A White, White Day : Adultère posthume [Semaine de la Critique]

Je vous arrête tout de suite, le titre n’a rien à voir avec un livre de Bret Easton Ellis ou un sketch de Fary. On est ici en Islande, le pays du clapping et du froid. Et il arrive que, certains jours, le ciel devienne si blanc qu’il se confonde avec la neige, transformant l’horizon en une immense toile uniforme dans laquelle il est bien difficile de se diriger. C’est par un jour blanc blanc comme celui-là, que la femme d’Ingimundur va perdre le contrôle de son véhicule et ainsi, par la même occasion, sa vie.

Un montage en plan fixe nous présentant une maison abandonnée puis retapée au fil des saisons islandaises nous apprend qu’un certain temps est passé depuis cet accident. Ingimundur semble cependant avoir du mal à faire son deuil. Sa vie, centrée autour de cette maison qu’il répare et de sa petite-fille, semble suspendue à cet être absent dont il ne parle pas. Les séances chez le psy ne semble pas l’aider beaucoup. Mais il réussit à tout contenir et garder la tête haute. Jusqu’au jour où il comprend que cette femme tant aimée le trompait.

Hlynur Palmason, le réalisateur, nous avait tapé dans l’œil avec son très beau Winter Brothers. A White, White Day est moins spectaculaire esthétiquement, mais beaucoup plus puissant. Difficile, en effet, de ne pas être touché par ce deuil impossible au cœur du film. Grâce à la performance remarquable d’Ingvar Eggert Sigurosson, tout en désespoir retenu, Palmason parvient à rendre tangible la déchirure de l’être absent, sans sortir les violons et les gros sabots. Face à la révélation adultérine, Ingimundur perd progressivement sa carapace. Sa colère qui n’avait jusque-là aucune autre cible que la cruauté d’un destin moqueur, trouve enfin un bouc-émissaire. Et tel l’Ejy, l’Ejyaf, l’Ejyjafal, le célèbre volcan islandais, il va brutalement se réveiller et exprimer une tristesse qui ne demandait qu’à se libérer.

Quand c’est la moitié du Festival et que tu n’as plus beaucoup de linge

Ce crescendo jusqu’à un magnifique plan final reste ancré dans le réel. Jamais le film ne perd une forme de simplicité tant dans sa mise en scène que dans le portrait touchant de l’ensemble des personnages. Contrairement à ce que peut laisser croire ma prose jusque-là, on rit en fait souvent devant A White, White Day; un rire doux et délicat qui accompagne Ingimundur et sa petite-fille. Et c’est parce que ces sentiments si durs se développent dans des vies si simples qu’ils sont puissants et emportent le spectateur. On comprend que Palmason n’ait pas choisi une mise en scène aussi marquée que dans son précédent film. Il fallait en effet de la sobriété pour traiter ce sujet, et c’est un choix gagnant. On ressort d’A White, White Day certes aussi triste qu’Ingimundur, mais aussi libéré.

A White, White Day de Hlynur Pálmason, avec Ingvar Eggert Sigurðsson

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