Radioactive : Radions vite Jack Thorne

Le jeu de mot dans ce titre est réservé aux esprits les plus Etcheverriesques d’entre vous.

Six ans sans Marjane Satrapi, c’est bien trop long pour nos petits cœurs. Après son curieux The Voices, sorti en 2014, la réalisatrice revient enfin sur le devant de la scène avec une production Amazon Studios/Working Title. Radioactive est adapté du roman graphique de Lauren Redniss, et raconte la vie mouvementée de Marie Curie.

Cependant, production hollywoodienne oblige – mais avec un mini budget -, la distribution est anglophone. Attendez-vous donc à entendre des « Monsieur » et des « Mademoiselle » dans un bel accent américain… On se croirait plongé en plein cinéma de l’ère des grands studios.

Tout le charme de Radioactive repose sur les idées de mise en scène de Satrapi, et tous ses défauts dans le scénario monstrueusement balisé de Jack Thorne. Le dramaturge britannique semble avoir eu du mal à s’éloigner du rythme de la version roman graphique tant on ressent un manque de structure… Ce genre d’erreur est impardonnable sur un biopic. Puisqu’en soit, les biopics c’est quand même très facilement de la merde.

Les biopics c’est comme les mélanges en chimie : si tu foires le dosage, ça te pète à la gueule.

Cela ne retire rien à la vie ahurissante qu’a vécu Marie Curie ; le film rend bien compte de sa dynamique avec son mari Pierre, son rapport à l’académie des sciences, à ses deux filles, jusqu’aux dangers de sa propre découverte sur la radiation. Mais le tout manque cruellement de subtilité ; notamment dans toutes les séquences qui se veulent résolument girl power, mais qui sonnent creux dans leur quasi totalité.

Heureusement donc que Satrapi est là. À travers des ellipses narratives et des séquences rêvées, elle s’éclate dans la mise en scène et donne au film ce qui fait sa plus grande qualité : un propos complexe et confus sur l’héritage de Marie Curie. Oui, dit comme ça on dirait que c’est une critique, mais pas du tout. La découverte du radium et du polonium par les Curie est sans cesse confrontée dans le film aux inventions qui ont suivies, qu’elles soient positives ou tout bonnement affreuses.

Et sur ce sujet, Marjane Satrapi ne semble pas vouloir trancher, et elle a raison : le propos est confus parce qu’il ne peut y avoir de réponse claire. Marie Curie elle-même est sans doute morte en ayant encore en tête des doutes quant à sa propre découverte.

Enfin, notons que la géniale Rosamund Pike sait par moments nous faire oublier le côté pataud du scénario de Thorne, et rappelle à tout le monde qu’elle devrait jouer plus souvent dans des bons films. Parce que sans déconner, ça devient frustrant là.

Radioactive, un film de Marjane Satrapi, écrit par Jack Thorne. Avec Rosamund Pike, en salles le 11 mars 2020.

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