Heureux qui comme Ulysse a fait long-métrage

Une odyssée mêlant deux quêtes personnelles, Ulysse & Mona est un film à portraits. Maladroit parfois, poétique souvent, c’est un voyage étrange dans lequel s’embarquent ce duo qui n’a rien en commun.

Et c’est un peu ce que je reproche au film. Ulysse (Eric Cantona) c’est un ancien artiste extrêmement réputé qui a un jour tout plaqué (famille, carrière, maison bien stylée) et Mona (Manal Issa) une étudiante aux Beaux-Arts qui rêve d’être son assistante sans savoir ce qu’il est advenu de lui ni où elle-même veut aller. Il est misanthrope et de mauvaise foi, elle ne connait pas la notion d’intimité ou d’espace personnel et est curieuse comme jamais. La seule chose qu’ils ont en commun à part l’art, c’est qu’ils sont bornés. Aussi quand elle le traque pour lui proposer son assistance et qu’il la repousse sans ménagement, on s’attend à une impasse. Pourtant quelques minutes seulement après le début du film, sans vraiment d’ellipse, un personnage arrive à lâcher « je commence à m’attacher » qui m’a fait glousser.  Finalement elle s’impose dans sa vie et on se dit que la seule raison pour laquelle leurs chemins ne se séparent pas à dix minutes du début du film, c’est parce qu’Ulysse fait une découverte qui change sa vie. Il a une tumeur au cerveau, et il refuse de se faire soigner puisqu’il refuse de l’accepter.

Touchant mais pas immersif.

Et c’est là que le voyage commence. Un voyage dramatique mais beau à la fois. Ulysse ne veut pas accepter la maladie, et donc pas de se soigner. De fait, il se sait quand même condamné et décide de mettre ses affaires en ordre. Et Mona tombe finalement à pic. Elle est celle qui va l’accompagner dans cette quête du pardon (envers sa famille blessée), la quête qu’il s’est tracée consciemment. Mais aussi dans un chemin bien plus inconscient, celui de l’acceptation de sa maladie.  Et ce parcours complètement farfelu est d’une vraie beauté. Je ne pensais honnêtement pas m’attacher à un personnage d’Eric Cantona aussi silencieux, bourru et grognon. Mais force est de constater qu’il m’a touchée car on ne tombe jamais dans la misère sentimentale. Il garde ses défauts, le film n’est pas moralisateur. Il ne propose pas une fable forcée de réconciliation. On garde bien à l’esprit qu’il a fait des erreurs et on a envie de le pardonner. Mona en apprendra moins sur elle et c’est la deuxième chose qui pèche. Elle est autant caractérisée qu’Ulysse et un vrai moteur dans sa quête mais j’aurais clairement aimé qu’elle résolve plus que ses problèmes d’hormones dans ce film. Qu’elle ait son propre chemin initiatique. Elle ne me parait pas sortir plus adulte (elle est déjà très réfléchie), elle s’est juste pris un vent un soir de beuverie de la part d’Ulysse et se décide finalement à sortir avec son camarade de promo… Bon, soit, un peu dommage en somme puisqu’elle n’en sort pas changée comme lui. Ulysse a une grande affection pour elle au terme de ce voyage intense mais il ne lui a pas apporté grand-chose.

Beh j’ai pas de bateau Mona, alors on va prendre mon tacot.

Un cocktail déroutant entre poésie et réalisme

Le film alterne entre des scènes totalement oniriques et des moments très réalistes et inesthétiques qui offrent un cocktail déroutant. Par moment, j’étais désappointée : j’étais ancrée dans la réalité du moment, je me prenais au jeu, je me sentais proche des personnages et soudainement j’étais tirée de ça. Alors c’est beau, mais les dialogues trop écrits et la lumière bleue et jaune m’impliquent finalement moins dans la vie de Mona et Ulysse. Par moment, j’avais l’impression de vivre un moment de théâtre travaillé, mais qui me paraissais incongru au milieu de ce réalisme brute et pas très reluisant. Le mélange fait facilement sortir de l’épopée humaine et noie un peu le message que j’avais envie de comprendre. Il faut par contre accorder au film plusieurs scénettes qui se suffisent à elles-mêmes et sont vraiment intéressantes. Je pense au club, qui est la seule qui a réussi à me remettre les personnages dans un contexte dont je me suis sentie proche tout en étant très stylisé. D’ailleurs, la bande son est vraiment bonne et y participe beaucoup. Mais il y en a quelques autres comme ça: je pense par exemple à une scène de braquage totalement incongrue qui ne sert qu’à caractériser un peu plus les personnages et qui semble avoir terminé en petit délire de l’auteur. Pourquoi pas, on a vu des odyssées d’Ulysse avec des histoires bien plus farfelues après tout et ça tire autant de sourires que de points d’interrogations.

Un film à portraits

Esthétiquement, le film prend de toute façon certains partis pris très tranchés. Le 4/3 renforce l’idée de portrait, on a compris. Outre l’odyssée, ce qui va surtout être traité ici, c’est le personnage. Pour renforcer cette idée, on a une multitude de plans serrés sur des personnages assez statiques. Ulysse et Mona correspondent chacun à une couleur qui les encartent : elle le jaune, lui le bleu. Il est froid, elle est le soleil qui vient essayer d’éclairer sa vie… Bon, c’est illustré quoi. Le montage est assez lent, presque contemplatif parfois. On nous dresse même des portraits du paysage, certains comme des polaroïds. C’est surement ce qui nous laisse le temps de digérer la progression intime d’Ulysse mais c’est aussi ce qui rend les moments d’ « action » déplacés. Quand Ulysse et Mona rentrent de leur périple, un enfant qui les connait a disparu. Les gendarmes ont l’air de sortir de nulle part, l’enquête en cour désarçonne totalement, de même que la recherche du petit. Le rythme, surtout sur une dernière partie de film est brutal. On s’attend à un dénouement, qui va venir certes, mais pas comme ça, pas aussi net et rapide ; ni amené par un élément aussi impromptu et séparé du reste de l’aventure.

Ulysse va finalement accepter sa condition et de se faire soigner et on a l’impression que la mission de Mona est accomplie. Le problème c’est qu’elle n’était pas au courant de la maladie d’Ulysse. Elle est donc partie en croisade pour lui, sans se rendre compte qu’elle l’a finalement sauvé pour des raisons différentes. A nouveau, le court laps de temps depuis le début des aventures et la façon dont sont pliées les émotions des personnages pour coller à l’intrigue étonnent. Sa réaction de choc et de colère qui devrait être légitime tombe comme un cheveux sur la soupe et disparait trop rapidement. C’est un peu le problème récurrent : Mona et Ulysse ont du mal à communiquer, s’embarquent tout de même ensemble et même si le message délivré est beau, leurs réactions et les ressors du scénario semblent posés parfois maladroitement pour jalonner leur quête. On passe un joli moment mais difficile de s’accrocher à eux et de se plonger dans la vie des deux personnages. Il vaut mieux le contempler comme un joli tableau sans trop s’identifier.

Ulysse & Mona, de Sébastien Betbeder. Avec Eric Cantona, Manal Issa, Quentin Dolmaire. 1h22. Sortie le 30 janvier 2019.

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