Terminator Dark Fate :

La formule de départ était toute conne pour une saga qui parle de voyage dans le temps : Sarah Connor doit échapper à un méchant robot du futur qui veut l’empêcher de mettre au monde le leader de la résistance humaine. Simple, efficace, bourrin. Un poil poétique, un chouïa tragique. Puis arrive Terminator 2 : Le Jugement Dernier, monument du cinéma de James Cameron, l’exemple le plus efficace pour parler d’une suite qui sait se réinventer tout en gardant l’esprit du premier. Un diptyque qui mérite amplement son culte.

18 ans après le deuxième film, la franchise souffre. Principalement parce qu’elle n’avait pas du tout vocation à être une franchise… Les deux volets de Cameron avaient déjà tout dit. Ont suivi trois tentatives étranges et mal branlées d’étendre l’univers… Mais qu’importe. Qu’importe parce que l’attaché presse lors de la projection nous annonce la couleur : pour Terminator Dark Fate, seuls comptent les deux premiers films. On peut effacer de notre mémoire les volets 3, 4 et 5. Ce qui, honnêtement, n’est pas très compliqué. Qui ici est capable de raconter Terminator Genisys ? J’ai l’impression d’avoir oublié son scénario alors même que je le voyais au cinéma il y a quelques années…

Retour aux sources donc, on essaie de faire du neuf avec le réchauffé. Après que Sarah Connor a sauvé l’humanité et l’avenir de son fils John Connor dans le deuxième film, après que Skynet a été détruit, un autre Terminator débarque et bute John. Tout se passe comme dans un rêve pendant que James Cameron (à l’histoire) et Tim Miller (à la réalisation) s’éclatent à refaire un Alien Resurrection, en butant le gamin d’entrée de jeu. Pas le temps de s’émerveiller sur le rajeunissement incroyable de Linda Hamilton et de Schwarzie, ou la recréation d’un John Connor enfant… Pas le temps de s’attarder sur la prouesse technologique qui était certainement le seul intérêt de la séquence pour James Cameron, qui ressemble de plus en plus à un ermite fou obsédé par la technique. Le gosse est mort, et Sarah Connor plonge – probablement – dans le désespoir.

Le… Le désespoir ?

Probablement, car on passe tout de suite dans le présent de 2019 au Mexique. Un nouveau Terminator est envoyé pour buter la nouvelle héroïne, Dani, personnage tristement insipide qui doit être à l’origine de la future révolution contre les machines. Heureusement, elle sera protégée par un personnage bien plus intéressant, Grace (Mackenzie Davis), une humaine augmentée envoyée du futur elle aussi. Mais là, vous vous dîtes… Attends mec, de quoi tu causes ? À la fin du deuxième film, Skynet a été détruit non ? Alors pourquoi est-ce qu’on a un nouveau Terminator ? Pourquoi est-ce qu’on a une nouvelle héroïne qui doit mener la résistance contre l’asservissement face aux machines?

Sarah Connor se pose la même question que vous, lorsqu’elle rencontre Grace l’humaine augmentée et Dani la demoiselle en détresse. C’est là que le film touche du doigt une dimension qui aurait pu être absolument fascinante si elle était mieux traitée : le combat ne s’arrête jamais. On peut voir en Sarah Connor une féministe old school, qui s’est battue pour libérer les femmes sexuellement; pour la pilule, pour le droit à se battre comme un homme… C’était déjà tout le propos de Terminator 2, qui faisait d’elle la machine sans émotion, incapable d’élever son enfant… Tandis que l’homme (le Terminator) apprenait à ressentir.

Mais là, en 2019, Sarah Connor découvre avec stupeur et colère que tout son combat n’a servi à rien, que le militantisme n’a pas de fin. Pire, la nouvelle génération ne sait rien de son travail, puisqu’elle a empêché le futur de Skynet. Je fais un petit aparté, mais c’est un propos extrêmement bien tenu dans les séries jumelles Buffy et Angel : la lutte contre le mal ne s’arrête jamais puisque le mal survient dès que l’on baisse les bras.

Malheureusement, Terminator Dark Fate n’a pas le temps pour ces enfantillages, et préfère se vautrer dans des scènes d’actions extrêmement bien réussies, mais en oubliant totalement de donner un personnage intéressant à la nouvelle héroïne, en oubliant de faire du nouveau méchant une entité convaincante et terrifiante, en oubliant d’explorer les thématiques au cœur de la saga.

Oui oui gros, calme-toi je vais parler de toi maintenant.

Quant à l’intervention d’Arnold Schwarzenegger… Elle est tellement tirée par les cheveux qu’on pourrait s’en faire une moumoute. Il a les meilleures répliques du film, oui. Il pue la classe, oui. Mais il n’a rien à faire là, et les explications autour de sa présence dans le film sont plus que risibles. C’est même à pleurer de rire. Ou de rage, c’est selon.

En revanche, ce que tout ça n’explique pas, c’est pourquoi j’ai passé un bon moment devant ce film. Je vous assure ! J’ai même ressenti des choses. Il faut dire que Junkie XL est très bon quant il s’agit de ne pas inventer des mélodies et reprendre celles qui existent déjà dans une saga (coucou Fury Road), et Linda Hamilton et Mackenzie Davis sont vraiment au top de leur game. Mais ça ne suffit pas à expliquer pourquoi je suis sorti de la projection relativement heureux, alors que le film est somme toute franchement moyen.

L’explication à mon sens, réside dans le principe même d’une franchise Terminator, qui est un non-sens absolu. Les deux premiers volets sont similaires au premier Jurassic Park de Spielberg : ils ont tout dit. Que cela soit dans leurs thématiques sur le destin, le déterminisme, la pérennité du combat, et même sur le métatexte (Terminator et Jurassic Park sont des oeuvres qui parlent avant tout de l’acte de création et de ses répercussions), tout a été couvert. Ce qui suit ne peut donc au mieux qu’être divertissant, au pire être abject. Tout en bas, on trouvera donc Terminator Genisys. Et tout en haut, trônera fièrement ce borgne parmi les aveugles, Terminator Dark Fate. Et puis merde, c’est giga kiffant de voir mamie Sarah Connor botter le cul de littéralement tout le monde.

Terminator Dark Fate, de Tim Miller, écrit par James Cameron, David S. Goyer, Justin Rhodes, Billy Ray, Charles Eglee, Josh Friedman (ça fait beaucoup de scénaristes quand même bordel), avec Linda Hamilton, Arnold Schwarzenegger, Mackenzie Davis, Natalia Reyes, et PAS EDWARD FURLONG ILS ONT MENTI DANS LA PROMO MDR. Sortie le 23 octobre 2019

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