Séries Mania 2019, Season Finale : La nouvelle dimension

Le rideau est retombé ce samedi sur la deuxième saison de Séries Mania version lilloise, et au terme d’un marathon d’une grosse vingtaine de projections, d’une dizaine de masterclass/live-tweets, un podcast chez les amis des Écrans Terribles et de quelques belles rencontres sériephiles, il est tant de remballer boutique. Mais comme il est de tradition, il est aussi l’heure de tirer un petit bilan de ce que l’on a pu voir dans la capitale des Hauts-de-France. Si un temps l’emballement s’est fait attendre, ce Séries Mania s’est montré finalement à l’image du paysage séries mondial à l’heure actuelle : d’une profusion inégalée sans que pour autant on ne distingue immédiatement de têtes de proue capables de devenir l’étendard de cette génération post-Âge d’Or.

Ce cru 2019 a connu ses hauts et ses bas, mais on en ressort avec la satisfaction d’avoir vu une bonne partie des meilleures œuvres présentées repartir avec un prix. Grands vainqueurs de la soirée avec deux prix chacune, Une Île (Arte) et The Virtues (Channel 4) ont placé la barre très haut pour la concurrence, et le reste des lauréats ne souffre dans l’ensemble d’aucun reproche (Marina Hands et Grégory Montel, excellents dans Mytho et Le Grand Bazar, par exemple). On aurait aimé voir récompensé le charme débraillé de l’insolente Lambs of God par exemple, mais c’est vraiment parce que c’est toujours trop tendant de chipoter sur un palmarès.

Succès populaire incontestable avec plus de 72 000 spectateurs sur l’ensemble des 8 jours de festival, ce Séries Mania est clairement en passe de remporter la partie. Si l’ensemble n’est pas parfait (quelques désorganisations dans les files en début de semaine, des séances parfois clairsemées sur les derniers jours), l’acclimatation lilloise a bien pris, malgré la nostalgie de certains sériephiles parisiens. Le line-up annoncé, plus musclé que la première saison l’an dernier, a su tenir ses promesses et dévoiler le potentiel de rayonnement d’une organisation de
cette ampleur, du moins à l’échelon européen au moins. Séries Mania a montré cette année qu’il pouvait attirer du beau monde en s’excentrant de la capitale, et on espère que la saison 3 saura tirer d’autres atouts de sa manche en essayant de diversifier encore les expériences (et les lieux de projection à en croire le bilan tiré par l’organisation créative bicéphale du festival formée par Laurence Herzberg et Frédéric Lavigne).

En marge de la cérémonie de clôture où furent projetés les deux premiers épisodes de Hanna, choix un peu curieux puisque la série était déjà sortie depuis la veille sur Amazon Prime Video, Séries Mania nous a dit au revoir avec deux propositions venues d’outre-Atlantique. Tout
d’abord, la nouveauté de Cinemax (petite sœur mal élevée de HBO) Warrior, étrange projet au croisement de Deadwood, Gangs of New York et arabesques Yuen Woo-Ping-esques. Lancé et porté par Bruce Lee dans les années 70, le projet était tombé à l’eau avant d’être repris et réécrit entièrement par la Warner, qui donnera l’inénarrable Kung-Fu avec David Carradine. Warrior n’a cependant été oublié par la fille de l’acteur, Shannon Lee, qui a cherché depuis la mort de son père à ressusciter ce projet qui lui tenait à cœur. C’est avec l’aide de Justin Lin (qui coproduit la série, mais n’en réalise étrangement aucun épisode) que Warrior atterrit finalement en 2019 sur Cinemax sous la houlette de Jonathan Tropper.

