Dragon Ball Super Broly : Toriyama Mia

Pendant ce temps, dans le passé…

Pour ma génération, les aventures Dragon Ball ont commencé dans la cour de récré. Il suffisait qu’un camarade débarque avec un tome du manga d’Akira Toriyama pour que tout le monde s’emballe et se prenne pour un super Saiyan, ou un Namek… Ou pourquoi pas pour Krillin si t’étais un grand malade. Pour nous, les types et les meufs nés dans les années 90, le Club Dorothée n’était déjà plus d’actualité ; ce sont d’abord les marchands de journaux qui ont su alimenter notre passion pour les héros à queue de singe et à noms de légumes. Puis il y a eu les cartes à collectionner. Ce fut ensuite les jeux vidéos de combat, qui nous permettaient de mettre à mal le (seul) vrai débat qui existe au sein de la communauté Dragon Ball : qui sont les personnages les plus forts ?

Mais le moment le plus important de notre enfance dragonballesque, ce fut sans aucun doute la découverte des OAV en vidéo cassette. Oui, les OAV, ce format narratif pensé pour la VHS qui proposait des films relativement courts, souvent profondément inventifs et plus violents car affranchis des contraintes télévisées, voilà bien ce qui représente au mieux nos enfances de futurs weebs.

La plus célèbre des OAV de Dragon Ball Z mettait en scène un Sayian prénommé Broly* ; la popularité de ce film sorti en 1993 reposait entièrement sur la puissance de ce personnage que l’on pourrait qualifier scientifiquement de « totalement cheaté ». En dehors de Broly, l’histoire n’avait pas grandement d’intérêt et je me souviens avoir échangé ma VHS avec celle d’un ami en 6ème, qui lui était persuadé de gagner au change. J’avais donc récupéré une autre cassette vidéo Dragon Ball sortie en 1990 qui elle, était tirée directement de la série télévisée et qui racontait la vie tragique du père de Son Goku, Bardock. Ce dernier découvre la trahison de Freezer envers les Saiyan et tente de l’arrêter, en vain. C’est la première tragédie que j’ai connue, au sens classique du terme : mes connaissances sur l’univers Dragon Ball m’avaient bien fait comprendre que l’issue ne serait que malheureuse.

Réalisées et écrites par des personnes différentes des créateurs, les OAV étaient une forme de fan fiction officielle, une manière d’explorer les univers que l’on adorait et de retrouver les personnages que l’on chérissait en dépassant les simples codes de l’œuvre originale. C’était, en soi, une belle manière de rêver.

Tiens si t’étais pas au courant, maintenant les Super Saiyan ont des nouvelles couleurs de cheveux en rab.

Pendant ce temps, dans le présent…

Nous sommes en 2019, et les mangas sont partout. Durant mes années de collège, j’imprimais des artworks de One Piece pour les coller sur mes cahiers ; aujourd’hui tu peux carrément acheter des cahiers One Piece à la Fnac. Nous sommes en 2019 et Akira Toriyama en a eu marre des dérivés de son œuvre ; avec la nouvelle série Dragon Ball Super, il fait comprendre aux fans qu’il y a un canon à respecter. Exit donc la série minable Dragon Ball GT, mais aussi bye bye à la majorité des OAV, donc les trois qui ont mis en scène Broly. Mais gâcher un tel personnage aurait été criminel… Voilà donc que Broly débarque dans un nouveau film, avec une (presque) toute nouvelle histoire.

Mais cette fois, il arrive au cinéma. Celui qui prend place sur le grand écran, dans les salles obscures bref ; le cinéma tel qu’on le pense comme spectacle collectif où l’on se fait tout petit face à une image qui nous colle à la rétine. Soudain c’est comme si le monde de niche que nous connaissions avait explosé et envahi le monde réel ; voir des trains OUIGO aux couleurs du film Dragon Ball Super – Broly, c’est un peu comme si notre chambre de gosse avait réussi à déteindre sur le monde entier.

A nouvelle situation, nouvelles problématiques : comment faire un film grand public et mainstream lorsque ce dernier s’inscrit dans la continuité d’une série télévisée d’animation japonaise que peu regardent aujourd’hui, elle-même faisant suite à une autre série d’animation japonaise qui était populaire il y a bientôt vingt ans ? La solution qu’apporte Dragon Ball Super – Broly est sans contexte une de ses plus grandes forces : Toriyama, qui a élaboré l’histoire du film, n’a tout simplement pas essayé de tout expliquer.

