L’adieu à la nuit : Partir un jour, sans retour

Le nom de David Thomson au générique (il a reçu le Prix Albert Londres pour son livre sur le sujet: Les Revenants) ne surprend personne après le visionnage de L’adieu à la nuit. Téchiné a décidé, en effet, de s’attaquer dans son dernier film, à la question de la radicalisation des jeunes attirés par le jihad en Syrie. Pour aborder ce sujet pour le moins épineux, le réalisateur, aidé au scénario notamment par Léa Mysius, réalisatrice du formidable Ava, centre son récit sur la relation entre Alex (Kacey Mottet-Klein), récemment converti à l’Islam et sa grand-mère désemparée Muriel (Catherine Deneuve).

C’est beau les cerisiers quand même

Le film essaye de ne pas tomber dans les travers si tentants du sensationnalisme et du manichéisme. Il marche donc en permanence sur des œufs. Le choix de ne pas donner une raison claire pour motiver l’action des personnages est louable. Mais on a quand même le droit à un panel de toutes les explications possibles : mal-être familial, internet, amour, perte de sens, etc. De manière générale, le film ne parvient pas à dépasser une forme d’illustration de ce que peut signifier la radicalisation en France. Il est certes devenu trop facile dans l’exercice critique de parler de l’émission regrettée « Les Dossiers de l’écran » et de ses films thématiques, mais il faut avouer que cette analogie reflète très bien ce qu’on ressent devant L’Adieu à la nuit. Du rescapé de Syrie, au musulman qui condamne les terroristes, le film survole des archétypes sans leur donner la moindre once de profondeur. Et que dire d’un final rappelant au détour d’une phrase, le bienfait de la dernière réforme (?) contre les possibles djihadistes ? C’est trop en dire ou pas assez, c’est en tout cas maladroit.

En plus de sembler très forcé, le film n’arrive pas à rendre crédibles ses personnages et ce qui leur arrive. Les dialogues sonnent faux et les péripéties (notamment une improbable séquestration) s’enchaînent sans jamais convaincre. Difficile donc de s’attacher à ces jeunes en quête de sens. C’est d’autant plus étonnant que Téchiné avait réussi à capter avec beaucoup de justesse les émois adolescents dans Quand on a 17 ans, sorti deux ans auparavant.

Une approche froide et mécanique des personnages aurait pu être un parti-pris intéressant, mais le scénario est centré sur le cadre intimiste et familial de la relation d’Alex avec sa grand-mère. Catherine Deneuve rend d’ailleurs bien l’impuissance et l’attachement de cette mère de substitution pour cet enfant qui lui échappe sans raison. Mais le choix de s’appesantir sur ce lien familial ne fonctionne pas avec la volonté du film de rester en surface de ses personnages.

Alex allah ferme

Peu de choses à retenir donc de cet Adieu à la Nuit, si ce n’est, en dernier recours, le choix de filmer la campagne du Sud-Ouest de la France. Les cerisiers en fleur sont un cade inhabituel et parfaitement mis en valeur par la mise en scène. On peut regretter que le film n’ait pas su y puiser l’énergie et la vitalité qui lui font cruellement défaut.

L’Adieu à la nuit , réalisé par André Téchiné. Sortie française le 24 avril 2019

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