Et autant le dire tout de suite, Warrior en tant que tel n’aurait jamais pu être produit dans les seventies tant il porte la marque du papa de la furieuse Banshee. Des grosses bastons, du sexe, des punchlines à gogo, de la nudité tout ce qu’il y a de plus gratuite, des caméras sous speed et des tétons apparents… tout y est. Mais surtout, Warrior est une série B hyper énervée, hyper fun, hyper prenante, l’antithèse même du prestige drama qui se regarde filmer. C’est au fond un pur plaisir printanier pour le sériephile qui commence à tirer la langue devant la surabondance de séries, qui se lamente de ne pas avoir le temps de tout voir et qui cherche juste un pur divertissement, au sens noble du terme, et à en prendre plein les mirettes pendant 50 minutes chaque semaine. Quand elles sont réussies, elles sont un plaisir digne d’une bonne saison de The Handmaid’s Tale, et on espère que Warrior saura confirmer les excellentes promesses de ses deux premiers épisodes.

Mais le principal événement du dernier jour de Séries Mania fut bien sûr la projection des deux premiers épisodes du troisième reboot de The Twilight Zone, qui sont arrivés ce dimanche sur CBS All-Access, la plateforme numérique de la chaîne aux 37 versions de CSI. Et en présence, excuse du peu, de l’acteur principal d’un de ces deux épisodes, Adam Scott, le Ben Wyatt de Parks and Recreation mais aussi le Henry Pollard de la géniale, oubliée, mésestimée et regrettée Party Down de Rob Thomas. Aussi sympathique que les personnages qu’il a l’habitude de jouer (à l’exception de son personnage démoniaque de The Good Place) qu’un peu paumé par le déroulement de sa masterclass, Scott est venu présenté ce qui le deuxième épisode de cette nouvelle Quatrième Dimension, un remake de l’épisode culte Nightmare at 30.000 Feet, reprenant le flambeau d’acteurs comme William Shatner et John Lithgow (ce dernier d’ailleurs dans un segment de Twilight Zone : The Movie, produit par Spielberg et Landis, et réalisé par sa Sainteté George Miller en personne).

Après deux reboots infructueux, le premier supervisé par Rod Serling dans les années 80 pour CBS, le second narré par Forest Whitaker en 2002 pour la défunte UPN, ancêtre de l’actuelle CW, c’est au tour de Jordan Peele de se frotter à cette légende du petit écran. Un projet de longue haleine pour la chaîne CBS, qui avait déjà posé les fondations d’un revival de l’anthologie en 2012 avec l’aide d’un certain Bryan Singer, qu’il fait toujours bon effacer des mémoires collectives en ce moment. Peele, lui, amène dans son sillage sens de la narration high-concept et la grosse dose de hype qui a fait le succès de Get Out et actuellement d’Us. L’ex comparse de Keegan-Michael Key s’accompagne d’un plateau royal d’acteurs puisque sur les cinq premiers épisodes, nous verrons défiler (outre Scott) Kumail Nanjiani, Tracy Morgan, Steven Yeun, Jacob Tremblay, Allison Tolman, John Cho et Seth Rogen, excusez du peu. Pour le reste, chaque épisode ayant son univers et sa morale particulière, on se gardera de juger le contenu d’ensemble de la série sur ses seuls deux premiers épisodes. Sachez juste qu’en dépit de sa relecture intéressante de la mythologie de Nightmare at 20/30.000 Feet, la version 2019 avec Adam Scott s’avère un peu décevante car trop didactique et répétitive dans son déroulement là où le faustien The Comedian (avec Nanjiani), s’en sort nettement mieux.

Reste à savoir si à l’ère des Black Mirror, Inside No 9 et autres anthologies, The Twilight Zone saura trouver sa place et faire parler sa singularité. Car s’il y a bien une chose que ce Séries Mania nous a appris à tous les niveaux, c’est qu’il faut plus que jamais apprendre à se faire sa place dans le paysage.

Warrior de Jonathan Cohen et Justin Lin, 10×50′, avec Andrew Koji, Olivia Cheng, Jason Tobin…, diffusion en France sur OCS à partir du 6 avril.

The Twilight Zone de Jordan Peele, avec Adam Scott, Kumail Nanjiani, Tracy Morgan…, diffusion à partir du 31 mars sur CBS All-Access, diffusion encore inconnue en France.

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