The Young Ones : place aux jeunes !

Parfois, la vie c’est comme ça. C’est l’été et il fait super moche. Tu es crevé parce que tes voisins ont décidé de tester si les chansons de The Weeknd sont toujours chouettes quand elles sont chantées fausses à une heure du mat’ (elles ne le sont pas). Tu entends la pluie taper contre les vitres de ton appartement, te décourageant même d’aller racheter de quoi faire des crêpes pour te remonter le moral. Mais voilà, tu es coincé ici et il n’y a rien à faire. Tu te retrouves à zoner sur le canapé, et quand vraiment tu te dis que tu as eu ta dose d’épreuves incongrues aux jeux olympiques de Tokyo (depuis que le skateboard est terminé, c’est moins rigolo) tu te mets à feuilleter tout ce qui traîne sur les plate-formes. Les Van Damme sur Netflix ? Rattraper une série sur Prime Video ? La flemme…

Et en parcourant les programmes disponibles sur le bouquet Canal +, on tombe sur une comédie musicale britannique des années 60 ; forcément quand on a du goût ça attire l’attention. Les Jeunes, de son titre français est un film (très) méconnu d’un cinéaste canadien plus forcément très connu aujourd’hui : replaçons donc tout ça pour vous embarquer dans l’aventure d’un après-midi pluvieux devant la télé, et du film qui ramène le soleil dans nos vies.

Sidney J. Furie, en plus d’avoir un nom qui transpire la putain de classe, a fait ses armes à Toronto à la télévision dans les années 50. Après un long-métrage remarqué en 1957, qui a déjà montré la capacité du réalisateur à capter la fureur (héhé) de la jeunesse, il a fini par s’exiler en Angleterre après un deuxième long tombé dans l’oubli (mais retrouvé et restauré en 2016, et ça a l’air super cool). C’est dans un pays en pleine ébullition culturelle, pré-Beatlemania que Furie parvient à se trouver une place de choix dans le paysage cinématographique local, toujours avec des films mettant en scène la jeunesse.

Plus tard, le canadien explorera d’autres genres (à peu près tous, d’ailleurs) et s’attirera même les faveurs de Scorsese avec un film d’horreur remarqué en 1981, The Entity, avant de vivre un cauchemar auprès de la Cannon quand il essaiera de faire Superman IV (un des pires films jamais produit) mais c’est sa période juvénile qui nous intéresse ici : The Young Ones est une comédie musicale pétillante et décomplexée dans l’héritage direct des films de Gene Kelly, et précurseur de l’esthétique populaire de notre Jacques Demy national.

Le scénario n’a pas grand chose d’original : une bande de jeunes de West End à Londres essaient de sauver un bâtiment qui leur sert de club pour faire de la musique et la fiesta toute la nuitée d’un capitaliste véreux qui souhaite transformer le quartier et dégager ces délinquants. La partie amusante repose sur le fait que le meneur des jeunes fêtards (la pop-star Cliff Richard) est en réalité le fils du méchant patron qui souhaite raser le bâtiment, et qu’il va devoir donc s’opposer à son paternel. Ensemble, la jeune génération (qui sont aujourd’hui nos boomers… sa fé réfléchir) va devoir monter un spectacle pour récolter de l’argent et éviter l’expulsion. Cliff Richard devient « le chanteur mystérieux » alors que des happenings se multiplient en ville pour toucher un plus large public que leur simple cercle et lever des fonds… Mais le père ne sait pas encore l’identité du chanteur. Un côté Batman chanteur quoi, la partie orphelin en moins.

Les éléments de comédie musicale interviennent dès l’introduction, et pose la forme comme intrinsèquement le langage de la jeunesse et du peuple : dans les nombreux spectacles aux formes variées et riches qui s’installent au fur et à mesure de l’histoire, on voit comment l’emprunt à ce style fondamentalement américain permet de créer à la fois une émancipation vis à vis de la culture britannique vieillissante, mais témoigne aussi des débuts de l’impérialisme culturel de l’Oncle Sam. Là où le « musical » a débuté comme une forme esthétique essentielle du nouveau continent, elle commence déjà à déborder et dégouliner sur le vieux – quelques années avant que les Beatles leur rendent la pareille à leur manière.

Sans être révolutionnaire, The Young Ones parvient à séduire. On apprécie sa manière de mettre en scène des jeunes adultes qui tentent d’imiter la persona des adultes british en costume et à chapeau « old school » pour se faire respecter et se fondre dans la masse, ainsi que des péripéties rocambolesques plutôt enlevées (les jeunes finissent par kidnapper le méchant capitaliste). On apprécie également les nombreuses chansons et numéros musicaux, écrits et chorégraphiés respectivement par le scénariste Ronald Cass et le célèbre Herbert Ross. C’est enfin le charisme de la belle gueule Cliff Richard, qui a joué dans pas mal de films à l’époque en plus d’enflammer les foules sur scène, qui nous permet de passer un bon moment devant une œuvre qu’à peu près tout le monde semble avoir oubliée. Pourtant cette année-là, le film avait fini deuxième au box office britannique. Et maintenant, il égaye un après-midi morose du mois de juillet…

The Young Ones, un film de Sidney J. Furie, écrit par Peter Myers et Ronald Cass, avec Cliff Richard et Carole Gray.

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