Le fantastique espagnol fait résidence au Forum des images

Les mois se suivent et ne se ressemblent pas dans un des temples de la cinéphilie parisienne ; après avoir mis à l’honneur le cinéma français des années 80 sous toutes ses formes, le Forum des images s’en prend désormais à l’un des plus beaux cinémas du monde, le fantastique espagnol. Un domaine qui il faut l’avouer est davantage connu aujourd’hui grâce aux réalisateurs et réalisatrices qui s’en inspirent, que grâce à ses œuvres elles-mêmes, tristement difficiles à trouver pour une grande partie.

Voilà donc une raison supplémentaire pour faire un tour du côté des Halles durant ce mois de mars : parmi les 30 films présentés, vous trouverez bien sûr des évidences (le cinéma de Del Toro, Bayona, Alex de la Iglesia…), mais aussi des perles rares et difficiles à trouver. La programmatrice du cycle distingue deux moments de cinéma : le renouveau des 90 s, nourri de contre-culture et de cinéma de genre hollywoodien, et un âge d’or des années 70 qui lui sert de socle. Ce que ces films ont en commun, ce sont les questionnements qui le parcourent et sublime le fantastique : les fantômes et les monstres ne sont que les échos des spectres franquistes et atrocités de l’Histoire.

Juste après les mots monstres et atrocités, insérer une image de jolies filles : c’est comme ça qu’on structure un article.

La Résidence, de Narciso Ibáñez Serrador

C’est un monument de cinéma espagnol qui a ouvert le festival : le premier long métrage (après de longues années à la télévision) de Serrador, qui fut une influence évidente et gigantesque sur les cinémas de Guillermo Del Toro et Juan Antonio Bayona. Sorti en 1969, La Résidence raconte le quotidien d’un pensionnat pour jeunes filles dirigées par une sévère maîtresse de maison… Et comme horreur il y a, des élèves disparaissent. Fuient-elles ce monde affreusement autoritaire, ou bien sont-elles assassinées ? Je ne répondrais pas ici, mais au vu du genre du film, vous pouvez effectuer vos propres déductions.

Tout est sublime, dans La Résidence. Le casting cinq étoiles rassemble Lili Palmer, Cristina Galbó, Maribel Martín et María Elena Arpón dans une demeure somptueuse, filmée avec assez d’intelligence pour habiter et faire vivre les lieux, tout en nous y enfermant avec les personnages. Les séquences de meurtres sont d’une virtuosité souvent inattendue et toujours époustouflante, le discours sur la jeunesse et la sexualité y est fascinant, riche, pluriel. Ce sont les regards de Lili Palmer, la maîtresse de maison, sur ces jeunes femmes qui semblent la défier constamment. Ce sont les regards des quelques hommes sur les jeunes filles, et les regards qu’elles leur rendent. À ce titre, deux séquences sont absolument monumentales : celle de la douche commune, et celle de la séance de broderie. Elles deux méritent d’être analysées en cours de cinéma : si vous êtes élèves, proposez cela à vos enseignants. Si vous êtes enseignant… Bonjour ! Merci de nous lire. Faites étudier ces séquences à vos élèves.

Au travers de cette obsession juvénile, de cette autorité à la fois dure et douce, mais aussi des menaces qui pèsent sur les protagonistes, on ne peut que penser à une parabole, une mise en image déguisée de tout ce qu’implique le franquisme. Il n’est d’ailleurs pas surprenant de voir que la dictature plane sur tout l’imaginaire espagnol ; il envahit pour ne pas mieux conquérir, pour pouvoir être exposé et éclaté. La Résidence dans son microcosme met en scène la dureté d’un système uniformisant et intolérant, présente la délation comme la pire des trahisons et enfin glorifie le désir et le plaisir comme les seules échappatoires à la dictature… Jusqu’à, hélas, sa conclusion funeste.

La Résidence est un grand film, et devrait suffire à vous convaincre de jeter un œil au nouveau cycle du Forum des images. Nous espérons vous y croiser.

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