Tlamess : Symbole d’air frais

Tlamess, représentant de la Tunisie lors cette édition 2019 du Festival de Cannes, est très ambitieux formellement mais tout aussi déconcertant.

Dans la première partie de ce film, scindé en deux, un soldat tunisien renonce à une lutte contre des terroristes qu’il ne voit jamais, et déserte. On pense alors comprendre la trajectoire du film. La fuite quasiment silencieuse de ce mystérieux personnage est magnifiée par le réalisateur. Un long travelling partant d’un minaret, sémaphore vert dans la nuit, et descendant toute la ville pour se terminer sur les restes d’un brasier montre l’audace formelle du réalisateur. Un autre travelling, construit cette fois-ci à hauteur d’homme, derrière le soldat en fuite semble nous pousser à accompagner le chemin de croix du fugitif. On est alors prêt à suivre le réalisateur jusqu’au bout de cette course éperdue, tant le brio de la mise en scène nous réjouit.

C’est à ce moment précis que le film part dans une direction que l’on pense a priori, opposée. Au cœur d’une forêt sauvage, Tlamess se transforme alors en œuvre extrêmement symbolique. La ligne claire, la trajectoire parfaitement linéaire du début se démultiplie en un éventail de sens cachés, de pistes amorcées, de métaphores absconses. Les idées fortes se succédant, je ne vous ferai pas l’affront de vous les gâcher en les énumérant ici, mais elles laisseront beaucoup de monde dubitatif. Ceux qui ont encore les chimpanzés de Holy Motors en travers de la gorge, feront grise mine face aux choix du réalisateur. Ala Eddine Slim se permet même d’invoquer Kubrick de manière frontale au cœur de sa forêt mystique, comme une puissance de laquelle émergerait toutes les fantasmagories qui irriguent son film.

Voici exactement ce dont ne parle pas le film.

L’audace, la maîtrise et le talent ne manquent donc pas dans Tlamess. Difficile cependant de le recommander sans avertir que tout le monde ne se retrouvera pas dans cette proposition. Mais quel plaisir de voir le cinéma maghrébin tenter autant de choses. Le Maroc et l’Algérie étaient présents à la Semaine de la Critique (on vous en parle ici). La Tunisie montre qu’elle n’est pas en reste. Ala Eddine Slim est, assurément, un cinéaste à suivre.

Tlamess, d’Ala Eddine Slim, avec Abdullah Miniawy et
Souhir Ben Amara

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