20e FCDEP – Do You Mind if I Blow your Mind ?

En janvier 1999, le regretté Marcel Mazé et le Collectif Jeune Cinéma (CJC), association/coopérative dédiée à la diffusion et la distribution du cinéma expérimental en France, créent le Festival des Cinémas Différents et Expérimentaux de Paris (FCDEP) (l’appellation actuelle est récente). L’objectif est simple, mettre en avant un cinéma trop souvent en marge, voire pire : à la marge. Pourtant, comme le rappelle Dominique Noguez dans de nombreux ouvrages, le cinéma expérimental n’existe pas, il n’y a qu’un cinéma qu’il soit hollywoodien, d’horreur, de courte-durée ou conceptuel. Après tout, le cinéma n’est-ce pas qu’une suite d’images ?

Cette vingtième édition ne semble pas avoir évacué la question car, outre la problématique sur les déchets et les rebus, c’est bien toujours cette question du medium cinématographique qui traverse toutes les œuvres sélectionnées. Comment en aurait-il pu être autrement lorsque l’on lance sa programmation (hors les murs) avec Le film est déjà commencé ? (1951) hommage au maître Maurice Lemaître ? Ode au cinéma autant qu’à sa destruction, voire autodestruction, l’œuvre du lettriste répond au Traité de bave et d’éternité d’Isidore Isou projeté la même année.

FCDEP Cinématraque
All I, all I, all I wanna do is free your mind. Capture d’écran de Le film est déjà commencé ? de Maurice Lemaître (1951).

Pourtant, de ce lancement magnifique, le Festival des Cinémas Différents et Expérimentaux de Paris, n’arrive pas à en maintenir la dynamique. Oui, on (re)découvre des œuvres magnifiques et essentielles comme Coonskin (Ralph Bakshi, 1975) rappelant l’importance esthétique et politique de la blaxploitationMémoire(s) (Gérard Cairaishi, 1999) autant envoutant que déroutant par son historicité des formes, Dailies from Dumpland (Michael Woods, 2018) autopsie acide de l’Amérique trumpienne lobotomisée à la pop culture (comme un écho à Ready Player One et Under the Silver Lake), Quiproquo (1992) de l’éternelle Rose Lower ou encore In Film/On Video (Ignacio Tamarit, 2018) qui réussit la prouesse de dévoiler le medium vidéo par le biais de la pellicule 16mm !

Malheureusement, le reste de la programmation ne suit pas. Pire, elle souffre d’un mal inhérent au cinéma, et d’une manière plus générale au monde de l’art et capitaliste. Il s’agit d’un monde de répétitions passives sans compréhension des ressorts qui le composent. Ainsi, outre les films cités précédemment, on en vient à s’interroger sur le réel apport des autres œuvres de la sélection. Non pas qu’elles soient mauvaises ou sans intérêts, mais bien dans le fait qu’elles semblent déjà exister dans un ailleurs, dans notre « musée imaginaire ». Comme si, sans connaître, nous savions déjà ! On s’en retrouve tirailler entre la prouesse filmique, notamment technique et dans certains cas formelle, et l’ennui. L’ennui par habitude plus que par érudition… terrible !

20e Festival des Cinémas Différents et Expérimentaux de Paris, du 3 au 14 octobre 2018.

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