Emily The Criminal : Aubrey Plaza recherche appartement et pognon

Auréolé d’un Prix du Public, Emily The Criminal était le dernier film de la projection projeté dans le cadre du 48e Festival du cinéma américain de Deauville. Si le public bien plus jeune de la séance est peut-être ce qui a permis au film de John Patton Ford de recueillir plus de votes, force est de constater qu’il a redonné un bon coup de fouet à une sélection qui nous a parfois enlisés dans un ennui sans fin. La veille, Montana Story a servi de magnifique vidéo promotionnelle pour le tourisme local. Pour le reste, c’était la mort. Ou sinon, c’est sûrement Gaël qui, en grand fan d’Aubrey Plaza, s’est ramené sur Deauville pour trafiquer les votes. Et vu le sujet du film, je pense que ça lui aurait plu.

Non, en vrai, c’est parce que le film est vraiment sympa et a tous les ingrédients pour prétendre à ce genre de prix. Aubrey Plaza incarne ici Emily, une jeune femme criblée de dettes (les prêts étudiants aux États-Unis, ça pique) qui multiplie les petits boulots et les emmerdes. Quand on lui donne l’opportunité d’obtenir deux cents dollars en une heure, elle n’hésite pas une seule seconde. Petit à petit, Emily rejoint un groupe d’arnaqueurs à la carte de crédit et elle semble bien décidée à obtenir sa part du gâteau…

John Patton Ford ne perd pas de temps pour nous présenter son personnage principal et ses soucis. Les journées d’Emily sont une seule et même routine qui la désespère : passer sa journée au travail en tant que livreuse de repas sous-payée – et en statut de freelance, ce que son patron n’aura pas de mal à lui rappeler quand elle lui dit avoir des droits. Tiens donc, ça ne vous rappelle rien, dans la société française actuelle ? Dans la mise en scène, tout est fait pour souligner à quel point ce métier de livreur peut être considéré comme un métier « inférieur » : Emily et ses collègues font des livraisons dans des entreprises où les employés vous font payer le moindre retard. Regards sentencieux, impatience, ascenseur en panne… Toutes ces scènes sont particulièrement nerveuses.

Et comme si ça ne suffisait pas, s’ajoutent à cela la vie personnelle quasi-inexistante d’Emily (bonjour la coloc sans aucun relationnel façon Kristen Wiig dans Mes meilleures amies) et les coups de fil conflictuels qu’elle passe à son banquier. Aussi et surtout, le film n’hésite pas à étaler sous nos yeux le contraste saisissant entre la vie d’Emily et de sa seule amie Liz (Megalyn Echikunwoke), qui semble mener une vie parfaite, entre son boulot dans son agence de publicité et ses soirées à foison. Oui, Liz fait des soirées pour célébrer son retour d’un voyage de boulot au Portugal, chacun ses priorités. À plusieurs reprises, Emily n’hésitera pas à faire ce qu’on a tous rêvé de faire un jour : envoyer chier un patron, surtout quand il nous prend ouvertement pour un con (les offres de stage non payées, tout ça). Vous voyez, c’est vraiment un film pour Gaël.

Quand elle franchit les lignes de l’illégalité, Emily se rapproche de Youcef (l’impeccable Theo Rossi, l’un des rôles principaux de Sons of Anarchy), l’un des chefs du groupe d’arnaqueurs, et décide d’apprendre toutes les règles du métier pour apprendre à s’en sortir seule. En un sens, Emily The Criminal aurait presque des vertus documentaristes, puisqu’il présente toutes les étapes à respecter pour réussir une fraude à la carte bancaire. Mais comme c’est un thriller, il y a évidemment des moments où tout ne se passe pas comme sur des roulettes. En termes d’action, Emily The Criminal réserve des moments de tension efficaces et fait émerger un personnage qui en a assez de se faire lessiver par le système. Une jeune femme qui en a aussi marre de devoir justifier les quelques erreurs qui ont marqué son passé. Une jeune femme qui trime comme beaucoup d’autres.

Bref : la prochaine fois, mettez Aubrey Plaza et Laure Calamy dans une même pièce pour faire un crossover entre Emily The Criminal et À plein temps. Le résultat pourrait nous surprendre…

Emily The Criminal, un film de John Patton Ford. Avec Aubrey Plaza et Theo Rossi. Date de sortie française inconnue. Présenté en compétition lors du 48e Festival de Deauville.

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