[ANNECY 2019] Jours 5, 6 et 7 : Annecy de 5 à 7

C’est déjà la fin de semaine au bord du lac, et après une superbe journée ensoleillée, la pluie et l’air gris sont de retour. Heureusement, nous savons garder la pêche grâce aux beaux films que nous découvrons, aux belles rencontres et retrouvailles qui se font dans les bars, les files d’attentes et sur l’herbe du Paquier. C’est déjà notre dernier article; qui se concentrera sur la présentation Disney, sur le cinéma hongrois, un peu sur le cinéma VR,
sur le film de Keiichi Hara, et bien sûr dressera un petit bilan après la cérémonie de clôture.

Les plus malins savent qu’Annecy dure 6 jours, et que le septième mentionné dans l’article ne correspond qu’à un trajet en train ou en voiture. Mais j’avais très envie de garder la petite référence au film de Varda donc… Je fais ce que je veux.

Présentation Disney : La Reine des Neiges 2 et courts métrages Disney+

C’est toujours pareil, le vendredi à Annecy. L’ambiance détente et bon enfant devient un peu plus guindée et étouffante lorsque les agents de sécurité de chez Mickey débarquent pour nous interdire d’utiliser nos téléphones, et que les chefs de départements du gros studio viennent lire des phrases toute prêtes depuis un prompteur. C’est avec leurs méthodes de storytelling à l’américaine que Marlon West et Becky Bresee nous racontent donc leur attachement à Disney et à l’animation depuis l’enfance (lui plus fan de dinosaures et elle de princesses, lui bossant finalement sur Pocahontas elle sur Dinosaure), puis nous présente des images de La Reine des Neiges 2.

Malheureusement, comparé à d’autres années (pour Coco par exemple en 2017) ou même à mardi pour Abominable, le studio se limite beaucoup et en dévoile très peu. On découvre ainsi l’élément déclencheur de l’histoire : le questionnement autour de l’origine des pouvoirs magiques d’Elsa. On nous montre également deux scènes, l’une purement comique et l’autre purement actionnelle, mais encore une fois sans rien révéler. Assez décevant donc…

Rien à voir avec la Formule 1.

Heureusement, la présentation de trois courts métrages du programme Short Circuit Experimental Films est venue relever le niveau. Nous avons donc eu la chance de découvrir Jing Hua de Jerry Huynh, qui raconte le deuil de son grand-père, sa grand-mère et sa cousine à travers une exploration de sa culture traditionnelle. Dans le film, une femme exprime son deuil en faisant du kung-fu magique, qui crée un paysage en calligraphie. Dans Just a Thought de Brian Menz, un enfant à l’école voit sa bulle de pensée devenir visible aux yeux de tous ; et comme il a un crush sur une fille de sa classe, il essaie de la cacher à tout prix pour ne pas être moqué par tous ! C’est un film très mignon, inspiré des comic strips du journal du dimanche (the « funny pages » comme on les appelle parfois) dans sa narration et dans son style visuel.

Le plus beau des trois courts s’appelle Exchange Student et est signé Natalie Nourigat, bédéiste devenue artiste chez Disney. Il raconte comment une enfant terrienne tente de s’intégrer dans une école extraterrestre… Le résultat est touchant, drôle, malin, juste, beau, habile, et encore plein d’autres adjectifs mélioratifs.

János vitéz ou Johnny Corncob : Trip psyché de 1973

C’est quoi que c’est ce truc ? C’est ce qu’on va voir le samedi en gueule de bois, pour une séance réservée dix jours avant sans penser au fait que ce sera dur d’avoir la foi pour du vieux cinéma d’Europe de l’est, à ce moment de la semaine… Mais on y va quand même, parce qu’on est très pro.

Du coup, c’est quoi János vitéz ? C’est un poème épico-romanesque hongrois qui, à l’occasion du 150ème anniversaire de la naissance du poète Sándor Petőfi, a été adapté en long métrage d’animation. Un sacré événement, puisque c’est ni plus ni moins le premier film d’animation hongrois de l’histoire ! Sorti en 1973, et avec donc la bande son rock progressif qui va avec (même année que Bella Donna), il raconte l’histoire d’un jeune homme chargé de surveiller les moutons, qui s’égare pour dragouiller une jeune meuf qui fait sa vaisselle dans la rivière. Après un échange ressemblant comme deux gouttes d’eau à un dialogue de porno, les deux s’aiment dans une magnifique séquence d’animation abstraite…

« Bonjour, je viens pour la plomberie »

Seulement voilà, la belle-mère de la jeune femme est une sorcière et punit le héros pour avoir commis l’acte irréparable qu’est la bête à deux dos ! Ses moutons s’envolent dans le ciel, le berger tente de le tuer, et il perd tout ce qu’il a. Ce qui, étonnamment, change de d’habitude puisque c’est la femme qui se fait mettre minable dans la majorité des cas. Mais ne paniquez pas, elle n’a pas trop de quoi se réjouir non plus : après que notre homme s’est engagé dans l’armée des hussards, a sauvé la France de l’invasion des Turcs (séquence ultra giga raciste par ailleurs) et reçu une montagne d’or en récompense, il retourne dans son pays pour découvrir qu’elle est morte, sa go. Et oui, la méchante belle-mère a fini par l’épuiser jusqu’à la tombe.

