Jésus : Vois, ceci est mon film

Le petit Yura quitte la grande ville de Tokyo avec ses parents pour aller habiter à la campagne auprès de sa grand-mère. Là-bas, il intègre une école catholique et découvre la religion. Un jour, lors d’une prière, le petit Jésus lui apparaît…

Aujourd’hui le Japon compte environ 500 000 pratiquants du catholicisme, et autant de protestants, soit en cumulé, un petit pour cent de la population totale. Beaucoup a été écrit sur les débuts de l’implantation des religions chrétiennes au pays du shintoïsme et du bouddhisme, notamment par Shūsaku Endō dans son roman Silence, plus connu chez nous par son adaptation par Martin Scorsese en 2016.

Si de nos jours le pays compte encore le christianisme comme une infime minorité de sa population, force est de constater qu’elle est bien mieux acceptée qu’avant, et surtout intégrée au reste de la culture. Et pourtant, ce n’est pas non plus un sujet très souvent couvert par le cinéma local ; c’est donc un vrai plaisir de découvrir le très beau premier long-métrage de Hiroshi Okuyama, qui a très vite été adoubé par le récemment palmé Kore-Eda.

Et on comprend très vite pourquoi. Bien sûr, leurs approches se ressemblent tant qu’elles s’accordent à représenter la famille dans ses moments de convivialité, et dans l’excellente direction d’acteurs des enfants (le dossier de presse révèle d’ailleurs qu’Okuyama s’est inspiré de Kore-Eda pour ce dernier point, en ne leur expliquant les scènes qu’au moment du tournage sans leur donner de scénario à lire). Mais surtout, on y retrouve une manière de représenter le quotidien dans tout ce que la vie peut avoir de beau, touchant, et d’affreux.

Les scènes de repas en famille, la base du cinéma japonais.

Oui, Jésus est un film très drôle ; on parle quand même d’un gamin qui fait apparaître un Jésus miniature quand il prie. Ce dernier n’est bien sûr pas censé être le véritable Jésus, aussi il ressemble à ce que l’enfant aura pu voir dans des représentations artistiques : un homme blanc aux cheveux longs. Mais c’est avant tout un film d’apprentissage. Et par apprentissage, on veut dire que le petit Yura va vite découvrir que la vie c’est de la grosse merde en boîte.

Le spirituel est donc bel et bien au cœur de Jésus, et la foi est sans cesse confrontée à la dureté du réel. Il est bon ici de rappeler que si les religions chrétiennes ont longtemps connu la persécution au Japon, la situation n’est plus la même aujourd’hui. C’est pourquoi les parents de Yura se montrent très tolérants et compréhensifs face à la nouvelle éducation de leur enfant. De plus, le pays est devenu très œcuménique et les rites des différentes régions se mélangent et se rencontrent sans cesse, et ce notamment à la campagne. La dureté du réel n’est pas là pour s’en prendre à la religion chrétienne précisément, mais plutôt pour raconter une crise de foi.

Tout l’intérêt du film de Hiroshi Okuyama repose alors sur ce questionnement de sa croyance : que se passe-t-il si je prie ? Suis-je entendu ? Si Jésus a pu porter sa croix en haut de la colline du Golgotha avant d’y être crucifié, ne peut-il pas accomplir des miracles ? Le film choisit volontairement d’aborder ces problèmes sans leur donner de véritable réponse. Le résultat aurait pu paraître bâtard, ou maladroit ; il n’en est rien. Jésus est un film surprenant, original. Il parvient à toucher parce que le propos est authentique.

C’est un choix atypique pour une sortie de Noël chez nous, puisque le film sera dans nos salles le 25 décembre, mais en même temps quoi de plus logique ? Le distributeur Eurozoom respecte tout à fait ici l’esprit du film en proposant au moment des célébrations chrétiennes une oeuvre qui met en scène l’enfant face à sa propre foi. Voilà une carrière de cinéaste que nous allons suivre de près.

Jésus, écrit réalisé monté et chef-opératé par Hiroshi Okuyama. Sortie le 25 décembre 2019.

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