Les Nouveaux Mutants : vol au-dessus d’un nid de X-Men

Oui. Vous avez bien lu. Cet article porte sur Les Nouveaux Mutants, le dernier film relié aux X-Men produit par la 20th Century Fox, quand elle s’appelait encore ainsi et avant qu’elle ne soit rachetée par Mickey & Friends. Le film qui s’est tant fait attendre qu’il débarque trois ans après son tournage, de multiples reports, des reshoots prévus mais annulés suite à l’arrivée de Disney, des rumeurs de sortie au cinéma annulée, puis sur Hulu, mais finalement au cinéma quand même… Alors qu’on s’apprêtait ENFIN à découvrir le film au mois de mars, un autre petit truc est arrivé, trois fois rien, vous avez dû en entendre parler un peu.

Bref : Les Nouveaux Mutants vient de sortir ce mercredi 26 août en France, deux jours avant les États-Unis. Manque de bol, il sort en même temps que le sacro-saint Christ ressuscité du cinéma censé sauver l’industrie, l’autre petit film indé et à tout petit budget de Christopher Nolan, Tenet (sur lequel s’exprime notre bon vieux Captain Jim, qui après deux visionnages rentre chez lui en moonwalk).

Chance : les deux films n’ont, de toute façon, pas du tout la même envergure ni véritablement la même cible. Car il faut prendre Les Nouveaux Mutants pour ce qu’il est véritablement. Non pas un film de super-héros méga-blockbuster comme Avengers et compagnie… mais un Vol au-dessus d’un nid de coucou façon teen movie, avec une dose de pouvoirs pour saupoudrer le tout. À la barre : le réalisateur Josh Boone, aka monsieur Nos étoiles contraires (dans le milieu connu sous l’appellation « ma vie ce film est une dinguerie »). Dit comme ça, peut-être que ce n’est pas des plus rassurants, mais… Qui de mieux que le réalisateur de l’un des teen movies les plus rentables de ces dernières années que pour ce film ?

Autre chance (du moins pour nous), mais ça, c’est complètement autre chose : la France a vraisemblablement eu droit à quelques passes-droits en proposant une projection presse du film la veille de sa sortie… Du côté des américains, en revanche, aucune séance n’a été organisée, les journalistes ayant été invités à découvrir le film en salle dès sa sortie vendredi afin d’écrire à son sujet. Décision qui provoque – à raison – la déception de certains journalistes qui ont décidé de boycotter le film et de ne pas rédiger de critique.

Le COVID frappe aussi chez les mutants, qui n’aiment pas trop la distanciation.

Enfermés dans un établissement hospitalier, Rahne Sinclair (Maisie Williams), Illyana Rasputin (Anya Taylor-Joy), Sam Guthrie (Charlie Heaton) et Roberto da Costa (Henry Zaga) sont de jeunes mutants placés sous la tutelle du docteur Reyes (Alice Braga), chargée de les aider à contrôler leurs pouvoirs pour ne pas nuire à la société. L’arrivée d’une nouvelle venue, Danielle Moonstar (Blu Hunt), laisse place à d’étranges événements. Frappés par des flashbacks et hallucinations, les facultés et les liens qui unissent les cinq adolescents seront rudement mis à l’épreuve…

Vous lisez quelqu’un qui, malgré les reports et l’incertitude totale entourant le projet, a été particulièrement enthousiasmé par la promesse de ses premières images. Un huis clos dans un hôpital désaffecté et loin de tout, permettant une intrigue totalement resserrée sur ses jeunes personnages, pour qui l’apparition de leur mutation est assimilée à leur puberté. L’adolescence, période de tous les possibles, les interrogations, mais aussi de toutes les rébellions, semble donc être la métaphore parfaite pour questionner ce que peuvent être leurs pouvoirs. Tout adolescent lutte pour savoir ce qu’il est et définir sont identité ; ceux des Nouveaux Mutants doivent d’abord savoir quelles sont leurs facultés, les maîtriser pour savoir quoi en faire. Ce qui permet ainsi au film de mêler, comme il le laissait présager, tous les codes du teen movie au film de super héros.

