Ward 5B : garantie sans clickbait

Ward 5B Cannes

Présenté en séance spéciale, hors compétition 5B est le dernier documentaire de Dan Krauss, à peine connu en France pour son court métrage documentaire Extremis disponible sur Netflix. Sans doute est-ce pour cela que la promo met également en avant Paul Haggis venu le soutenir sur le tournage.

Ward 5B est typiquement le genre de documentaire qui a sa place dans le grand manège cannois et l’on n’est pas étonné de voir le chanteur Bono se déplacer pour montrer sa bobine et présenter ce documentaire. Dans le même temps, l’amfAR organisera son traditionnel gala avec le Tout-Hollywood pour tenter de retrouver la superbe des grands moments de la belle époque, quand Élisabeth Taylor réussissait à lier show et grandes causes médiatiques. Ward 5B fait, évidemment, partie de la grande tradition des documentaires soutenant des combats humanitaires, ici la lutte contre le SIDA. C’est bien évidemment pour le fond du sujet que le film a été sélectionné, pas pour ses qualités artistiques.

War 5B Cannes 2019

On peut le regretter, mais c’est toujours utile de rappeler que le virus du SIDA n’a toujours pas de vaccin permettant d’endiguer la pandémie. Si depuis quelques années on vante la solution de la trithérapie, ce n’est pas une raison pour laisser croire que la maladie est maîtrisée et qu’elle est devenue inoffensive. Si l’on peut aujourd’hui vivre plus longtemps avec la maladie dans les pays favorisés, le SIDA continue à tuer et il n’y a rien de drôle à devoir suivre un traitement à vie. On ne peut donc que saluer la décision du Festival de mettre en avant un tel documentaire, malgré ses grosses faiblesses esthétiques : on est ici dans un très classique documentaire face caméra.

Pour autant, il ne faudrait pas être trop méchant, car Dan Krauss a le mérite de mettre la lumière sur le travail d’un petit groupe de personnels soignants qui ont monté le premier bloc hospitalier spécialisé dans les soins à apporter aux malades du SIDA dès 1983. Si au départ il s’agissait d’isoler des cas considérés comme des pestiférés (en plus d’être malades, les premiers patients étaient HOMOSEXUELS) atteints du « cancer gay », la petite équipe s’est progressivement spécialisée dans le soutien aux victimes et à leurs parents. Durant de longues années, l’équipe du 5B s’est confrontée à l’incertitude face à une nouvelle maladie que l’on ne savait pas soigner, puis au rejet des parents, de l’entourage. Ils ont tenu bon, apportant parfois la seule chose qu’ils pouvaient apporter leur amour et l’aide de personnes extérieures provenant du milieu associatif et du spectacle. Pendant 18 ans par exemple, une performeuse est devenue la « cheerleader » des patients du 5B, cherchant à leur donner le maximum de force pour lutter contre la maladie.

Ward 5B Cannes 2019

D’une certaine manière alors même que la situation était désespérée, le 5B était devenu un cocon pour les malades et la communauté qui les aidait. Un cocon protecteur face à la violence du monde extérieur. La maladie et l’absence de traitement à l’époque ont exacerbé les discriminations et les violences vis-à-vis des minorités, une peur parfois manipulée à des fins politiques. On comprend que Reagan n’a pas vraiment aidé à endiguer la maladie, tout cela pour satisfaire son électorat le plus réactionnaire.

Du coup, bien que le documentaire ne marque pas par son originalité cinématographique, on peut lui accorder son utilité par la reconnaissance de ce personnel hospitalier et de ces simples citoyens qui avec leur courage, leur ténacité, leur incroyable envie de vivre et de protéger la vie ont eu une place non négligeable dans la lutte contre cette maladie.

On peut tout de même s’interroger sur cette fin ouverte, peut être un brin optimiste. Les choses s’arrangent peut-être aux USA et dans les pays riches, mais le combat est très loin d’être gagné.

Ward 5B, de Dan Krauss, documentaire.

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