C’est là que le film, déjà très beau, devient magnifique. Le jeune homme part jusqu’aux enfers pour libérer l’âme de sa défunte amante ; en chemin il rencontre des géants semblables aux montagnes et devient leur roi. Chaque épreuve est une nouvelle manière de prouver sa force, son courage, mais surtout une nouvelle manière pour les animateurs de nous bluffer jusqu’à la séquence finale. János vitéz est un film trop méconnu, et j’espère bien que toi lecteur vas m’aider à faire changer les choses !

Cinéma VR : Gymnasia et Nothing to be written here

Les deux années passées, nous vous avions longuement parlé des films en réalité virtuelle proposés par le festival. Cette fois, nous n’avons pas trop eu le temps d’en profiter, notamment à cause d’un nouveau mode de fonctionnement qui ne comprenait plus d’horaire réservé à la presse. Cependant; nous avons pu tout de même nous pencher sur deux films très intéressants.

Gymnasia avait été dévoilé en partie au Forum des images en 2018 lors du festival Newimages. Depuis, si le film s’est étoffé, il reste toujours aussi mystérieux, triste et passablement inquiétant. Toute l’action se déroule dans un vieux gymnase d’école délabré, où des sortes d’enfants poupées apparaissent par moments. Lors de la séquence finale, un gamin à la tête en porcelaine chante dans le gymnase délabré… Nous, on contemple – peu rassurés car déboussolés. La technique employée pour Gymnasia est plurielle : un mélange d’animation 3D et de stop motion avec des miniatures, le tout dans un environnement 3D photoréaliste inquiétant.

Hedwige putain qu’est-ce que t’as encore branlé ?!

Nothing to be written here est probablement une des œuvres les plus riches, intelligentes et innovantes du médium VR. Produite par la BBC, elle s’inspire des lettres de soldats anglais de la Première Guerre mondiale (ces lettres n’avaient rien de personnel, c’était une sorte de formulaire à choix multiples. Je vais bien/pas bien. Je suis au front/à l’hôpital, etc.) pour créer un environnement dans lequel la guerre s’immisce sans arrêt dans le quotidien des Anglais. La majorité du film utilise comme décor le couloir des petites maisons britanniques traditionnelles. Ce lieu est alors relié aux tranchées, aux hôpitaux par le biais des lettres qui volent tout autour de nous. C’est une œuvre forte, intelligente dans son utilisation de l’animation et du 360°, et surprenamment émouvante ; ce qui est difficile pour des bêtes raisons de pratique. En effet les casques de VR, du fait de leur poids, n’aident pas vraiment à construire une émotion forte autre que de l’émerveillement ou de la peur. Il est compliqué de verser une larme quand le casque appuie sur ton crâne et tes globes oculaires… Mais ça viendra. Vu comment la technologie évolue, ça viendra.

Wonderland : Le royaume sans pluie

Je n’ai pas vraiment envie d’en parler. Keiichi Hara, très apprécié pour Colorful et Miss Hokusai, est un bonhomme frustré qui n’aime plus l’animation et continue de travailler par dépit. Là, il accepte un film de commande et n’y met absolument rien de vivant ; les décors sont jolis, le chara design sympathique. Tout le reste est un affront, un crachat acide dans la gueule de tous les étudiants qui font vivre ce festival : l’animation est classique mais paresseuse, l’histoire rocambolesque mais sans âme, le monde riche mais sans intérêt. Si c’est pour faire du sous-Miyazaki alors que Hara dit toujours en interview qu’il déteste son cinéma, c’était juste pas la peine. Merci au revoir ! Lisez East Asia pour une critique plus complète, nous on en a marre de ce monsieur.

Va chier.

Clôture et bilan

Comme tous les ans, l’adoré Marcel Jean présente la clôture ; cette année peu de surprise. Pas de Prix du jury en long-métrage mais une mention seulement, pour Bunuel après l’âge d’or, distribué par Eurozoom. Et bien sûr, J’ai perdu mon corps remporte le Prix du public et le Cristal, sans la moindre surprise puisque c’est un monstre de cinéma. On espérait voir un prix pour Marona, ou pour Ride Your Wave ou encore pour les Enfants de la Mer, mais tant pis, ils brillent dans nos cœurs.

Une déception persiste tout de même. Un bémol, une tristesse passagère; auparavant la cérémonie se terminait sur le Cristal du court-métrage, mettant ainsi en avant l’importance du format pour le monde de l’animation. Cette année, la première du nouveau directeur de CITIA donc, le superbe court Mémorable a été récompensé avant le long-métrage. Un choix quelque peu décevant, qui semble aller à l’encontre de l’esprit de ce festival si unique en son genre.

Vous pouvez voir le film sur le site d’ARTE !

Car si nous parlons de nos aventures à nous, la presse cinéma, ce dont nous ne parlons pas, c’est du public véritable du Festival d’Annecy : les étudiants en animation. Ce sont eux qui font la queue pendant des heures pour voir des films, pour s’émerveiller ou critiquer, décortiquer ou se laisser porter par le travail qu’ils et elles découvrent sur les beaux écrans de Bonlieu, du Pathé, de la salle Pierre Lamy. Lors des WIP, c’est à eux que s’adressent les artistes, qui se permettent de parler technique là où d’autres festivals ne le permettraient pas. Aussi, cette année, pour terminer nos articles sur le festival, j’aimerais rendre hommage aux étudiants du monde de l’animation. Dire merci à l’équipe presse de Laurence Ythier, Véronique Dumon et Gabin Fontaine, dire merci aux bénévoles qui font un travail remarquable, mais surtout dire merci à tous ces jeunes à qui nous avons pu parler, entre les séances, de leurs rêves et aspirations, de la pluie et du beau temps, de cinéma d’animation. A l’année prochaine.

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