A l’abordage : la douceur estivale de Guillaume Brac

On avait quitté le gentil (enfin, il a l’air, on ne le connaît pas encore personnellement) Guillaume Brac avec un superbe documentaire : L’Île au trésor. Sorti en 2018, ce long métrage mettait en scène l’île aux loisirs de Cergy-Pontoise, et montrait tout un été comprimé en une journée du matin au soir. Du documentaire cubisme en quelque sorte, afin de capturer une atmosphère.

C’est à peu près la même ambiance que l’on retrouve deux ans plus tard avec la magnifique et légère comédie À l’abordage, présentée (gratuitement !) par le Champs Elysées Film Festival en ligne de cette édition 2020. Il est cette fois accompagné au scénario de Catherine Paillé, notamment connue et appréciée pour son travail sur Shéhérazade, mais également Les Ogres et aussi le film français de Kiyoshi motherfucking Kurosawa, Le Secret de la chambre noire. Catherine t’as bossé avec Kiyoshi-kun et tu préviens pas ??? Sache que Cinématraque t’envie.

Tout commence à Paris ; Félix rencontre une fille par hasard et quand elle part le lendemain pour la plage et le beau temps à 600km de là, il décide d’aller la rejoindre. Il embarque en chemin son pote Chérif, mais également leur chauffeur Blablacar Edouard, qui ne comprend pas bien ce qu’il fiche ici.

Brac filme l’été comme un autre monde ; le camping, la rivière et la petite ville y sont comme suspendus dans un temps que nous avons tous connus. Celui de ses semaines de chaleur et de détente, où le lieu et les événements poussent des classes sociales qui n’ont rien à voir les unes avec les autres à se mélanger. Et les jeunes acteurs et actrices, tous dénichés au Conservatoire National d’Art Supérieur Dramatique, prennent beaucoup de plaisir à se confronter les uns aux autres en mettant en exergue leurs différences.

Le meilleur personnage du film qui porte un t-shirt du film Les Enfants Loups de Hosoda : le goût.

Non sans frustration, bien sûr. On sent dans le long métrage une envie de mordiller un peu, questionner les rapports entre ces adulescents à travers leurs défauts, leurs atomes crochus, leurs désirs. Et là où le film surprend, c’est quand il parvient dans sa dernière demi-heure à nous faire basculer de son schéma classique et attendu de la comédie romantique mignonne et inoffensive, à quelque chose de bien plus doux. En effet lorsque la caméra décide d’abandonner Félix, trop égoïste pour elle, et se promener autour des amours de Chérif, on se prend à rêver aussi de belles rencontres.

À ce jour, A L’abordage n’a pas de date de sortie française. Mais peu importe quand il sortira ; dans tous les cas il donnera l’impression d’un moment d’avant. L’insouciance estivale, le contact des corps, le flottement ramène beaucoup le spectateur à l’été qu’il s’apprête à vivre : un été COVID. Et ce sentiment est beaucoup aidé par la magnifique scène au karaoké en fin de film, où l’on voit les personnages chanter « Aline » de Christophe, regretté chanteur que nous avons perdu cette année. Nous aurons bien besoin de film comme le dernier Guillaume Brac dans le monde d’après.

À l’abordage, un film de Guillaume Brac, co-écrit avec Catherine Paillé. Avec Éric Nantchouang, Salif Cissé, Édouard Sulpice, Asma Messaoudene, Ana Blagojević, Lucie Gallo, Martin Mesnier, Nicolas Pietri, Cécile Feuillet, Jordan Rezgui. Diffusé par le Champs Elysées Film Festival, pas encore de date de sortie.

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