A Dark, Dark Man : cinéma Kaz »acab »

Très apprécié en France, surtout depuis que son long métrage La tendre indifférence du monde est passé par Cannes, Adilkhan Yerzhanov fait aussi partie des nouvelles coqueluches de l’Etrange Festival. Deux ans après un cycle spécial lui étant consacré, le voilà de retour face à ce public de métalleux-gothiques masqués. Au programme, un polar aux allures de western qui exploite à fond son paysage désolé des steppes kazakhs.

Bekzat, jeune policier corrompu comme absolument tous ses collègues, est chargé d’étouffer une sordide affaire : un meurtre d’enfant. On piège le simplet du coin que tout le monde pense homosexuel – l’amalgame est vite fait entre homo et pédophile évidemment – et hop, c’est réglé. Seulement voilà, une journaliste venue s’intéresser à l’affaire vient compliquer les sales magouilles de la police, qui préférerait garder bonne image au pays. Bezkat va-t-il réussir à faire ce qu’on lui demande et exécuter la fausse victime alors que chacun de ses gestes sont épiés ? Et surtout, va-t-il s’acheter une conscience en chemin ?

A Dark, Dark Man est un pur plaisir de cinéma international. Dans le sens où le film respire les influences venues du monde entier, qu’elles soient kitanesques ou refniennes pour le ton et le rythme, ou encore leoniennes pour le cadre, tout en parvenant à rester unique. La caméra de Yerzhanov et de son chef opérateur Aydar Sharipov aime s’attarder sur les grands espaces tristes et y dessiner les personnages comme écrasés par leur environnement. De simples zooms ici ou là, parfois un pan discret pour révéler ou cacher la violence, mais rien de plus ; cette austérité donne au film à la fois un souffle épique et une énergie comique déroutante. C’est que lorsque le monde est si cruel, lorsque la corruption et les assassinats sont aussi présents qu’on pourrait en manger à tous les petits déjeuners avec les céréales, le rire devient la seule réponse possible.

Dans le même temps, le mutisme généralisé des personnages force le spectateur à investir son regard dans le cadre et à construire les intentions des personnages sur leurs gestes, leurs corps. On regarde Bekzat et on comprend dans ses silences, la naissance d’une étincelle de rébellion. L’idée soudaine et inadaptée à son environnement, que l’on pourrait être juste. Il fallait bien un petit peu d’espoir et de bonté pour clore le film et ne pas donner l’impression d’un cynisme désabusé sans porte de sortie…

A Dark, Dark Man d’Adilkhan Yerzhanov, avec Daniar Alshinov, Dinara Baktybayeva, Teoman Khos… Diffusion à l’Etrange Festival et sortie française le 14 octobre 2020 via Arizona Distributions.

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