Paradise Hills : La Servante Rose Bonbon

Sur le papier, le premier long-métrage de la réalisatrice Alice Waddington a tout pour plaire. Écrit par le type de Colossal, il s’agit d’un conte fantastique qui explore les théories féministes de Christine Delphy sur l’asservissement des femmes par le mariage. Au programme ? Des codes sociétaux écrasants, un patriarcat dissimulé par l’absence (relative) des hommes et surtout co-opté par les femmes puissantes et soumises au système. Vous pensez à Margaret Atwood ? C’est normal. Mais ici, on est plutôt dans du bonbon tout rose qui enrobe la merde.

Emma Roberts (Scream 4, Scream Queens, d’autres films sans le mot Scream dedans) se réveille sur une île paradisiaque avec d’autres femmes. La matriarche Mila Jojovich (Resident Evil 1, Resident Evil 2, Resident Evil 3, Resident Evil 4, Resident Evil 5, Resident Evil 6, Resident Evil 7… Non je blague y en a que 6) recueille les pauvres âmes envoyées dans ses pattes par les familles pour en faire des petites dames modèles. L’idée de la femme « bonne à marier », tout simplement.

Visuellement, c’est magnifique. Très riche, toujours coloré et très chargé, on a le sentiment de s’égarer dans un Disneyland faussement paradisiaque qui cache en son sein une manufacture terrible qui vise à uniformiser et asservir les corps et les pensées. Certain.e.s me diront que c’est exactement ça Disneyland, d’ailleurs…

« Un jouuur mon prince m’asserviraaaa »

On en revient vraiment et définitivement à Christine Delphy : le mariage comme but ultime, avec cette femme dont la nature consiste à servir son mari, est une oppression inventée par les hommes et imposée aux femmes tout en leur faisant croire l’inverse. Ce qui veut dire qu’il faut absolument empêcher une demoiselle de déclarer sa flamme à une autre ; cela empêcherait un homme de la conquérir. Il faut aussi interdire à une autre d’aimer son corps si elle est en surpoids ; c’est le regard de l’homme qui compte. Le plus impressionnant et le plus intéressant finalement dans ce film, c’est cette absence des maris sur l’île. Ce sont eux qui payent, qui financent le système sans jamais apparaître. A leur place, Mila Jojovich fait office de déesse de la Nature, cruelle et intransigeante, faisant croire ainsi à tous que la position soumise de la femme est naturelle. C’est ce mensonge que Christine Delphy a démonté avec sa théorie du féminisme matérialisme, qui se refuse à tout essentialisme sur la soi-disant « nature féminine ».

Malheureusement, la beauté formelle et les idées sur le papier ne suffisent pas. Le scénario de Paradise on Hills manque cruellement de logique interne, ce qui anéantit toute possibilité d’identification ou d’implication dans l’histoire. On sent vraiment que l’auteur et la réalisatrice voulaient arriver à certains enjeux narratifs, mais qu’ils n’ont pris le temps de faire le chemin nécessaire jusqu’à eux. Résultat, on n’y croit pas un instant. Et cela aurait pu fonctionner quand même si la direction d’actrices s’était faite en embrassant cet imaginaire faussement merveilleux, en allant vers l’absurde. Mais comme tout est interprété dans le plus grand des naturalismes, le script sonne d’autant plus faux. Dommage donc, et frustrant. Il était pourtant très intéressant de voir ce versant opposé de The Handmaid’s Tale, où toute l’horreur de la violence faite aux femmes se drape d’un voile de guimauve.

Paradise Hills, de Alice Waddington et écrit par Nacho Vigalondo. Avec Emma Roberts, Mila Jojovich, Awkwafina.

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