Il a changé, Paddington…

Pour ces ados, il sera toujours question de se jauger l’un l’autre, chacun ayant son mécanisme de défense face à l’inconnu. Si le personnage de Maisie Williams s’avère être la plus réservée (et pourtant la plus ouverte), celui d’Anya Taylor-Joy est la plus rebelle autant face à ses semblables qu’à la seule figure d’autorité présente dans les lieux : le docteur Reyes. Oui, malgré le danger que pourraient représenter ces mutants en devenir, seule une adulte se trouve sur les lieux, se jugeant apte à les apaiser, aidée d’un système de sécurité en béton armé (champs de force inclus). Voir des ados en venir aux mains après avoir regardé ensemble un épisode de Buffy contre les vampires et fait quelques petites imitations des X-Men avec ce qu’ils trouvent sous la main, c’est plutôt rigolo. On prend plutôt plaisir à les voir se découvrir les uns les autres, mais aussi eux-mêmes : les rivalités et tentatives de résistance face à l’autorité et les relations naissantes – l’enfermement n’aidant pas à refréner le désir de certains ! – semblent tout à fait plausibles.

Lorsqu’ils se confrontent à eux-mêmes et leur propre pouvoir, les ados mutants font face à leurs plus grands traumatismes : c’est là qu’apparaît l’autre promesse du film, des scènes un peu plus orienté épouvante/horreur. C’était d’ailleurs ces scènes, mises en avant dans la première bande-annonce du film, qui avait notamment encouragé l’idée de reshoots, pour booster le côté horrifique du film en plus d’introduire d’autres personnages. Si ces nouvelles scènes n’ont jamais été tournées, cela a permis à Josh Boone de conserver le contrôle intégral sur son film, à défaut de le voir massacré par les producteurs comme cela a pu être le cas pour un certain Josh Trank et son reboot des 4 Fantastiques. Si certains plans manquent à la version cinéma, ces incursions horrifiques fonctionnent et permettent au film de mélanger les genres avec brio.

Alors bien sûr, le cheminement semble un peu balisé, et une fois le procédé dévoilé pour l’un des héros, on sait que tous les autres vont avoir le droit au même traitement, il y a aussi quelques petites longueurs, mais on ne comprend toujours pas pourquoi avoir accordé aussi peu de confiance envers Josh Boone depuis trois ans, tant son film cherche à apporter un peu de renouveau au gloubi-boulga des films Marvel. Comme il s’agissait d’un film Marvel produit par la Fox, on peut y retrouver quelques effusions de violence graphiques d’un assez bel effet. Et quand le film bascule dans l’action, il le fait plutôt bien, avec des effets spéciaux – pour une fois – visuellement convaincant.

Donc non, Les Nouveaux Mutants, ce n’est pas du Leader Price. Je me suis même surpris à avoir le sourire aux lèvres, tout bêtement, pendant un moment, et à ressentir une certaine satisfaction que je n’avais pas ressentie depuis longtemps devant un film de super héros. Reste maintenant à espérer que cette origin story (après tout, c’est ce qu’est le film, et au moins, il ne prend jamais son spectateur pour un débile et ne se prend pas pour plus que ce qu’il n’est vraiment) puisse trouver sa place dans le Marvel Cinematic Universe et que ces personnages pourront réapparaître à un moment ou à un autre. Bah quoi, on peut toujours rêver, non ?

Les Nouveaux Mutants, de Josh Boone avec Anya Taylor-Joy, Charlie Heaton, Maisie Williams, Henry Zaga, Blu Hunt et Alice Braga. Sortie française le 26 août 2020 (en même temps que Tenet oui, parce qu’il faut bien aussi des super-héros pour sauver le cinéma).

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