Annecy 2020 : Le meilleur des courts-métrages

Nous l’avons dit, répété, écrit, crié sous les toits (désolé pour le dérangement chers voisins) : il n’y a pas mieux que le court-métrage pour permettre à l’animation de s’exprimer dans sa forme la plus puissante.

Cette année encore, la sélection officielle du festival d’Annecy envoie le pâté bien sévère direct dans nos gosier, et Cinématraque est là pour vous conseiller la crème de la crème de cette édition 2020 !

Homeless Home, de Alberto Vasquez (Espagne, France)

Voilà un habitué du festival. Après son long métrage Psiconautas, que l’on peut aisément considérer comme un des meilleurs films d’animation de tous les temps, Alberto Vasquez est passé par le jury d’Annecy et revient cette fois avec un court métrage toujours aussi fantasmagorique et déprimant. Dans Homeless Home, il mélange misère sociale (avec une introduction aux faux airs de documentaire animé) avec univers de fantaisie très noir.

Visuellement déjà, jusque dans le crayonné grossier des personnages, on est dans un monochrome bien déprimant. Dans le fond, Vasquez s’empare des codes de la fantaisie et de ses archétypes (orques, démons, sorcières) pour mettre en scène un conditionnement social, un emprisonnement de classe. C’est ultra bien mis en scène et ultra giga super badant, c’est Alberto chéri quoi. Prix du jury, évidemment.

Genius Loci, de Adrien Merigeau (France)

Dans ce film largement expérimental, Reine explore la ville et en décrit le chaos comme une forme fascinante d’organisation du monde. L’animation de ce court, produit par Kazak et Folimage, est absolument renversante. En mélangeant les techniques et les approches stylistiques, le chaos dont Reine parle n’en est que plus captivant. C’est une manière magnifique de représenter les villes dans leurs quartiers les plus oubliés. Dans une séquence magnifique dans une église abandonnée, l’histoire bascule vers la raison de cette solitude… Un amour non partagé par la jolie musicienne étrangère à l’accent si charmant. De quoi finir en chien… Littéralement.

Moi, Barnabé, de Jean-François Lésveque (Canada)

Vous prendriez bien une petite dose de foi ? Ce court canadien raconte la crise existentielle de Barnabé, curé en proie à ses démons intérieurs (l’alcoolisme), et surtout raconte son épiphanie. Qui passe par une sorte d’apparition divine, mais sous la forme d’un coq. Mais ce qui compte, ce n’est pas vraiment l’animal ni son intervention directe (même si c’est très drôle, il y a un petit côté La Mouche), c’est que ce coq symbolise la girouette de l’église. Celle qui aide à faire un choix…

The Town, de Yifan Bao (Chine)

Voilà une œuvre qui n’aurait probablement pas pu exister sans l’animation. Pas pour des raisons de technique ; ici la 2D par ordinateur est très classique et opte même pour un rendu naturaliste, privilégiant la qualité du cadrage, du mouvement des persos et du chara-design à une inventivité sans limites. Ce serait plutôt pour des raisons pratiques : comment imaginer en prise de vues réelles un film qui s’en prend si frontalement au gouvernement chinois ?

Dans ce très beau film de 27 minutes, l’héroïne travaille dans une usine de remodelage, où elle fabrique des masques. Arrivé.e.s à un certain âge, les habitants de la ville se font souder les masques sur la tête, pour correspondre à une certaine idée du bonheur… La métaphore n’a pas besoin d’être subtile pour fonctionner, bien au contraire. L’univers dépeint est riche, assez pour imaginer un futur long métrage adapté de cela. Et le succès déjà rencontré à Annecy (prix du meilleur premier film) cette année semble encourager cette démarche… Si cela se vérifie dans quelques années, on vous aura prévenu.

Hot Flash, de Thea Hollatz (Canada)

Première fois que l’on voit un film entièrement centré sur les bouffées de chaleur liée à la ménopause. Ce court très dynamique et rigolo met en scène une présentatrice télé qui, alors qu’elle doit annoncer la continuation d’une vague de froid, meurt de chaud. Ce film est donc… Rafraîchissant.

Un monde de sang, de Vier Nev (Portugal)

Parmi les plus expérimentaux de la compétition officielle, ce film joue avec les formes et les images pour raconter en miroir et en suggestions optiques les derniers instants avant un accouchement. C’est magnifique, notamment grâce à la partition géniale du compositeur Yanis El-Masri qui souligne toute la beauté, la douleur et les contradictions de l’enfantement. C’est dramatique, puissant, et le jeu sur le sens des images est unique en son genre. À voir absolument !

To : Gerard, de Taylor Meacheam (USA)

Il n’y a qu’un américain pour oser autant de guimauve en sept minutes. Animé en 3D chez Dreamworks, ce court-métrage raconte l’histoire d’un petit garçon inspiré par un magicien à se lancer dans la magie à son tour. Devenu vieil homme ensuite et simple postier, il rencontre une petite fille à qui il fait un tour de magie…

Impossible d’en dire davantage sans en gâcher le plaisir. Sachez simplement que si vous aimez les bons sentiments, les larmes devraient couler tranquillement.

Rebooted, de Michael Shanks (Australie)

Ce mélange d’images en prise de vues réelles et de stop-motion rend hommage aux squelettes animés de Jason et les Argonautes, tout en étant une belle et triste lamentation sur l’entrée dans le numérique et l’oubli des arts d’antan. Stylistiquement, on est (très) proche d’un Edgar Wright au mieux de sa forme. Donc on rit beaucoup grâce au rythme, au montage, au jeu sur les entrées et sorties de champ.

Émotionnellement, on est plutôt anéanti de voir ce squelette errer d’audition en audition sans succès, et on pense aux génies du passé qui n’ont plus leur place à Hollywood aujourd’hui. Phil Tippet, Ray Harryhausen, ce film magnifique vous est probablement dédié.

Et voilà ! Il y a encore bien d’autres courts métrages que nous avons aimé (notamment celui qui a obtenu le Cristal, Phyisque de la tristesse), mais il fallait bien faire un choix. C’est avec cet article que s’achève notre couverture d’Annecy 2020, soit notre cinquième du festival ! On espère que cela vous a plu et on vous dit à bientôt… Là on va probablement prendre quelques vacances. N’hésitez pas à nous écrire si vous avez des remarques, et d’ici là big bisous !

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