Le Grand Bain… De Jouvence ?

Ah Gilles, notre histoire avec toi ne cessera donc pas aujourd’hui ! Après le peu convaincant Narco (réalisé avec Tristan Aurouet, 2004), le sexiste Les Infidèles (dont tu réalises un des sketchs en 2014) ou La French (Cédric Jimenez, 2014) taillé comme il se doit par Dzibz : te revoilà. Toujours là. Persévérant. Cette fois-ci, avec Le Grand Bain, tu décides d’abandonner le jeu pour te consacrer à la mise en scène. Tu te doutes bien que nous avions peur. « Fais pas le con Gilles putain, t’as que 46 ans bordel, t’as toute la vie devant toi ! Range ce scénario ! ». Ouais, on avait la frousse. Peur d’un nouveau ratage. Pas tant que ta carrière nous préoccupe *range sa matraque* (je vous vois les obsédé.e.s et autres tordu.e.s), mais avec Le Sens de la Fête (Éric Toledo et Olivier Nakache, 2017) on s’est dit que tu valais peut être mieux que d’être le « pote de » Dujardin ou de Canet. La sortie à venir de Pupille de Jeanne Herry semble confirmer la chose…

Alors, quand notre grand ami en commun Thierry F. t’as sélectionné hors-compétition, la peur s’est accentuée ! On les connaît les œuvres avec un beau casting sélectionnée hors-compétition à Cannes, rien que pour illuminer le tapis rouge après s’être tapé une bonne sieste devant un film dépressif au cours de la journée. On l’a vue la sélection cadeau pour Solo : A Star Wars Story ! Alors toi, t’as ramené Canet, Poelvoorde, Efira, Amalric, Anglade, Katerine, Moati, Bekthi et autre Foïs. Toi t’es un mec comme ça, si ça doit foirer, tu fais couler tes potes avec toi. Un bon salaud capitaine comme on les aime à la rédac’ ; t’es un peu au cinéma français ce qu’est Jean-Luc Mélenchon à la gauche française. Du coup, t’as ajouté un peu de diversité : ainsi outre tes potes, tu as un Belge, un noir, un arabe et même des femmes : trois exactement dans ton casting (principal). Mieux que la France Insoumise. Il te manquait un roux, mais t’as pris un retraité avec Anglade, du coup : ça compense.

Et ça compense plutôt bien, car tu réussis dans ton film à former une bande. Certes, beaucoup se sont déjà côtoyés et ont des liens d’amitiés en dehors des plateaux ou plus (on demandera à Médiapart de nous éclairer sur la nature de ces relations). Mais, la tâche n’est jamais évidente. De part leurs natures et leurs persona chacun apporte sa touche à l’édifice collectif : Amalric dépressif, Poelvoorde cinglé, Katerine attardé, etc. Aucune surprise donc, mais une utilisation au diapason des éléments à ta disposition pour emboîter les ronds dans les carrés.

Coucou Mathieu, on n’oublie pas ta présence au feu le ciné-club de Cinématraque !

Malheureusement, comme ton introduction le laisse présupposer, tout ne s’emboîte pas (quoique). Et c’est pourquoi malgré la qualité général du Grand Bain, quelques éléments nous chiffonnent, Gilles. Si l’utilisation de la natation synchronisée avec le renversement du postulat pré-fabriquée est une idée ingénieuse, des mécanismes capitalistes et de discriminations persistent : racisme, grossophobie, homophobie, etc. Le problème avec toi Gilles, c’est que, on ne sait pas si tu veux moquer un milieu (le sport) profondément marqué par les valeurs réductrices du masculinisme et de l’hétérosexualité. On ne sait pas, parce que tu filmes les fesses des nageurs comme trop souvent et gratuitement on a filmé des fesses de femmes au cinéma. On ne sait pas car les deux femmes entraînent des hommes et répètent les phrases typiques sur le physique des sportifs. On ne sait pas parce que c’est toujours Thamilchelvan Balasingham, cet étranger, cet Autre, qui n’est pas compris et qui a un rôle largement moindre que les blancs que sont Amalric, Katerine, Poelvoorde, Canet et co’. Son intrigue secondaire est inexistante contrairement aux précédemment cités. Dans la même veine, comme l’a rappelé Odile Tytgat‏ (@FairyOdi), comment se fait-il qu’en 2018 l’on continue à mettre des valides dans des rôles d’handicapé.e.s. Certes, le nom de Leïla Bekhti est très vendeur, mais on en vient alors au paradoxe du film et sa « critique » sous le biais de l’humour. Or, on ne peut pas critiquer un système dans lequel on se (con)fond.

Peut-on rire de tout quand on est dominant.e ?

Entre critique(s) d’un système et répétition(s) de ses structures, la frontière est mince, ténue pire même poreuse et floue : ce que tu évoques (malgré toi) mon cher Gilles. Espérons qu’après le succès du Grand Bain, tu fasses une distinction encore plus marquée entre les deux en choisissant de critiquer comme il se doit ce système discriminant pour tou.te.s, et encore plus pour certain.e.s ! Il faudra alors mettre en application la différence entre « rire avec » et « se moquer de » et comprendre que l’humour est bien une arme. Une arme que les dominant.e.s doivent manier avec d’autant plus de précautions ! Ce sera alors l’heure de ton grand bain Gilles ! Par contre, mouille toi bien la nuque et évite de te baigner après un repas : une hydrocution arrive vite !

Le Grand Bain de Gilles Lellouche, avec Mathieu Amalric, Philippe Katerine, Benoit Poelvoorde, Guillaume Canet, Virginie Efira et Leïla Bekhti. 2h03. Actuellement en salles.

1 thought on “Le Grand Bain… De Jouvence ?

  1. Hello,
    Merci pour cet article rigolo et intéressant, par contre il y a beaucoup de fautes et d’oublis de mots, ce serait bien de relire avant de poster !
    A bientôt 🙂

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