[ANNECY 2019] Récap jour 1 : Canto Uno

On le sait, c’est votre moment préféré de l’année : nos rédacteurs Lulu et Nono sont de retour à Annecy au bord du lac pour profiter de ce qui se fait de plus beau dans le cinéma d’animation international. Au programme cette année : de la pluie, un hommage au Japon, de la pluie, du cinéma français très prometteur, de la pluie, les grands retours de Yuasa et Keiichi Hara, de la pluie, des présentations Dreamworks et Disney, de la pluie, une tentative désespérée de rencontrer Dean Deblois, et de la pluie.

Comme tous les ans, on promet de vous parler de trucs obscurs que vous ne verrez jamais, de notre fascination/répulsion pour Mickey, de nos soirées trop alcoolisées en compagnie des collègues de Cloneweb, EastAsia et Onsefaitunciné, de cinéma en réalité virtuelle, et de notre amour pour Marcel Jean. Alors montez dans le pédalo, prenez votre parapluie et vos lunettes de soleil, parce qu’Annecy 2019, c’est parti !

Ride Your Wave de Masaaki Yuasa : Boku No Hero Surfer Academia

C’est une surfeuse qui rencontre un pompier – le mec parfait – suite à un incendie. C’est une chanson, un amour mielleux mais sincère et une tragédie. Un amour perdu par la force du destin, le poids des éléments et de la nature. C’est Ride Your Wave, c’est Yuasa.

Notre chouchou à bonnet nous l’avait annoncé l’an dernier lors de sa masterclass : il reviendra à Annecy avec une histoire d’amour, encore centrée sur un rapport émotionnel et philosophique à l’eau. D’ailleurs, vous ne serez pas surpris d’apprendre qu’il a co-écrit ce nouveau film avec la même scénariste que Lou et l’Île aux sirènes, pour lequel il a reçu le cristal il y a deux ans.

Nous, sous la pluie à Annecy.

Malgré cette similitude, malgré la patte que l’on reconnaît tout de suite notamment dans cette animation Flash toujours très dynamique, quelle surprise, quel bonheur de voir Yuasa là où on ne l’attend pas ! Lui qui d’habitude est toujours mordant, acide, amer, voire dur avec ses personnages – notamment masculins -, il raconte ici une histoire d’amour mièvre. Sirupeuse, même. Entre une surfeuse et un pompier… Jusqu’au décès de ce second, puis son retour sous forme de fantôme aquatique. Typiquement le genre d’histoires que l’on ne retrouve que dans le cinéma japonais. C’est un rapport aux éléments naturels, à l’amour, qui est empreint d’une tristesse indéniable.

En quelques années, Yuasa sera passé du film fantasque pour enfants (Lou et l’Île aux sirènes) à la série la plus sombre et imposante de ces dernières années (Devilman Cry Baby), à un film absurde et déjanté (Night is Short – Walk on Girl), pour enfin faire avec Ride Your Wave une sorte de romance mainstream à la Nicholas Sparks. Mais en mieux, parce que c’est Yuasa, quand même ; le festival commence bien.

Modest Heroes : Courts Métrages Ponoc

Après le succès auprès du public (mais pas trop auprès des critiques, nous y compris) de Mary et la Fleur de la Sorcière, les rescapés de Ghibli reviennent en force et proposent trois courts métrages sous une même thématique ; celle des héros de tous les jours, les personnes normales qui ont du courage dans le bide et une absence de froid dans les yeux.

Malheureusement, le résultat n’est pas très glorieux. Le premier volet est signé Yonebayashi et s’appelle Kanini & Kanino. Il s’agit de la survie de petits humains aquatiques vêtus de restes de crabes ; l’animation est très belle, la musique aussi, les personnages expressifs comme tout… Mais c’est très facilement oubliable. Le réalisateur s’enferme de plus en plus dans des univers inventifs mais dénués de vie… Ce qui reste inquiétant pour l’avenir du studio Ponoc.

Ponoc face à la cruauté de cet article.

Le second volet, de l’artiste Yoshiyuki Momose, est déjà plus intéressant : Life Ain’t Gonna Lose raconte l’histoire d’une mère et de son fils allergique à l’oeuf. Un combat de tous les jours raconté sous forme de chronique, qui aurait mérité un doublage anglophone de meilleure qualité ! Les voix sont terriblement plates et remplacent l’émotion procurée par l’originalité de l’animation par du pathos dégoulinant et peu subtil.

