Sound of Metal : Riz Ahmed ne vous entend plus

Quand on voit Riz Ahmed torse poil en train de jouer de la batterie sur le premier (et seul disponible) visuel de Sound of Metal, on se dit : wow il est beau oh ça a l’air de ressembler un peu à Whiplash ce truc non ? En fait non, carrément pas. C’est tout autant dramatique mais là, il est question de Ruben, un musicien sur le point de perdre le peu d’audition qui lui reste. Pour essayer de sauver le duo qu’il forme avec sa petite amie et chanteuse Louise (Olivia Cooke), mais surtout se sauver lui-même, un dilemme se pose : apprendre à vivre avec son handicap ou bien tenter de tenter les ressources nécessaires pour se faire poser un implant.

À la barre : Darius Marder, dont il s’agit du premier long métrage de fiction. Le monsieur a aussi été scénariste de Derek Cianfrance pour The Place Beyond The Pines, et c’est avec une certaine logique qu’on retrouve ce dernier aujourd’hui derrière l’histoire et à la production de Sound of Metal. Au casting, Riz Ahmed et Olivia Cooke, on l’a dit, mais aussi Mathieu Amalric en mode incruste. Grosso-modo, ça a de la gueule, vu comme ça. Mais quand Sound of Metal s’attaque à son sujet, la surdité, il faut avouer que le traitement est parfois un peu en dents de scie. Et sur un film de deux heures et dix minutes, on peut tout de même sentir quelques grosses longueurs.

On pourrait aussi avoir la crainte que le personnage de Ruben soit un rip-off de Bradley Cooper dans la dernière mouture de A Star is Born, tant les deux partagent les points communs : s’ils n’ont pas du tout la même carrière, les deux sont des musiciens dont l’avenir est mis en péril par une perte d’audition et des acouphènes de plus en plus importants. Un handicap à l’emprise psychologique dévastatrice puisqu’elle ravive chez les deux personnages leurs démons du passé : les addictions à la drogue, à l’alcool. Si le personnage de Bradley Cooper cède très vite à ses démons et plonge dans le précipice, celui de Riz Ahmed en est encore au stade du choix. D’où la volonté du réalisateur de nous plonger au cœur d’une communauté de personnes non-entendantes au milieu des États-Unis, où Ruben doit « apprendre à devenir sourd » : comment se faire comprendre via le langage des signes, apprendre à lire sur les lèvres, échanger avec des personnes qui connaissent les mêmes difficultés… Quand la caméra de Darius Marder s’attarde sur ces questions, on se trouverait presque dans un documentaire, au fur et à mesure que l’on suit Ruben dans les groupes d’échanges, ou au sein d’une école pour enfants sourds.

Sound of Metal parvient à tirer son épingle du jeu en étant avant tout une expérience sensorielle qui met le spectateur à la place de son personnage principale. Dans une même séquence, comme un échange banal entre Ruben et un pharmacien, la mise en scène basculera entre le point de vue d’un entendant et celui de Ruben, où le son deviendra totalement déformé, étouffé, parfois totalement inaudible ou incompréhensible. Le spectateur est aussi perdu que le personnage de Riz Ahmed lorsque la première partie des séquences en langage des signes ne sont ni compréhensibles pour le personnage ni sous-titrées, ce qui change au fur et à mesure de l’apprentissage du héros. Il est aussi très appréciable de retrouver des comédiens sourds, dont Paul Raci, « leader » de la communauté de soutien dans laquelle se retrouve Ruben, ou Lauren Ridloff dans le rôle d’une institutrice pour enfants sourds et malentendants. Cette dernière incarne actuellement Connie depuis deux ans dans The Walking Dead, premier personnage sourd de la série ! Une petite révolution à la télévision américaine poursuivie par Grey’s Anatomy avec le rôle accordé à Shoshanna Stern.

Malgré toute la bonne volonté du casting, relativement performant et cette mise-en-scène quasi-documentariste, Sound of Metal s’embourbe dans sa structure parfois répétitive ou un peu bipolaire, quand on voit Ruben tantôt accepter sa condition, changer en à peine une dizaine de minutes pour sombrer à nouveau quelques instants plus tard… mais aussi et surtout lorsqu’il semble assez invraisemblable que personne n’ait daigné expliquer à son personnage que la pose d’un implant détruit le peu d’audition qu’il reste pour ne donner qu’un son artificiel au cerveau. Si là aussi, le travail sonore est exceptionnel, la faille scénaristique ne pardonne pas… et on se dit que la cinquième saison de Skam France, qui traitait justement de la perte d’audition de l’un de ses héros, traitait bien mieux la question de l’acceptation de ce handicap qu’un « gros » film américain. Oups.

Sound of Metal, de Darius Marder. Avec Riz Ahmed, Olivia Cooke, Paul Raci et Mathieu Amalric. Date de sortie française inconnue (disponibilité prévue sur Amazon Prime Video). Présenté en compétition de la 46e édition du Festival de Deauville.

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