Park : Jeunesse à même le corps

Que fait-on des sites olympiques quand les jeux sont terminés ? Ces complexes énormes et immenses – qui coûtent plus d’argent qu’il n’en faudrait pour caster Robert Downey Jr cinq minutes dans un film – représentent une transformation radicale de l’espace, alors qu’ils ne serviront qu’une seule fois. C’est un peu comme se raser le crâne pour un photoshoot, et ne plus jamais avoir de cheveux ensuite.

La comparaison reste légère, car un photoshoot ne cause que rarement des déplacements de populations fragiles et marginalisées pour construire des jolis équipements, des scandales politiques et des révoltes… Mais tout de même.

Certains anciens sites olympiques sont aujourd’hui très bien conservés et sources de tourisme continuel, comme celui de Londres par exemple. Mais celui d’Athènes, où se déroule le premier long métrage de la réalisatrice Sofia Exarchou, est totalement abandonné. Les JO de 2004 étaient vues à l’époque comme un nouvel espoir, une ouverture vers un avenir plus radieux. La crise économique et politique qui a ravagé le pays a mis fin brutalement et cruellement à tous ces rêves.

C’est dans ce cadre fait d’espoirs brisés et de désolation que la réalisatrice décide de filmer l’adolescence comme un moment sauvage. Park raconte la vie des jeunes âmes perdues qui errent durant l’été. Ils n’ont rien à faire et tente de survivre dans ce cadre ô combien absolument pas du tout idyllique. Dans les scènes de groupe, où les hurlements et la violence et le sexe ne sont que des manières d’exprimer la perte d’un avenir qu’ils n’auront jamais, on a l’impression d’assister à une sorte de documentaire animalier. Notamment parce que les personnages parlent très peu.

Sofia Exarchou filme les enfants et ados (dénichés en grande partie lors de castings sauvages) en laissant sa place à l’improvisation et au chaos, notamment dans les séquences assourdissantes dans les vestiaires de gymnase à l’abandon ; mais malgré cela, elle s’attarde tout de même sur deux personnages principaux. Dimitris et Anna symbolisent tout à fait cette animalité, ce rapport si particulier et bouleversant au corps, et à la violence.

C’est cette violence qui reste le plus avec nous en sortant du film ; celle de Dimitris, qui semble incapable de ne pas l’être, et surtout celle d’Anna, qui s’exprime par sa sexualité et le regard des autres. L’actrice partage d’ailleurs beaucoup de sa vie avec son personnage, puisqu’elle était gymnaste avant d’avoir du s’arrêter à 16 ans.

Vous l’aurez compris, Park n’est vraiment pas la sortie idéale pour un petit date boost au moral de période de pandémie. En revanche, il s’agit d’un beau premier film qui offre une véritable proposition de cinéma, et qui lance la carrière d’une réalisatrice déjà intéressante… Cela vaut bien le coup d’aller au cinéma pour voir ça, et se faire du mal pour se faire du bien.

Park, écrit et réalisé par Sofia Exarchou, en salles le 08 juillet 2020.

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