Le dernier volet est de loin le plus réussi ; c’est aussi une première réalisation pour Akihiko Yamashita, qui avant ce Invisible était character designer chez Ghibli. Histoire de se mettre au défi, il raconte donc une histoire sur un personnage invisible ! Très vite, on comprend que sa non-visibilité est liée à sa personnalité et son rapport aux autres, et le résultat est profondément touchant. Si cet artiste poursuit dans cette voie, on signe tout de suite.

Malheureusement, nous apprenons lors de la séance que le projet était supposé comporter un quatrième court métrage, signé Takahata. C’est comme si le destin ne voulait pas que Ponoc s’engouffre dans une existence artistique et poétique, et forçait le studio à rester à la surface avec les œuvres limitées de Yonebayashi. J’en veux pour preuve leur projet suivant : un court métrage sur les valeurs du sport qui accompagnera les jeux olympiques de Tokyo… Ghibli est donc définitivement mort et enterré.

Cérémonie d’ouverture : Looney Tunes et Playmobil.

Nous ne le cacherons pas ; nous étions présents surtout pour la présentation Looney Tunes. Entourés de vigiles aux aguets de la Warner, nous avons découvert une (1) aventure moderne de Bugs Bunny, sorte de réponse du studio à la revampirisation des Ducktales. Est-ce une réussite ? Franchement, c’est difficile à dire. L’histoire que nous avons vu, qui met en scène Bugs dans une pyramide égyptienne qu’il croit être un hôtel de luxe, manque de vitalité et de relief comparé aux dessins animés de notre enfance et de celle de nos parents. En revanche, on lui reconnaît son jusqu’au-boutisme indéniable quant à ce qu’elle ose montrer : une longue séquence de gros plans d’os brisés et de hurlements laisse à penser que la Warner ne souhaite pas faire dans la dentelle ! Peu importe si les enfants sont traumatisés par la violence… En cela, il y a un côté très old school qui a de quoi séduire. Difficile de juger sur un seul épisode, mais ça donne envie d’en découvrir davantage.

… Bordel.

Quant au film Playmobil… Comment parler de cette chose ? Il s’agit d’un film fascinant, mais jamais pour les bonnes raisons. Une sorte de copie ratée de tout ce qui faisait le succès du film Lego… A commencer par un passage en prises de vue réelles. Mais qui est au tout début du film. Et qui dure bien quinze minutes sans penser à introduire les Playmobil. Et qui comporte même un (mauvais) numéro musical… Encore une fois j’insiste, avant d’introduire les Playmobil. Aucune décision de ce film ne fait sens. Le scénario est un gloubi boulga de moments voulus cools où drôles, sans la moindre cohérence narrative. L’animation, limité par les contraintes imposées aux jouets, ne parvient jamais à subvertir son cadre pour en faire une oeuvre dynamique et plaisante. Ce serait formidable si ça ne durait pas 1h50, 4H30 en ressenti. Un choix étrange pour un film d’ouverture, qui détonne clairement avec les choix des années précédentes, et qui nous fait nous poser beaucoup de questions sur l’évolution du festival… Après cette séance éprouvante, Cinématraque est parti se bourrer la gueule au Moon avec la crème d’Annecy, parce qu’on l’avait bien mérité. Là-bas, on s’est retrouvé nez à nez avec les personnages du film, comme poursuivis à jamais par leur existence absurde ; ce festival commence bien.

2 thoughts on “[ANNECY 2019] Récap jour 1 : Canto Uno

  1. hello, le court métrage de Momose pour Modest heroes n’est pas sa première réalisation du tout : il a réalisé ghiblies 1 et 2 au studio ghibli, plusieurs courts-métrages et les cinématiques des jeux vidéo Ni no kuni, et il avait aussi un gros rôle dans mes voisins les yamada et dans quasiment tous les films de takahata au studio ghibli
    son film ghiblies 2 était déjà sorti au cinéma en 2002 en première partie du royaume des chats (et il est super)

    petit article qui en dit un peu plus :
    http://www.pelleas.net/aniTOP/index.php/yoshiyuki-momose-studio-ghibli-works

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