Ad Astra : l’inaccessible étoile

Un astronaute de génie, devenu fou, à retrouver dans l’espace infini, un fils désigné par son pays pour cette rude mission, et entre les deux, le vide. C’est le point de départ de Ad Astra le dernier film de James Gray présenté à Venise (et revenu bredouille). Après nous avoir fait traverser l’Amazonie avec The Lost City of Z, James Gray persiste dans ses envies de voyages extrêmes. Direction Neptune cette fois-ci.

Dire que l’on était impatients, au sein de la rédaction, de voir ce que nous réservait le projet ambitieux d’un de nos chouchous est un euphémisme. Nous sommes récompensés de notre attente, car Ad Astra ne déçoit pas. Impossible de ne pas évoquer Apocalyspe Now (qui vient de ressortir dans une version restaurée magnifique), dans une critique d’Ad Astra. La structure même du film semble comme un écho spatial du chef d’œuvre ultime de Coppola (et donc a fortiori de Conrad). Missionné pour retrouver et tuer un Héros de son pays qui semble avoir perdu la boule dans un endroit extrêmement reculé, le personnage principal mutique et blasé par la violence humaine, s’engage dans une mission presque suicidaire, ponctuée de plusieurs épreuves qui mettront en danger l’atteinte de son objectif final. Ça vous dit quelque chose non ?

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Évidemment, James Gray emprunte une direction différente de son illustre aîné. Ad Astra n’embrasse pas la folie débordante et hors-norme du film de Coppola. Le vertige que procure l’épopée de Roy McBride, le personnage incarné par Brad Pitt, est moins celui de l’espace inconnu que celui des tréfonds de la conscience humaine. La quête du héros est bien sûr autant la recherche de son père que de lui-même à travers les épreuves qu’il va traverser. Mais au-delà de cette lecture finalement assez convenue, c’est surtout la motivation de vivre en chacun de nous qu’interroge James Gray. Tant le père que le fils semblent n’être que des réceptacles vides, obnubilés par une mission qui les transcende et qu’ils n’interrogent jamais. Cette cause supérieure définit la trajectoire de leur vie et la brise quand ils se rendent compte que la destination qu’ils visent restera inaccessible.

Le film est construit autour de cette idée de trajectoire. Roy McBride, machine imperturbable, fonce, coûte que coûte vers son but et entraîne le spectateur avec lui. Dans cette fuite en avant, les aléas seront nombreux, permettant à James Gray de lier l’introspection à l’aventure. Le réalisateur n’oublie pas que l’espace reste un terrain de jeu formidable pour le cinéma d’action. Les combats sans gravité et course-poursuite en rover lunaire, assez réussis, rythment efficacement le récit.

Impossible de ne pas souligner le travail de Brad Pitt qui, après Once Upon a Time in Hollywood signe une année 2019 de haute volée. Incarnation de la virilité américaine, James Gray s’amuse de son aura en déconstruisant progressivement le personnage. Présenté au début de l’histoire comme un dur à cuir sans émotion capable de maîtriser en tout circonstance les battements de son cœur, le mâle alpha Roy McBride se délite à mesure qu’il gagne en authenticité. On aurait d’ailleurs préféré que le film s’arrête 40 secondes plus tôt. Le dernier plan, compromis avec le studio selon le réalisateur, marquant un peu trop ce que le film suggérait jusque-là de manière plus subtile.

James Gray réussit donc son pari en partant dans l’espace. Ad Astra est un film d’aventure et d’introspection, un blockbuster d’auteur, et une réflexion poignante et profonde sur ce qui nous motive à être ce que nous sommes. Rares sont les réalisateurs qui osent encore conjuguer l’ampleur de l’odyssée à l’intime de l’être humain. James Gray prouve, avec Ad Astra qu’il occupe une place toute particulière dans le cinéma américain de sa génération.

Ad Astra, écrit et réalisé par James Gray, avec Brad Pitt, Dede Gardner, Jeremy Kleiner. Sortie le 18 septembre 2019.

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