Holler : une volonté de fer

On se demandait bien quel serait le premier film de cette édition du Festival du cinéma américain de Deauville à mentionner ouvertement le président Donald Trump : c’est chose faite avec Holler, premier long métrage de Nicole Riegel (adapté de son court métrage éponyme). Les mots de l’ex homme d’affaires rythment déjà les premières minutes du film, ses promesses (« JOBS, JOBS, JOBS ») aussi, alors qu’on voit en total contraste la déchéance des habitants d’une petite ville de l’Ohio, dont les usines, principales sources d’activité et d’emploi, sont les cibles d’une nouvelle délocalisation.

Le poids des mots de Trump contraste aussi avec les premières actions de notre « héroïne », Ruth (incarnée par Jessica Barden aka Alyssa de The End of the F***ing World sur Netflix), qui est introduite alors qu’elle vole les poubelles du voisinage, la caméra la suivant de très près, aussi rapide et brinquebalante qu’elle. Cette adolescente vit seule avec son frère Blaze (Gus Halper) dans une maison qu’ils n’ont pas les moyens d’entretenir et qu’ils peuvent perdre à chaque instant. Leur mère, elle, est en prison car elle refuse d’intégrer une cure de désintox. Bonne ambiance, donc.

Pour s’en sortir, Ruth et Blaze n’ont d’autre choix que de flirter avec l’illégalité pour récolter un peu d’argent. Les vols de poubelles, c’était une première chose : ils espéraient y trouver des canettes vides pour les faire racheter par des ferrailleurs. C’est lorsque l’un d’entre eux, Hark (Austin Amelio), leur propose de l’accompagner pour voler des métaux précieux et augmenter leurs gains que tout bascule.

Le bonnet et le gilet assortis au pick-up sinon rien.

Si ce qu’évoque Nicole Riegel – la déchéance des classes populaires américaines – est loin d’être quelque chose d’inédit, la réalisatrice parvient malgré tout à trouver un angle bienvenu et à captiver son spectateur grâce à sa mise en scène particulièrement anxiogène. Elle immortalise sur sa pellicule (oui, le film n’a pas été tourné en numérique !) une petite ville qui semble elle-même figée dans le temps depuis des années, aux allures très austères. À cela s’ajoute la froideur de l’hiver, qui confère à la photographie des teintes bleutées et grises où ne tranchera que la couleur rouge du pick-up de Ruth et de ses tenues. Il semble même que la pellicule qu’a utilisé la réalisatrice était un minimum usée, à en juger par le nombre de taches et d’éclat lumineux que l’on a pu voir à l’écran malgré la conversion de l’image au format numérique. Une apparence fauchée qui correspond totalement à la situation des personnages.

Le talent du casting nous fait oublier une trajectoire scénaristique plutôt classique – Jessica Barden en tête, dans le rôle d’une jeune fille en quête d’émancipation, autant auprès de son frère, de sa mère ou de son patron. S’il est question de travailler pour payer les factures, Ruth est toute autant concernée puisque cet argent doit aussi servir à financer ses études à l’université : elle représente alors l’avenir, la seule personne qui pourrait enfin sortir de nulle part et prétendre à une carrière ailleurs. Il est aussi particulièrement plaisant de voir Austin Amelio dans un autre rôle que celui de Dwight dans The Walking Dead (et dans depuis peu Fear The Walking Dead, où son rôle devient – enfin – plus intéressant), puisque son personnage impose un cadre de vie dangereux et au dessus des lois.

Nicole Riegel parvient à nous faire ressentir la détresse et le danger qui guette à tous les instants, les scènes nocturnes de vol dans les usines adoptant d’emblée un ton bien plus inquiétant, à la lisière du thriller. « Holler », en anglais, c’est le fait de crier, plus familièrement, de beugler : le cri dans le vide d’une population sacrifiée, à qui on laisse miroiter les plus grands rêves. Malgré ses atours un peu trop classiques, le film de Nicole Riegel reflète avec brio le quotidien d’une partie de l’Amérique d’aujourd’hui et nous montre – elle aussi – que le cinéma social peut – toujours – nous surprendre.

Holler, de Nicole Riegel. Avec Jessica Barden, Gus Halper, Austin Amelio. Date de sortie française inconnue. Présenté en compétition au 46e Festival de Deauville.

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