Gravité : un nouvel ouvrage sur Billy Wilder, par Emmanuel Burdeau

Tout commence avec deux images ; sans doute les deux plus connues de toute la carrière du cinéaste germanoétasunien. D’abord, il y a celle de la robe de Marylin Monroe, soulevée par l’air chaud du métro lors du tournage de Sept ans de Réflexion. Une fausse séduction peut-être, un acte léger certainement malgré des conséquences lourdes. En effet, beaucoup s’accordent à dire que le tournage de cette séquence sur l’avenue Lexington aurait précipité le divorce de Marylin et de Joe DiMaggio ; ce dernier aurait été blessé par les regards des autres sur un corps qu’il pensait posséder.

La deuxième image est curieusement aérienne. Curieusement, car elle est aquatique : il s’agit du cadavre du scénariste Joe Gillis, flottant dans la piscine dans Boulevard du Crépuscule. Encore une fois une image qui suggère une légèreté, ne serait-ce que par la physique du corps dans l’eau, mais qui met en évidence une gravité. Gravité, tel est le mot-clé du moment, le titre réfléchi et novateur pensé par Emmanuel Burdeau pour aborder Billy Wilder.

Quand Cinématraque a su qu’un des critiques les plus appréciés et appréciables de ces dernières années venait de sortir un ouvrage qui s’attaque à Billy Wilder, nous avons été tout de suite intéressé. e. s. D’abord parce que nous sommes de grands fans du cinéma de Wilder ; ensuite parce que Burdeau n’a pas choisi la facilité avec cet ouvrage, qu’il ne publie pas au sein des éditions Capricci qu’il connaît si bien. Cette fois, il s’agit d’un projet porté par les éditions Lux, qui ne sont pas du tout portées sur le cinéma. On trouve davantage de publications politiques dans leur catalogue.

Petite précision : gêné par les passants trop curieux, Billy Wilder a finalement abandonné la scène en cours de route pour aller ensuite la tourner en studio. D’où le fait que les photos de ce moment soient différentes de la scène dans son film.

Pourquoi ce choix ? Cela paraît clair en le lisant, Burdeau a une vraie intention de rupture. Dans ce qui a déjà été dit sur Wilder, mais aussi dans un certain type d’écrit sur le cinéma. Ici, il n’est pas question de sombrer dans l’hagiographie où chaque détail minutieux se doit d’être célébré. Au contraire, le critique n’a pas peur de… Et bien, critiquer, précisément, pour mieux réfléchir l’oeuvre globale de Billy Wilder. La réfléchir sous cet angle de la gravité. Du poids. De la mesure et de la démesure, de la légèreté et de la lourdeur.

Pour cela, Emmanuel Burdeau s’attache à des films sur lesquels peu de choses ont été écrites. Bien sûr, on sent une volonté d’être exhaustif, et c’est pourquoi sans doute il passe en revue la majorité de sa filmographie pour justifier la réflexion sur la gravité, sur le poids des choses. Mais les œuvres centrales de son propos sont Le Gouffre aux Chimères (Ace In The Hole), La Grande Combine (The Fortune Cookie), et Un, deux trois (One, Two, Three, celui-ci vous auriez pu deviner franchement).

Ce qui nous amène à une question centrale, qui nous a quelque peu obsédés durant toute la lecture : à qui s’adresse ce livre ? En soi, sa structure lui permet d’être accessible à tous et à toutes. Burdeau fait l’effort de contextualiser, d’expliquer les films et leurs déroulements avec une clarté et une précision remarquable. Mais c’est donc plutôt, quel serait le public idéal pour un tel ouvrage ? À cela, nous avons trouvé une réponse. Gravité peut s’adresser aux néophytes qui souhaitent découvrir Billy Wilder, il peut aussi intriguer les aficionados qui pensent avoir déjà tout vu et tout lu sur le sujet. Mais le lecteur idéal se situe certainement entre les deux : quelqu’un qui apprécie Wilder sans le connaître sur le bout des doigts.

Parce que le livre engendre la curiosité. L’envie d’en savoir plus, d’aller vérifier par soi-même. De repenser ce que l’on connaît déjà à la lumière de ce à quoi nous n’avions pas pensé avant. En effet la grande force de Gravité réside certainement dans sa dernière partie – possible uniquement grâce au travail effectué dans les chapitres précédents – qui s’intéresse à la politique chez Wilder. Et qui s’interroge notamment dans son rapport à l’Allemagne et tout particulièrement à l’Allemagne Nazie, vue de sa position d’expatrié. En bref, Gravité est un ouvrage fascinant. C’est pour cette raison que nous nous sommes entretenus avec Emmanuel Burdeau à son sujet ; un entretien tout aussi fascinant que vous pourrez lire sur Cinématraque très bientôt !

Gravité : sur Billy Wilder est édité par Lux et écrit par Emmanuel Burdeau.

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