Rocketman : toujours debout

Le hasard fait bien les choses : un weekend qui commence par l’Eurovision – soit la fête musicale la plus queer du mainstream – et qui se termine par la première de Rocketman, biopic sur Elton John, c’est ce qu’on appelle dans notre jargon un « bon weekend, merde ». Et cette première, Cinématraque y était bien sûr. Enfin, pas tout le monde : juste deux membres de la rédaction qui n’ont pas eu la chance de descendre à Cannes avec les autres, et qui noient leur chagrin dans la grande salle du Grand Rex avec des lunettes étoilées.

Ce film sur la vie et la carrière d’Elton John arrive comme une réponse évidente et inévitable au très moyen et très pâlot Bohemian Rhapsody, puisque les deux films parlent des plus grandes stars queer de la pop de l’époque de nos darrons (si vous vous sentez offensés par cette phrase : vous êtes nos darrons). Ajoutez à cela le fait que Dexter Fletcher, réalisateur de Rocketman, est le type qui a terminé Bohemian Rhapsody après le renvoi de Bryan Singer, et vous pourrez vraiment le dire : les étoiles s’alignent. Pour la Paramount, l’enjeu est purement monétaire : il s’agit de reproduire un carton. Ce qui nous intéresse plutôt ici, c’est de savoir si Rocketman est lui un film réussi. Nos envoyés spéciaux Salomé et Captain Jim vous racontent.

Voyez comme on a l’air sérieux.

Rocketman, une comédie musicale ?

Captain Jim:

C’est l’évidence même. Elton John aujourd’hui n’est pas qu’un génie du rock et de la pop, c’est aussi quelqu’un de connu pour avoir apporté ses mélodies à deux des plus grandes comédies musicales jamais écrites : Le Roi Lion et Billy Elliot. Après avoir autant donné au musical, il fallait bien que ce dernier le lui rende : Rocketman est bel et bien une comédie musicale, et c’est sa première force. Parce que l’imagerie apportée par les numéros de danse et de chant (notamment le morceau titre, sorte de version pop du passage Comfortably Numb de The Wall) transmet toute la poésie de l’histoire. On décolle avec Elton… Et on plonge avec lui. Et on chante à tue tête avec Taron Egerton, qui l’a cotoyé sur Kingsman 2, et Jamie Bell qui est le petit Billy Elliot, le tout sur un script de Lee Hall qui a écrit les deux versions de Billy Elliot… Tout est une évidence, je vous dis !

Salomé :

En plus d’être une évidence, l’exercice est parfaitement maîtrisé. Comme l’ont expliqué les créateurs du film, le film est autant au service de la musique que la musique ne l’est pour le film. Les chansons sont autant mises en scène sous forme de tableaux qu’elles ne participent naturellement à certaines parties du scénario. Le parti pris fantastique et poétique ne dénature jamais l’histoire racontée, les paillettes (multitude de paillettes) ne sugar-coat pas les scènes dramatiques et c’est ce qui est fabuleux. J’avoue avoir eu peur lorsqu’est abordé le premier pivot tragique du biopic et qu’ils l’ont mis en musique… Je m’attendais à ce que tout soit ruiné… Surprise autant que soulagement, on ne tombe pas dans le pathos dégoulinant, on ne minimise rien et on ressent encore plus fort la tragédie qui se déroule sous nos yeux. Et dire que je passe mon temps à dire que je ne suis pas fan de comédies musicales… Je m’ai fait eue cette fois.

Taron Egerton en Elton John ?

Salomé :

Super de poser cette question au membre le plus biaisé de la rédaction! Mais c’est un oui. Egerton a prouvé dans Eddie the Eagle qu’il faisait partie de ces acteurs caméléons et je me régale de voir qu’il ne s’agissait pas d’une performance unique. On ressent son travail pour incarner Elton John mais on garde son interprétation personnelle à chaque chanson et ce petit mélange est un superbe hommage qui ravira les fans du chanteur autant que ceux de l’acteur qui l’incarne.

Captain Jim :

C’est qu’il en fait des caisses, le petit. Il cabriole, il gesticule, il fulmine il rumine il rage il rit il hurle il chante et il pleure… Il en fait des tonnes parce que c’est ce qu’il fallait faire. On avait découvert sa superbe voix devant le surprenant Tous en Scène, on découvre maintenant qu’il peut performer tout azimuts. Il y a quelques années, Matthew Vaughn (producteur de Rocketman) avait lancé la carrière de Daniel Craig avant qu’il ne devienne James Bond ; le voilà bien part pour lancer une deuxième carrière d’un autre anglais espion. Taron Egerton, on te kiffe.

Comment on se sent sous la douche quand on chante Rocketman

Un film sur le manque d’amour ?

Captain Jim :

Au début du film, un musicien dit à Reggie Dwight (le vrai nom d’Elton John) qu’il doit tuer celui qu’il est destiné à devenir pour être celui qu’il veut devenir. Dès lors s’installe une dichotomie terrible entre l’homme et l’artiste, ou plutôt entre l’enfant et l’artiste, entre Reginald et Elton, qui lui apporte succès et crise identitaire. Oui, c’est un film sur le manque d’amour ; sur un enfant désespéré d’attirer l’attention de sa mère et surtout de son père, sur un artiste planétaire qui face à ses parents oublie tout ce qu’il est. Les moments les plus réussis du film sont ceux qui traitent de ce rapport à l’amour pour l’artiste.

Salomé :

Et ce sera le point négatif à soulever pour moi dans ce film. C’est effectivement un film qui aborde cette thématique avec beaucoup de pertinence mais j’ai regretté sa résolution. J’étais si amoureuse du mélange entre chansons et histoire parfaitement balancé que j’ai trouvé une maladresse dans la façon trouvée de faire confronter Elton à ses démons et son passé. Le film ne pouvait pas faire 4 heures et une deuxième partie qui reprenait le même schéma en illustrant la résolution de chacun des problèmes évoqués aurait surement été mièvre de toute façon… donc il n’y a pas de solution idéale. Mais quelque chose dans la mise en scène et les dialogues entre Elton et les autres personnages m’a coupée du film. En soit, nous proposer une scène imaginaire et qui relève de l’imaginaire d’Elton ne me dérangeait pas mais certains trouveront que la résolution est un peu simple et mièvre parfois.

Et Richard Madden en sosie de Macron, on en parle ?

Captain Jim :

Non, on en parle plus jamais. J’en ai fait des cauchemars toute la nuit, ça suffit les conneries pareilles on n’en veut plus merci bien.

Salomé:

(Alors il incarne très bien son personnage. Sans fautes là dessus. Certes.) Donnez moi l’adresse de son coiffeur, on va lui envoyer les mecs qui se sont occupés du Fouquet’s par contre. Allez, bisous!

Rocketman, de Dexter Fletcher et écrit par Lee Hall, avec Taron Egerton, Bryce Dallas Howard, Richard Madden et Jamie Bell. En salles le 29 mai 2019.

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