Down With The King : pas de bitume là-bas, que des pâtures

L’inspi est dans le pré ? Rappeur auréolé de succès pour ses premiers titres, Money Merc est confronté au syndrome de la page blanche. Exilé dans une maison de campagne, il cherche ses mots, son flow. Coupé de tout, son seul rapport au réel sont les incursions de son manager et ami et les notifications qu’il reçoit en vagues sur son téléphone. Sur les réseaux, ça s’affole : que devient Money Merc ? Peut-il basculer dans l’oubli ? Face à la pression, Merc se découvre une passion pour la vie de fermier…

Un frenchie en compétition au Festival du Cinéma américain de Deauville ? Oui. Avec Down With The King, Diego Ongaro signe son deuxième long métrage. Il avoue pourtant avoir été sur le point d’abandonner totalement le cinéma, enchaînant les petits boulots pour s’assurer un revenu. La persévérance paie, puisque le film a obtenu le Grand Prix du jury présidé par Charlotte Gainsbourg ! Spoiler alert : c’est mérité.

Ongaro aime brouiller les frontières entre la fiction et la réalité : pour jouer le rôle de Money Merc, il a fait appel à un véritable rappeur, Freddie Gibbs, quatre albums au compteur et un groupe – Pulled Over By The Cops. Ce n’est que la seconde fois que le musicien devient fois acteur et il fait pourtant preuve d’un naturel saisissant devant la caméra. Bob Tarasuk, le fermier à qui Merc rend visite afin de lui proposer son aide, est le véritable occupant des lieux ! Et pour le réalisateur et lui, ce sont des retrouvailles, puisque Bob était déjà le « héros » de Bob and the Trees, projeté à Sundance en 2015. Down With The King pourrait donc apparaître comme une suite spirituelle, reprenant l’esprit d’un cinéma vérité et tout autant fictif.

Lors de sa première apparition, Money Merc apparaît en manteau à fourrure, torse apparent, marchant avec un certain flegme. Diego Ongaro joue avec les clichés propres au rap américain, comme un certain culte de la personnalité, en témoigne la décoration que l’artiste trimballe dans sa maison secondaire. Une statue « actualisée » du dieu Mercure (figure du commerce dans la mythologie romaine, messager, dieu du voyage dans la mythologie grecque), avec un téléphone à clapet à l’oreille et une cassette audio dans l’autre main. Un personnage qu’il cultive également lorsqu’il se sait observé, à travers ses lives Instagram : pour continuer à satisfaire ses fans qui attendent de nouvelles chansons, il cherche un peu le scandale, clashe d’autres rappeurs…

Merc a bel et bien deux visages. Celui de Money Merc : le rappeur, la personne publique. Comme dirait Pierre Michon, l’artiste célébré est le « corps du roi » celui qu’on « intronise et sacre », alors que derrière se cache le « corps mortel ». L’humain comme vous et moi. Une fois les lumières éteintes, c’est la vraie personne qui se révèle. Et tout le film de Diego Ongaro est comme une bouffée d’air, une prise de conscience : quand Merc explore les vastes paysages qui l’entourent, s’assied sur un bord rocheux pour explorer les montagnes, Diego Ongaro le montre comme happé par la nature. Son rapport aux autres évolue lui aussi. Sa relation avec Bob comme celle qu’il entretient avec Michaele, employée d’un magasin de bricolage incarnée par Jamie Neumann, sont aussi attendrissantes l’une que l’autre. Lorsqu’il évoque les écarts de classe, les divergences culturelles, Down With The King est toujours juste, à la différence de bon nombre d’autres films réalisés par des français, dont les affiches bleues et jaunes n’ont de cesse de nous faire hausser le sourcil.

Down With The King, de Diego Ongaro. Avec Freddie Gibbs, Bob Tarasuk, Hernan Orozco, Jared Smith, Cole Tarasuk, Jamie Neumann, David Krumholtz, Sharon Washington… Date de sortie française inconnue. Présenté en compétition lors de la 47e édition du Festival du Cinéma américain de Deauville.

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