilisant Midjourney, et pire encore, une séquence chantée dans M3GAN 2.0 sur du Kate Bush semble être intégralement générée par une voix artificielle.

Dans une interview donnée il y a huit mois, Jason Blum insiste sur le fait que Blumhouse fera toujours passer « les artistes en premier », mais qu’il faut au moins « maîtriser les outils d’aujourd’hui ». Une position qui se retrouve donc parfaitement dans le film, et à l’opposé de ce qu’on a pu voir dans les deux derniers Mission Impossible, où l’IMF et Tom Cruise se contraignent à rebasculer vers l’analogique pour échapper au contrôle de l’IA qui les menace. On peut au moins se réjouir que la position du film soit qu’il faille une forme de régulation pour éviter le n’importe quoi… Mais on peut aussi se lamenter d’un manque de radicalité sur le sujet qui serait bien nécessaire et surtout parfaitement bienvenue dans un genre (l’horreur donc, même si mêlée de comédie) qui puise sa source dans la contre-culture et le rentre-dedans.
L’autre erreur que fait justement le film, c’est de jouer sur les mots et de faire se correspondre les IA qui habitent sa diégèse, et les nôtres. Car dans notre monde, les IA génératives sont un abus de langage. Elles n’ont rien d’artificiel puisqu’elles nécessitent une quantité de main d’oeuvre colossale pour fonctionner, et leurs systèmes n’ont rien de réellement « intelligent ». Ce n’est pas le cas de Megan qui elle précisément, est une vraie IA de fiction, capable de dépasser son code et devenir un tas de circuits électroniques pensants. Ce flou artistique n’aide pas le discours du film et vient gâcher le plaisir un peu décérébré du reste… Ce qui entre en contradiction avec le paragraphe précédent où je qualifie l’horreur de genre propice à la réflexion politique, mais disons plutôt qu’un certain équilibre est nécessaire pour que cela fonctionne réellement.
M3GAN 2.0, un film de Gerard Johnstone, au cinéma le 25 avril 2025

