Annecy 2020 – Lupin III the First : Edgar la Cambriole est de retour

Si jamais vous n’êtes pas familier du personnage Lupin troisième du nom, accrochez-vous à vos chapeaux et vos perruques, c’est une sacrée histoire. Tout commence en France en 1906, lorsque Maurice Leblanc invente un gentleman cambrioleur nommé Arsène Lupin…

Petit rappel historique

Par essence, il a tout du héros moderne. Intelligent, cultivé, dynamique, anti-système aussi (il vole, mais a un excellent sens moral), Arsène Lupin devient vite un personnage très populaire. Tant et si bien que soixante ans plus tard, un mangaka japonais nommé Monkey Punch (ce n’est malheureusement pas son nom de naissance) décide de s’en inspirer et lui inventer un petit fils : Lupin III, troisième du nom tout simplement.

La suite ? Explosion de popularité totale. Lupin est tout en haut de la pop culture japonaise en compagnie de Detective Conan, Astro Boy et les Gundam. Il existe un nombre d’adaptations animées à la télévision et au cinéma complètement renversant, dont la plus connue chez nous est certainement Le Château de Cagliostro, signé par un jeune Hayao Miyazaki. Qui par ailleurs avait déjà œuvré avec l’autre géant Isao Takahata sur la série animée de 1977.

Et même en France, le petit-fils d’Arsène Lupin devient sacrément populaire… A ceci près qu’il ne s’appelle pas Lupin. Car les descendants de Maurice Leblanc ne sont pas super fans du fait qu’un auteur japonais se soit emparé de leur oeuvre familiale sans leur accord… Résultat, ils obtiennent une interdiction d’utiliser le nom Lupin. En France le personnage est rebaptisé Edgar la cambriole. Sauf dans le doublage de 1983 de Cagliostro, où nous apprenons sur Wikipedia qu’on l’a rebaptisé… Vidocq. Nous vivons dans un monde incroyable.

Laetitia et sa superbe veste jaune, véritable héroïne de cette aventure

Lupin III the First : le passage en trois dimensions

Nous sommes aujourd’hui en 2020, et Lupin peut désormais porter son véritable nom en France puisque le personnage de Leblanc est tombé dans le domaine public en 2012. Et puis, surtout, le célèbre auteur Monkey Punch nous a quitté en 2017. Voici donc arriver un nouveau film dans le but de célébrer leurs œuvres, mais également d’attirer un nouveau public – plus jeune ? – vers le personnage.

Lupin III The First, présenté en compétition à Annecy cette année et distribué par, vous l’avez deviné, Eurozoom-sur-les-bons-coups, est une nouvelle aventure originale qui se passe en France… En animation 3D.

Tout commence durant la Seconde Guerre mondiale, lorsque les nazis sont à la recherche d’une amulette et d’un journal en possession du professeur Bresson. Des décennies plus tard, tout un tas de personnes et de groupuscules s’affrontent pour récupérer le journal et l’amulette : entrent alors en scène la jeune archéologue Laetitia, les nazis (qui décidément ne veulent jamais disparaître pour de bon, on en sait quelque chose encore aujourd’hui), et bien sûr Lupin et sa bande !

Cette lutte un peu folle entre les différents partis est riche en retournements, double jeu et trahisons ; en cela, ce nouveau long-métrage a quelque chose d’un savant mélange entre Mission Impossible et les Aventuriers de l’arche perdue. Les nazis, et oui. Toujours les nazis. Mais avec un ton très léger, voire irrévérencieux. La manière dont le réalisateur et scénariste Takashi Yamazaki s’empare par exemple de la figure de Hitler semble tout à fait inenvisageable pour l’occident… Et pourtant, c’est très malin.

Ce sont justement les scènes d’actions qui ressortent plus de ce nouveau long-métrage ; si certains avaient exprimé des doutes face au choix de la 3D, force est de constater que le résultat est giga cool. Chaque grosse séquence de confrontation est réfléchie pour utiliser au mieux le décor et les talents de personnage pour assurer un dynamisme plus que plaisant. Le tout souligné par un thème musical ultra suave signé Yuji Ohno, sans doute le compositeur le plus connu de l’univers Lupin III.

Nouveauté et héritage

La difficulté première d’une oeuvre qui hérite d’un passé aussi dense et se veut également porte d’entrée est d’atteindre un équilibre entre nouveauté et fan service. Oui, les adorateurs de la première heure qui ont grandi avec les dessins animés seront ravis de voir Jigen et Goemon sauver les miches de Lupin quand il est poursuivi par l’inspecteur Zenigata, mais les nouveaux arrivants vont surtout s’intéresser à Laetitia, sur qui l’histoire repose. C’est elle qui bénéficie du véritable arc émotionnel du film, à la manière d’un personnage guest-star dans un épisode de la série télé.

Pour autant, le choix de situer l’action en France est assurément motivé par l’héritage de Lupin III. Lorsque le cambrioleur extraordinaire se lance dans l’aventure à la quête du journal convoité par les nazis, il le fait parce que son grand-père avait voulu s’en emparer aussi. Il fallait bien reconnaître cette parenté pour mettre en lumière les liens évidents, historiques et indissociables entre le Japon et la France en terme d’animation.

Si Monkey Punch a été inspiré par Arsène Lupin, il fut loin d’être le seul artiste nippon ; Miyazaki et Takahata ont été inspiré par Paul Grimault et Jacques Prévert à la même époque… Et ces liens franco-nippons sont indéniables face à ce dernier volet de Lupin III. Même si cela s’exprime par un katana qui tranche un panneau de signalisation indiquant l’aéroport de Rungis.

Non, je reformule. surtout si cela s’exprime par un katana qui tranche un panneau de signalisation indiquant l’aéroport de Rungis.

Lupin III The First, écrit et réalisé par Takashi Yamazaki. En salles prochainement

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