Non pas que le long métrage soit hermétique pour un public néophyte ; c’est plutôt qu’il sait rester compréhensible sans s’encombrer d’explications à rallonge. En le découvrant, on comprend bien qu’il nous manque des éléments de contextualisation (moi compris, n’ayant pas vu la série Dragon Ball Super), mais cela ne fait qu’enrichir le visionnage plutôt que de l’assombrir. C’est un peu comme quand, dans le premier film de Star Wars de 1977, Obi-Wan Kenobi parle de la guerre des clones ; évidemment que l’on ne sait pas ce que c’est, mais notre imagination s’occupe de colorier le dessin.

Bientôt ils vont pouvoir faire le drapeau LGBTQ avec leurs cheveux, et ça sera formidable.

Dragon Ball, pour le meilleur :

Aussi la première partie du film nous donne à voir l’univers Dragon Ball dans toute sa grandeur intergalactique, des planètes lointaines de l’ancien empire Saiyan jusqu’à la Terre habitée par les héros de la saga, tout en mentionnant d’autres dimensions et les royaumes des dieux. Niveau cosmogonie, c’est un sacré bordel. Pourtant l’histoire, elle, est très simple : non je déconne, c’est totalement foutraque et farfelu façon Toriyama. Le mec a osé prendre l’histoire de Broly et même celle de Bardock, les réinterpréter à sa propre sauce en faisant annuler les versions précédentes, tout ça pour un film où l’antagoniste principal (Freezer) veut les dragon balls pour faire le vœu de… D e v e n i r. L é g è r e m e n t. P l u s. G r a n d. C’est totalement con ? Ouais. C’est Dragon Ball.

Après tout ce blabla, le film se conclut par ce que l’on pourrait appeler le plus gros fan service de tous les temps : une baston gigantesque totalement déjantée entre Son Goku, Vegeta, et Broly. Cela dure. Quarante minutes. Je déconne même pas. Quarante minutes. C’est totalement fou, l’animation est tellement dynamique qu’on dirait qu’elle a été réalisée par un cador dopé du Tour de France, c’est un show sons et lumières de Pink Floyd Laser Spectacular, c’est les parodies d’anime shonen qui se moquent de Dragon Ball, mais en quinze fois plus barré. Ce combat réussit à être un moment de gloire pour les fans tout en étant une véritable prouesse technique ; la larme que l’on a au coin de l’œil durant cette séquence, elle est remplie de vingt ans de rêves qui deviennent soudain réalité. C’est trop bien, bordel de merde.

Dragon Ball, pour le pire :

Mais, car il y a un mais (désormais il y en a deux), cette récupération de Broly et Bardock par Toriyama n’a pas que du bon : c’est aussi uniformiser une oeuvre qui avait su depuis longtemps dépasser la simple volonté de son créateur. L’OAV qui avait introduit Broly lui avait donné une backstory extrêmement simple, monstrueusement efficace mais aussi diablement cruelle : c’était une pauvre âme manipulée par un père tyrannique. Ici leur relation est très adoucie, on y perd dans le tragique pour aller directement vers le fun. Idem pour l’histoire de Bardock qui de romanesque devient purement informative…

Il est évident que je me réjouis du plus profond de mon cœur de la sortie de Dragon Ball Super – Broly ; c’est un rêve de gosse qui, sans que je m’y attende, a fini par devenir réalité. Cependant, que serait ce rêve si je ne pouvais pas y ajouter une petite dose de vieux con en ajoutant : quand même, Broly, Bardock, les OAV en vidéo cassette rayée toute pourrie, tout ça, les mauvaises traductions françaises de Dragon Ball… C’était mieux avant.

*nos chers collègues de chez CloneWeb nous indiquent que le film de Broly n’était pas une OAV mais est carrément sorti au cinéma à l’époque, au Japon et en France ! Même si nous l’avons connu en vidéo de notre côté, nous nous devions de corriger cette erreur.

Dragon Ball Super – Broly, au cinéma le 13 mars 2019.

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