Roman Porno : quand le cinéma japonais s’érotise

Pornhub Premium pendant le confinement ? Pouah ! C’est pour les néophytes, les bouffons, les macronistes, les vendus. Chez Cinématraque on a du goût ! Même quand il s’agit de parler de cinéma dévêtu jamais vétuste, on veut du vécu et du cul artistique où l’art est n’est pas que plastique et où la plastique est artistique. Et c’est pour cette raison qu’on vous parle aujourd’hui du magnifique coffret Roman Porno, édité chez nous par Elephant Films.

C’est quoi le roman porno ?

Parce qu’on n’a pas encore perdu la tête malgré l’enfermement forcé et l’anxiété générale qui nous plombe le moral en ce moment, nous commençons par vous rassurer : il s’agit bel et bien de cinéma dont on parle. Le roman porno est en effet un genre de cinéma érotique apparu au Japon en 1971 (et faisant suite au cinéma « pinku » des années 60) sous l’impulsion du studio légendaire Nikkatsu. Fondé en 1912, il s’agit du plus vieux studio du pays, et il semblerait que sa survie lors des années 70 soit en grande partie dû à la production du cinéma roman porno.

Le terme est un raccourci de « romanesque pornographique », et qualifie un cinéma porté sur la vie sexuelle de ses protagonistes, mais qui sont de vrais (et surtout vraiEs) protagonistes. Il s’agit aussi et surtout d’un cinéma foncièrement japonais, défini par les limites que sa censure lui impose, par la créativité qui en découle pour la contourner, mais aussi par la rapidité de la production. Les films étaient généralement tournés en une à deux semaines, et dans très peu de lieux de tournage ; autrement dit si vous étiez un peu productif durant votre confinement vous pourriez en tourner assez pour faire un deuxième coffret. On appellerait ça Roman Cinématrique, le cinéma des lecteurs, ça serait formidable. Je m’égare.

(on a volé cette vidéo à nos camarades de chez East Asia, sans rancune)

Les années 70, Cinémas du corps

Comme Stephen Sarrazin le rappelle dans l’excellent livret de 96 pages contenu dans le coffret, l’exploration érotique dans le 7ème art n’a rien de spécifique au Japon dans les années 70 ; Pasolini, Bertolucci et tant d’autres ne sont pas si loin. Et si on retrouve dans le grand cinéma international des noms de cinéastes importants et estimés, les réalisateurs japonais qui se beurrent la biscotte dans le roman porno ne sont pas moins légendaires : Tanaka, Kumashira, Konuma… On ne fait pas dans la dentelle par ici. Mais cela reste des cinéastes très en marge, dont la reconnaissance critique n’a eu lieu que très récemment, comme l’explique encore Stephen Sarrazin que nous mentionnons en début de paragraphe. Palindrome.

Héritage contemporain

Le cinéma japonais subversif d’aujourd’hui n’a pas attendu que le roman porno soit réhabilité par l’intelligentsia pour s’en nourrir, s’en inspirer voire le sublimer. Quiconque ayant vu l’exceptionnel Guilty of Romance de Sono Sion, même dans sa version remontée pour la sortie occidentale, peut aisément voir la parenté. Ce sont d’ailleurs des corps féminins qui restent au centre du cinéma érotique, sans grande surprise. Ce sujet est abordé sous de nombreuses formes dans les bonus du coffret : qui regarde ces films ? Sont-ils réellement destinés à un public féminin du fait de la richesse de leurs personnages ?

En 2016 en tout cas, lorsque la Nikkatsu fête son 45e anniversaire et fait appel à cinq grands réalisateurs contemporains pour réaliser un roman porno à l’ancienne (c’est-à-dire petit budget, petit temps, petits culs), il ne semble pas encore question de convier des réalisatrices à poser leurs regards sur des corps d’hommes et des femmes, et ce malgré le désir des réalisateurs d’attirer un public féminin vers leurs œuvres. Parmi ces réalisateurs, le seul à préciser qu’il refuse de penser au genre du public quand il réalise, c’est Sion Sono. Surprenant car son film, Antiporno, est une des plus belles créations jamais réalisées dans le septième art sur la question du corps de la femme et du regard masculin qui le dessine.

Contenu du coffret

Le coffret édité par Elephant Films propose intelligemment de mettre en miroir cinq classiques de la faste période Nikkatsu avec les cinq films du revival de 2016.

Vous trouverez donc d’un côté Les Amants mouillés et L’Extase de la rose noire de Kumashiro Tatsumi, Angel Guts: Red Porno d’Ikeda Toshiharu, Lady Karuizawa de Konuma Masaru et Nuits félines à Shinjuku réalisé par Tanaka Noboru, et de l’autre L’Aube des félines de Shiraishi Kazuya, A l’ombre des jeunes filles humides de Shiota Akihiko, Chaudes gymnopédies par Yukisada Isao, Antiporno de Sono Sion et White Lily réalisé par Nakata Hideo.

Et parce que le cinéma sans contexte n’est pas vraiment du cinéma, vous trouverez également un documentaire d’introduction au Roman Porno de Stephen Sarrazin, des présentations des films par les spécialistes dont on a l’habitude de lire les noms quand on parle cinéma asiatique en France, le livret susmentionné (on a failli faire un jeu de mot avec suce, mais on s’est dit restons classes), une interview de Sono Sion par Yves Montmayeur, j’en passe et des meilleures. Et puis petit plaisir, les jaquettes sont réversibles pour retrouver les visuels d’origine. Et ici, on est bien fans des petits plaisirs.

Le coffret Nikkatsu Roman Porno est disponible en DVD et Blu-Ray sur tous les sites habituels.

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