Jumbo : l’hymne à l’amour

Présenté en ouverture de l’édition numérique (et gratuite !) du Champs Elysées Film Festival, Jumbo débarquera bien vite dans les salles de cinéma le 1er juillet, quelques jours à peine après leur réouverture. Si vous n’avez pas pu faire partie des cinq cent chanceux à découvrir le film ce mardi 10 juin sur vos petits écrans (quoique, le lecteur du festival étant compatible Chromecast, cela ouvre tous les possibles), on viendra personnellement s’assurer que vous y alliez.

Jumbo, c’est un manège. Un gros manège. Du genre à vous suspendre au-dessus du vide, à vous faire tourner dans les airs et dans tous les sens. Certains y ressentent du frisson, d’autres l’envie de vomir. Ça étourdit, ça déstabilise, ça prend aux tripes… Comme l’amour ? Oui. C’est ça. C’est bête mais c’est ça. Pour moi Jumbo c’était un commerce, dans ma Normandie, du type La Foir’Fouille ou Gifi, où tu trouves ton bonheur au milieu de plein de petites conneries. C’est plutôt pareil, en somme.

Jumbo, c’est l’histoire de Jeanne (Noémie Merlant), une fille un peu renfermée, tout l’opposé de sa mère, l’excentrique Margarette (Emmanuelle Bercot). Gardienne de nuit dans un parc d’attractions, c’est auprès de Jumbo que la jeune femme trouve un peu de calme, d’apaisement… et des sentiments, aussi. Jeanne aime un manège. Et puis c’est tout.

Zoé Wittock, la réalisatrice, s’est inspirée d’une histoire vraie. Pas d’une personne tombée amoureuse de montagnes russes (qui n’aurait donc pas vu Destination Finale 3), mais celle d’Erika Eiffel, qui a épousé la Dame de Fer en 2007 (pas Margaret Thatcher hein, laissons les morts où ils sont). Il est donc question d’objectophilie, du fait de désirer émotionnellement et sexuellement des objets. Dès l’ouverture, on le comprend : on y voit Jeanne, de dos, contempler le balancement de Jumbo, dont les couleurs vives se juxtaposent à l’image et nous hypnotisent peu à peu, tel un OVNI qui nous capturerait. Rien qu’avec ces quelques secondes, toute la beauté de la mise en scène de Zoé Wittock et Thomas Buelens, son chef-opérateur, se déploie sous nos yeux.

Car Jumbo a une patte visuelle indéniable. Les couleurs ternes du quotidien de Jeanne laissent place à la chaleur, la vivacité lorsque son Jumbo se réveille, s’anime dans la nuit noire. Oui, le manège bouge, s’exprime, vit. Dans la plus grande simplicité qui soit, sans beaucoup d’effets spéciaux. On y est, on y croit. Le film en convoque aussi bien d’autres : un certain Under The Skin, quand l’huile noire qui traverse les mécanismes du manège devient la substance essentielle d’une scène d’amour fabulée, Le Géant de Fer, tout bêtement, pour cette relation entre l’humain et la machine et un peu de Carrie, pour cette jeune fille incomprise et rejetée par tous.

Quand on s’y penche, ce n’est qu’une banale histoire d’amour. Malgré le regard des autres et leurs avis. Malgré les troubles qu’ils engendrent. « Elle ne fait de mal à personne », dit à la mère de Jeanne son amant qui, pourtant, connaît à peine sa fille. Une histoire de famille aussi. Celle d’une mère et d’une fille désunies, diamétralement opposées, qui peinent à se comprendre. Noémie Merlant et Emmanuelle Bercot sont superbes, toutes deux sanguines, se complètent avec brio, s’apprivoisent.

Il n’est jamais question de stigmatiser, mais d’apprendre et de comprendre, avec énormément d’émotion. Un message d’ouverture. Là est l’essentiel.

Jumbo, un film de Zoé Wittock. Avec Noémie Merlant, Emmanuelle Bercot, Bastien Bouillon… Sortie française le 1er juillet 2020. Présenté en ouverture du Champs Elysées Film Festival Online.

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