Koko-Di Koko-Da :

Tout commence comme un mauvais rêve malaisant. Un sentiment habituel et désagréable qui remonte le long de la colonne vertébrale, telle une colonie d’araignées malfaisantes prêtes à se nicher tout en haut de notre cerveau. Nous sommes en novembre, mais c’est encore Halloween pour les spectateurs de Koko-Di Koko-Da.

Trois personnages, chacun étrange à sa manière, viennent déranger notre visionnage alors que le film commence à peine : un diable blanc, un ogre, une sorcière. Impossible de savoir pourquoi leur présence nous met si mal à l’aise, et pourtant le sentiment s’est déjà installé… On avait rencontré le cinéma Johannes Nyholm avec le long-métrage fou The Giant, on le retrouve ici pour un conte glacial et douloureux qui ne parle que de deuil, encore et encore et encore et encore.

Car ce n’est qu’après cette introduction — qui annonce la couleur — que le véritable sujet du film apparaît : un jeune couple et leur fille de 7 ans, qui n’en aura jamais 8. Cette mort affreuse, inattendue et choquante projette le couple et les spectateurs dans un spectacle imagé, une exploration macabre et tortueuse des sentiments de deuil et de culpabilité. Ainsi le couple va se retrouver trois ans après la tragédie, à partir en voyage pour tenter de sauver quelque chose de leur relation. Dans la forêt, là où leur tente est installée, ils se font attraper par les trois personnages inquiétants du début du film, qui vont les torturer sans relâche… Et à répétition.

En effet, les protagonistes sont piégés dans une boucle temporelle, chacune se concluant par un tableau aérien, et condamnés à revivre inlassablement leurs douleurs. On a tendance oublier, par cause d’influence Disney et compagnie, que c’est souvent à cela que ressemblent les contes et les légendes ; à de l’horreur. Ce n’est pas pour rien d’ailleurs que le cinéma de quelqu’un comme Guillermo Del Toro est rempli de monstres, à formes mystiques et humaines. Sa filmographie est largement constituée de contes, et mérite d’être observée et évaluée sous cet axe-là.

Pourtant, ce n’est pas du côté mexicain qu’il faut chercher les influences de Koko-Di Koko-Da, mais bel et bien dans le folklore suédois. Rien que le titre est une comptine, entendue dans la boîte à musique qu’allaient offrir les parents à leur fille dans le film. Le côté poisseux du film, cette forêt sale et macabre, ces existences en état de décrépitude sont également typiques d’une certaine culture populaire : on pense à la musique de groupes suédois comme Opeth ou Pain of Salvation, aux photographies glauquissimes de l’artiste Lasse Hoile, et même à l’exploration des failles de l’homme chez Ruben Östlund. On trouve d’ailleurs de nombreux points communs entre l’homme de Force Majeure, et celui de Koko-Di Koko-Da.

Certains, certaines ont également comparé le film à Midsommar d’Ari Aster, ce qui se comprend bien sûr dans l’esthétique et l’approche du deuil, mais il nous semble que les démarches sont sensiblement différentes. Koko-Di Koko-Da est bien plus douloureux à regarder, car l’aspect du songe crée un malaise autrement pernicieux. Il est difficile de dire que l’on passe un bon moment devant le film tant il s’apparente à de la torture émotionnelle… Et pourtant, il rejoint Midsommar en ce qu’il offre une certaine expiation, ou catharsis dans le visionnage. Un film bien singulier, pour une carrière décidément bien singulière pour le cinéaste.

Koko-Di Koko-Da, un film de Johannes Nyholm. Au cinéma le 13 novembre 2019.

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