La Reine des Neiges 2 : Dégel Animé

C’est après avoir déjà occupé tout l’espace médiatique de l’année 2019 avec trois remakes (Dumbo, Aladdin, Le Roi Lion), un Pixar, trois Marvel, le rachat de la Fox et le lancement de la plate-forme Disney +, que la bande à Mickey finit par achever toute la concurrence déjà totalement atomisée. Le coup de grâce Disney arrive sous la forme de La Reine des Neiges 2, suite du film d’animation le plus populaire de tous les temps, arrive dans toutes nos salles obscures.

Le premier volet avait réussi à frapper fort et à être original en proposant une histoire surprenante. Une aventure où le cœur de l’histoire est l’amitié entre deux sœurs, où les véritables méchants sont les démons intérieurs… Et bien sûr, en proposant des chansons qui cartonnent au point de rendre folle la plupart d’entre nous. Tous les ans on a droit à un tube de l’été qui nous obsède pendant quatre matins, et tous les ans on les oublie ; mais pas « Let It Go » ! Contrairement à ce que son titre indique, « Let It Go » c’est la chanson qui te colle à la peau et qui ne te quitte jamais depuis 2013 ! Depuis qu’on a entendu ça pour la première fois, on a eu le temps d’avoir quatre saisons de Game of Thrones, 45 échecs à des élections diverses par Manuel Valls, aucune décision intelligente sur le sujet du Brexit, aucune décision intelligente sur l’environnement, et enfin de se faire libérer puis délivrer d’à peu près tous nos droits sociaux en France.

La Reine des Neiges 2 est donc une suite logique d’un point de vue commercial (parce que le succès appelle à la répétition) et casse-gueule d’un point de vue créatif (parce qu’il faut réussir à recréer la magie tout en se réinventant). Autrement dit, enfin une possibilité pour Disney de montrer une prise de risque – à savoir ce qui manque cruellement dans toutes leurs productions récentes qui transpirent la confiance. Parce que Bob Iger et ses copains savent très bien qu’ils possèdent toute la culture de l’Occident et qu’on est tous, ici compris, des gros moutons qui allons voir tout ce qui sort de chez Mickey même si c’est pour rager. Oui, on fait partie du problème !

Quatre regards différents résumant nos sentiments complexes à l’égard de Disney

Ce second volet doit donc trouver l’équilibre entre contenter les fans de la première heure – qui ont certaines attentes face à un long-métrage de la Reine des Neiges – et réussir à être sa propre entité. Là-dessus, le cahier des charges est bien rempli. Le film raconte comment la reine Elsa part à la recherche de ses origines à la frontière du royaume de Arendelle, et comment cette nouvelle situation impacte sa sœur, ses proches et ses citoyens. Cette aventure explore également les fondements du royaume et les erreurs des anciens : quel impact ont les décisions de nos prédécesseurs sur notre vie, et comment pouvons-nous racheter les fautes de ceux dont nous sommes le prolongement ? C’est ambitieux, et fort plaisant. (Par ailleurs, mentionnons que le scénario laisse entendre que de nombreux fans des communautés queer avaient raison : Elsa semble bel et bien être asexuelle. Et non lesbienne, comme d’autres le voulaient.)

La relation entre Elsa et Anna est encore largement au centre de l’intrigue, mais cette fois Olaf a davantage le droit d’être un personnage en soi, plutôt qu’un simple ressort comique. La thématique des démons intérieurs est aussi plus importante que dans le premier volet: ici, point de méchant, juste des obstacles plus ou moins introspectifs. La meilleure scène du film montre d’ailleurs Elsa affronter les éléments, faisant face à une mer déchaînée… Et on en a des frissons partout.

Et bien sûr, les chansons déchirent sa maman. Idina Menzel pète la forme et nous rappelle la grande époque de Wicked, notamment avec le morceau « Into the Unknown » qui envoie la purée niveau Joël Robuchon (ndlr: c’est selon google la meilleure marque de purée au monde, Cinématraque vous file la réf parce que littéralement personne ne connaît ça. Vous connaissiez Joël Robuchon? Manifestez-vous dans les commentaires, il y a peut-être un cadeau à gagner). Même le génial chanteur et acteur Jonathan Groff (Hamilton, Mindhunter) a enfin droit à une chanson pour Kristoff : une ballade rock années 80. Avec les visuels qui vont avec.

Mais c’est ÇA qui reste LE moment du film. Celui que les futurs adultes citeront comme nous citons LE moment de Mulan.

Mais… Car oui, il y a un mais. A vrai dire y en a même tout un tas, en forme de boules de neige qui vont s’écraser dans la tronche du film jusqu’à le déformer et l’enlaidir.

Le scénario est affreusement balourd. Il faut une heure de film pour que l’histoire commence, le lore de l’univers est tellement mastoc qu’on a l’impression de lire des manuels de Warhammer. Les idées sont là mais dans l’exécution, on peine, on se traîne jusqu’à un final épique et prenant mais mal amené. L’émotion brute ressentie lors du visionnage du premier volet – notamment durant le premier acte époustouflant – est remplacé par un ennui poli suivi d’une excitation tiédasse.

Ensuite, si la relation entre Anna et Elsa est approfondie, si Olaf gagne enfin le droit à avoir un personnage, que dire de Kristoff qui se retrouve relégué à son tour au rôle de gag récurrent? Sa chanson, exceptionnelle d’humour et de mauvais goût assumé au premier regard, jure complètement avec le ton que veut se donner le film. Et même « Into the Unknown », qui est véritablement une superbe chanson, est difficile à apprécier pleinement dans son insertion au sein du film. Parce que dans sa structure et son esthétique, elle ne fait qu’écho à « Let It Go », nous rappelant ainsi la puissance d’un moment de cinéma qui n’est pas celui que nous avons devant les yeux.

C’est véritablement le fantôme du premier volet qui vient hanter et perturber ce nouveau. Au point où le film s’aventure durant de bref instants à des références métafilmiques faisant directement référence à l’impact de « Let It Go » dans la culture populaire… Ce qui peut être vu comme une faute de goût absolu. La Reine des Neiges 2, aussi agréable, osé et pertinent qu’il soit donc, ne parvient jamais réellement à décoller et finit par ressembler à une version gros budget des suites VHS que sortait Disney dans les années 90.

La Reine des Neiges 2, réalisé par Chris Buck et Jennifer Lee. Ecrit par Jennifer Lee et plein d’autres gens crédités à différents stades d’écriture, donc clairement ça n’a pas été simple. Avec Idina Menzel, Kristen Bell, Josh Gad, Jonathan Groff.

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