La Nuée : La petite sauterelle des horreurs

C’était l’une des grosses attentes cinéma de genre francophone de la fin d’année 2020 avec le très bon Comment je suis devenu super-héros de Douglas Attal. Hélas, le Covid sisi tu connais (un peu l’équivalent des ligaments croisés de notre époque, à force), et voilà que la sortie en est repoussée à… On ne sait pas quand. Le gouvernement n’en ayant bien évidemment rien à carrer de la culture, et cette dernière étant bien trop prétentieuse et désorganisée pour y faire quelque chose, a pu de cinéma dans le pays des (frères) Lumière.

Pour se rattraper un peu, nous avons quand même la chance de pouvoir découvrir La Nuée, premier long métrage de Just Philippot d’après un scénario de Jérôme Genevray et Franck Victor, au festival en ligne Gérardmer. Que vaut alors cette énième tentative de cinéma fantastique dans notre territoire légendairement (double sens volontaire) frileux au genre ?

Le film raconte les déboires de Virginie, fermière au bord de la faillite qui élève seule son jeune fils et sa fille adolescente. Son exploitation de farine surprotéinée à base de sauterelles ne fait pas fureur et jouit d’une sale réputation du simple fait que culturellement, on trouve ça plutôt dégueu les sauterelles. Mais un jour, suite à une crise, une grosse remise en question et un accident, Virginie découvre que ses sauterelles gagnent en taille, qualité et reproductivité lorsqu’elles se nourrissent de sang…

On pense forcément à La Petite Boutique des Horreurs de Roger Corman (ou de Ashman/Menken selon vos passions) avec un pitch pareil, et il est vrai que les similitudes vont jusqu’au questionnement moral du protagoniste. Et on passe le film à se demander qui va finir par se faire bouffer par les insectes sanguinaires, d’où la présence dépasse l’image puisqu’elle se font entendre en permanence dans la bande-sonore. Mais la différence fondamentale, et l’intérêt même de La Nuée, c’est d’avoir une mère au cœur de son récit. Dans ses conflits répétés avec ses enfants, et surtout avec sa fille aînée, naissent les germes d’une transformation de la mère en nourricière qui remplace sa famille par ses sauterelles. Une nouvelle progéniture qui se nourrit directement – mais pas que – de son propre sang.

« Je compte sur vous pour aller pourrir la vie de Tilt, ok ? »

On ne peut donc que voir La Nuée comme l’égarement d’une mère qui devra faire son chemin de croix pour reconquérir sa fille. Formellement, Just Philippot sait filmer ce qu’il y a de terrifiant chez la sauterelle : sa morphologie en gros plan, entourée de peaux mortes et de tâches de sang, a de quoi glacer celui du spectateur efficacement. On regrette profondément de n’avoir pu voir ces plans rapprochés au cinéma, la taille de l’écran aidant évidemment à transmettre l’effet loupe de l’horreur. Mais un jour, peut-être, les cinémas rouvriront et ce sera nous, la nuée qui se rue sur sa cible.

La Nuée, un film de Just Philippot, écrit par Jérôme Genevray et Frank Victor, distribué par Jokers Films et diffusé au Gérardmer Festival en janvier 2021.

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