Sharp Stick, retour de bâton

Affiche du film Sharp Stick de Lena Dunham

Point contexte : j’ai vu ce film dans le cadre du festival Fantasia. Qu’est-ce que Fantasia, me demanderez-vous ? Eh bien, c’est le cousin montréalais de l’Étrange Festival, en quelque sorte. Un festival de films de genre – fantastique, horreur, thriller et plus généralement des films impossibles à classer style Tokyo Tribe de Sion Sono ou Promare de Hiroyuki Imaishi (deux films que j’ai découverts grâce à ce festival donc), avec une excellente ambiance et plein de pépites introuvables ailleurs.

Ceci n’est pas une publicité pour Innocent

Lena Dunham est de retour dans le game des long-métrages, 12 ans après Tiny Furniture. Entre-temps, il y a bien sûr eu l’immense succès de Girls, feu sa série sur HBO, un petit rôle dans le Once Upon a Time in Hollywood de Tarantino et un autre long, tourné dans la foulée de Sharp Stick, intitulé Catherine, Called Birdy qui sera présenté pour la première fois au festival de Toronto (festivals canadiens FTW donc.)

Sharp Stick – « bâton pointu, » en VF, je n’ai pas de VFQ à vous offrir puisqu’il n’y a aucune info de sortie pour l’instant – est centré sur Sarah Jo (Kristine Froseth, faux air d’Anya Taylor-Joy, tout autant magnifique), jeune femme de 26 ans du type ingénue, très (très) naïve, potentiellement sur le spectre de l’autisme. Elle vit avec sa mère (Jennifer Jason Leigh, parfaite évidemment) et sa soeur Treina (l’excellente Taylour Paige, regardez Zola) et travaille comme baby-sitter pour un jeune garçon avec syndrome de Down, nommé Zach.

Un jour, semblant influencée par l’ambiance ouvertement sexualisée de sa famille (on y reviendra), elle décide de perdre sa virginité avec le père de Zach, Josh (incroyable Jon Bernthal, comme toujours, et sexy comme jamais), pourtant toujours bien marié à Heather (Dunham elle-même) qui attend d’ailleurs leur deuxième enfant. S’ensuit une sorte de coming-of-age (NDLR: œuvres où les jeunes personnages principaux font l’expérience de la vie, en gros) à dominante sexuelle, où cet adultère ne sera finalement qu’une porte ouverte sur le reste de sa vie et qu’une moitié de film.

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Sarah-Jo est un personnage assez fascinant par son mélange femme-enfant (la naïveté dont je parlais plus haut) qu’elle ne force pas vraiment pour séduire – je n’utiliserai pas le terme Lolita – et sa fermeté dans les décisions qu’elle prend : c’est bien elle qui décide quand et avec qui elle perd sa virginité, elle qui fait le premier pas, etc.

Comme souvent, Lena Dunham montre un vrai talent dans l’écriture des personnages féminins (blancs), et comme souvent on trouve aussi dans son travail des éléments au mieux discutables, au pire problématiques – je ne vous fais pas un rappel de l’historique, tout est dans sa fiche Wiki en anglais. Exemple pour Sharp Stick : la mère et la sœur de Sarah-Jo, évoquées plus haut, parlent ouvertement de sexe en famille, mais la seule femme à être très sexualisée (costumes, angles de caméra, bref lisez Iris Brey) est Taylour Paige, qui se trouve être noire. En toute bonne foi, je vais préciser que premièrement, son personnage essaye de percer en tant qu’influenceuse, et deuxièmement, l’actrice est également productrice exécutive, donc on peut espérer qu’elle a eu son mot à dire sur la représentation de son personnage à l’écran, mais le décalage saute aux yeux.

Il y a d’autres choses assez moyennes, comme ramener plusieurs fois les rapports sexuels à la conception d’un enfant – dans de très jolis moments en animation par ailleurs – expliqués en partie par le fait que Sarah-Jo (et Dunham également, qui souffre d’endométriose) ait subi une hystérectomie et semble complexée par la cicatrice qui en résulte. Le côté « not all men » du film aussi, avec le gars sympa qui va arriver dans la vie de Sarah-Jo et lui redonner confiance en la gent masculine, ainsi que le fait qu’une jeune femme de 26 ans, en 2022, habitant à Los Angeles avec une famille parlant ouvertement de sexe, n’y connaisse rien de rien. Même si Dunham et l’équipe de production se défendent d’avoir créé le personnage de Sarah-Jo comme étant neurodivergente (voir le lien plus haut sur l’autisme), disons que la suspension consentie de l’incrédulité est parfois utilisée à plein régime.

Ceci étant dit, c’est loin d’être inintéressant, et Lena Dunham, avec tous ses défauts, sait également être perspicace et très drôle. Personnellement je ne suis pas sûre de me remettre du personnage de star masculine du porno (génial Scott Speedman) qui bâtit sa carrière et sa richesse sur une image de « soft boy » : typiquement un anti-macho, se présentant comme à l’écoute des émotions, potentiel allié féministe et qui peut être autant toxique que le macho cité ci-dessus.

Sharp Stick, de et avec Lena Dunham, Kristine Froseth, Jon Bernthal... 1h26. Sortie en salles ou ailleurs : pas déterminée

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