La Première Marche : repenser la Pride

Sortie surprise de la part d’Outplay Films, La Première Marche retrace la genèse d’une manifestation inédite. À Saint-Denis, le 9 juin 2019, plus de 1500 personnes ont défilé dans les rues de la ville afin de célébrer et montrer à tous leur fierté. Celle d’être gay, bi, trans, lesbienne, pansexuel.le, asexuel.le, queer…

Une grande première en banlieue parisienne, la Marche des Fiertés étant habituellement réservée à la capitale. C’est sous l’initiative de quatre amis (Youssef, Yanis, Annabelle et Luca) réunis autour d’une même association, Saint-Denis Ville au cœur, qu’est né ce projet. Les réalisateurs Hakim Atoui et Baptiste Etchegaray en ont suivi toute l’évolution, de sa genèse pure et simple au jour J, dans un passionnant documentaire !

Heureusement qu’ils sont là.

Autant le dire tout de suite : les deux metteurs en scène ont fait ce film un peu à l’arrache et avec les moyens du bord. C’est parfois tourné au téléphone, à l’appareil photo peut-être parfois. Bref, c’est une caméra embarquée, qui suit partout ces quatre jeunes organisateurs décidés à faire la différence… et d’une certaine manière, marquer l’histoire. Le film donne à voir les multiples réunions concernant l’avancée du projet, les rencontres avec les élus, l’organisation logistique, ou encore la participation à des événements qui permettraient de gagner en notoriété (la manifestation était notamment inscrite à un concours organisé par l’association Le Refuge).

Mais ce n’est pas tout. On quitte souvent le projet pour prendre quelques respirations et suivre un peu plus chacun des quatre étudiants dans leur sphère privée, permettant ainsi de mieux cerner leur identité et ce que représente un tel projet pour eux. Les scènes au côté de Youssef sont les plus drôles, les plus touchantes aussi ; on y découvre une jeune personne qui se moque des identités de genre, de la binarité homme-femme, et qui se plaît à porter des robes achetées en friperie pour trois fois rien (portez donc tous ce que vous voulez bon sang !). Une personne qui accepte aussi tout autant son héritage identitaire et culturel, étant d’origine marocaine. Donc : un.e gay, queer, rebeu et banlieusard.e, qui assume pleinement toutes ces cases et n’a aucune envie de privilégier l’une aux dépens d’une autre.

Telle est la question qui préoccupe majoritairement ces quatre étudiants à travers cette Marche des Fiertés organisée en banlieue : l’intersectionnalité. Une notion qui revient de plus en plus dans le monde militant, définie par l’universitaire afroféministe américaine Kimberlé Crenshaw à la fin des années 89, et qui désigne le fait que certaines personnes puissent subir, en même temps, différentes formes de domination ou de discrimination. Pour Youssef, Yanis, Annabelle et Luca, il est important de montrer que l’on peut faire coexister les préoccupations de la communauté LGBTQ+ avec le fait de vivre en banlieue. Que cette marche peut aussi avoir une visée politique, contrairement à la grande parade parisienne souvent accusée de complaisance auprès de certains partenaires adeptes du pinkwashing. Une question qui peine encore à être comprise par certains, ce que relève très justement le film en présentant plusieurs des interviews données par les étudiants pour promouvoir l’événement, où l’on présente – une fois encore – la banlieue de manière négative et comme un endroit où l’homophobie ou toute autre forme de discrimination serait forcément plus profonde qu’ailleurs. L’autre visée : combattre l’homonationalisme, ou la récupération des causes LGBT+ pour servir des agendas politiques (d’où le pinkwashing, là encore !).

Si l’on aurait peut-être aimé découvrir chaque participant de manière un peu plus égale, La Première Marche séduit à chaque instant par son esprit totalement galvanisant, en nous présentant une jeune génération prête à se battre pour ses idéaux et davantage de tolérance, en mettant sur un pied d’égalité bien des combats. Vivement la deuxième marche !

La Première Marche, de Hakim Atoui & Baptiste Etchegaray. Avec Youssef, Yanis, Annabelle et Luca. Sortie française le 14 octobre 2020.

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